Espagne - Allemagne : Le tricot perdant, les n°9 sortent vainqueurs de la rencontre

FOOTBALL L’Allemagne est toujours en vie et l’Espagne peut s’en vouloir. Mais les deux peuvent remercier leur sélectionneur d’avoir compris qu’il était plus simple de jouer au football avec un n°9 en pointe

William Pereira
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Sais-tu danser la Carioca?
Sais-tu danser la Carioca? — Juanjo Martin/EFE/SIPA

Le football est un sport qui se joue à 11 contre 11 et à la fin, sans que l’on sache trop comment, l’Allemagne est toujours en vie après un début de Coupe du monde foireux. Et ce n’est pas tant au match nul contre l’Espagne (1-1) qu’à l’alignement des astres dans le ciel de Doha que la Mannschaft doit sa survie. Dimanche après-midi, le Japon perdait contre le Costa-Rica et évitait aux Allemands le scénario coupe-gorge : si les Samouraï Blue s’étaient imposés, leur première victime aurait été obligée de battre la Roja pour rester dans le coup. Le malheur des uns, le bonheur des autres, vous connaissez la chanson.

Dans ce multivers assez clément, les Allemands sont toujours derniers de leur poule, mais avec une chance de s’extirper de ce bourbier au prix d’un succès contre le Costa Rica. Tout en priant pour que l’Espagne fasse le taf contre le Japon. Petite scène marrante en zone mixte : en pleine flash-interview, Dani Carvajal s’est fait interrompre par Antonio Rudiger, venu lui demander de battre les Japonais lors du dernier match pour arranger les affaires de la Mannschaft. Il n’est pas le seul à avoir eu l’idée de faire du lobbying.

David Raum, coéquipier de Dani Olmo à Leipzig, y a aussi mis du sien. « Oui, il me l’a dit aussi, se marre l’Espagnol. On ira gagner ce match contre le Japon, parce qu’en cas de victoire, on sera sûr d’être en huitièmes. » Argument un peu bancal, la Roja étant des quatre équipes celle qui a le moins de chance de passer à la trappe. Toujours leader de son groupe, elle n’est en revanche pas aussi souveraine que l’on pouvait l’imaginer.

Espagne = Tricot, boulot, dodo

L’impression de maîtrise tactique et technique dégagée en première période par les joueurs de Luis Enrique nous ont pourtant fait forte impression lors de la première heure de jeu. Les pantoufles de Busquets, les feintes de corps de Pedri et la grinta de Gavi nous faisaient voir en cette Espagne un sérieux rival pour la France. Et si même Alvaro Morata se met à être décisif, popopo, on ne vous raconte pas.

Le problème, et nos confrères espagnols n’ont eu de cesse de le répéter dans les couloirs du stade Al Bayt, c’est que cette équipe manque de bouteille à des postes clés. Avoir des jeunes très techniques, c’est bien pour tricoter. Pour tuer un match où casser son rythme quand il nous échappe, c’est moins évident. Une pensée émue pour le raté d’Asensio sur la balle de 2-0 qui aurait permis de plier le bazar, et que ni Carvajal, ni Rodri n’ont manqué de relever après la rencontre.

« On doit garder notre calme dans les derniers mètres, avoir des possessions longues, relève quant à lui Dani Olmo. Ils étaient aussi fatigués que nous, on aurait dû les faire courir un peu plus, et rester tranquilles. »

Flick fier de ses soldats

Plus facile à dire qu’à faire, surtout quand Hansi Flick décide de passer en mode Bayern Munich après l’ouverture du score d’Alvaro Morata. Malgré une montagne de déchets techniques indignes de leur niveau supposé, les Allemands ont profité de la mollesse adverse pour gagner des duels et s’installer dans le camp rouge jusqu’au but de Füllkrug. « Je suis fier, s’est ému Hansi Flick. Ce sont des guerriers sur le terrain, ils jouent avec leur cœur. L’Allemagne a montré une vraie belle mentalité et on est tous contents dans le staff que l’on ait réussi à retourner le match. Si nous continuons sur cet élan, et que nous accumulons encore de la confiance, alors beaucoup de choses seront possibles. » Comme gagner un match.

Plus belle la vie avec des numéros 9

Petite observation tactique pour finir. Les deux formations se sont affrontées sans réel attaquant de pointe au coup d’envoi. Une forme d’hommage à la marque indélébile laissée par le passage de Pep Guardiola dans ces deux grandes nations de football. Mais l’humilité doit pousser à ne jamais imiter les grands maîtres, au risque de verser dans la caricature. Asensio d’un côté et Gnabry n’ont donné aucune satisfaction à leurs sélectionneurs respectifs. Alors il fallait revenir à l’ancienne méthode. Un numéro 9, un vrai, et pourvu que ça passe derrière. Bingo, les deux ont marqué. Comme quoi c’est bien aussi, de ne pas toujours réinventer le football.