Quand le mollet de Gallas tient les Bleus en haleine

FOOTBALL Comme en 2002 et 2008, la blessure d'un joueur cadre vire au feuilleton...

Romain Scotto
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Le défenseur de l'équipe de France William Gallas, lors d'un footing sur les bords du lac de Tignes, le 18 mai 2010
Le défenseur de l'équipe de France William Gallas, lors d'un footing sur les bords du lac de Tignes, le 18 mai 2010 — Sipa

Il y avait la cuisse gauche de Zidane en 2002, puis celle de Vieira en 2008. Pour ne rien changer aux préparatifs des tournois majeurs, les Bleus débutent leur Coupe du monde 2010 par un nouveau feuilleton médical, qu'on pourrait appeler: «le mollet, selon William». Depuis le début du stage à Tignes, la patte gauche du défenseur central des Bleus est au centre des interrogations. Car mine de rien, son état conditionne beaucoup de choses, à commencer par les noms des 23 élus pour l’Afrique du Sud.

Que sait-on vraiment de cette blessure?
Officiellement, pas grand-chose. Le staff médical ne s’est pas prononcé sur l’état du muscle blessé. Et Raymond Domenech botte en touche quand les questions fusent sur le sujet. «William? Il va bien, il a mangé des asperges, de l’avocat, du maïs...» Le secret médical est donc bien gardé. «On n’a pas le droit de communiquer sur les blessures des joueurs, si on s’en tient aux textes du conseil de l’ordre, décrypte Jean-Marcel Ferret, médecin des Bleus sous l’ère Jacquet, Lemerre et Santini. Donc je pense que là, on ne sait pas tout.» Si communiqué il y a, il doit être avalisé par le joueur, avant sa publication. En attendant, il faut se contenter d’une simple impression générale, dégagée par le joueur lors de ses nombreux footings. Des images qui rappellent plus celles d’un coureur de fond en stage d’oxygénation que d’un footballeur en partance pour une Coupe du monde.

Ce feuilleton peu-il déstabiliser le groupe?
«C’est le grand risque», enchaîne le docteur Ferret. Dans les mémoires, le précédent Zidane est encore vivace. Avant le Mondial 2002, sa blessure à la cuisse gauche avait minée tout un groupe à l’approche des matchs de poule. Sans leur meneur, les Bleus s'étaient liquéfiés. Ce fut également le cas lors du dernier Euro, en l’absence de Vieira. «Traîner des blessés dont on n’est pas sûrs qu’ils vont reprendre, c’est toujours une erreur», analyse Ferret. Le risque de perturber le groupe est réel. D’autant qu'en l'état, tous les joueurs présélectionnés doivent s’attendre à faire leurs valises. Après une seule journée de vie commune, Anthony Réveillère reconnaît timidement que la situation «est difficile.» Mais elle permet aussi aux joueurs de ne pas s’attarder sur d’autres sujets, plus gênants. Ferret: «Oui, c’est un écran de fumée. Cela peut occulter d’autres problèmes parce que ça focalise l’attention des médias sur cette question. Cela peut protéger d’autres joueurs».

Quand le couperet peut-il tomber?

Concernant son défenseur central, Raymond Domenech vit au jour le jour. «Chaque entraînement est une épreuve, un test. Ça tient ou ça casse.» Mais il faudra bien prendre une décision, peut-être, à la veille du match amical face au Costa Rica, mercredi. A priori, la décision définitive ne devrait pas tomber après le départ pour la Tunisie. «Moi je suis confiant, glisse Patrice Evra. Je n’envisage pas du tout qu’il n’y aille pas. Mais il doit être responsable, s’il y a un petit risque…»  Le joueur devra lui-même le faire savoir. «Connaissant le staff de l’équipe de France, ils vont prendre une décision avant la fin de la semaine, enchaîne Ferret. Je leur souhaite en tout cas. Et de ne pas se tromper.» Laisser espérer un joueur n’est pas vraiment recommandé. Il y a deux ans, Patrick Vieira avait été conservé mais n'avait pas joué une seule minute de l’Euro. Blessé. Depuis cet épisode très mal géré, c'est le docteur Paclet qui n'a plus jamais été appelé.