Masters WTA : « Caroline Garcia a marqué l’histoire du tennis français », souligne son ancienne coach lyonnaise

INTERVIEW Formatrice de la désormais numéro 4 mondiale, de 2002 à 2007 à l’Asul Tennis Villeurbanne, Muriel Merolle revient sur le sacre de la Lyonnaise lors du Masters WTA, et sur ses perspectives de Grand Chelem

Propos recueillis par Jérémy Laugier
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Caroline Garcia a été saisie par l'émotion, dans la nuit de lundi à mardi, après avoir remporté sa balle de match au Masters de Fort Worth (Texas) face à Aryna Sabalenka.
Caroline Garcia a été saisie par l'émotion, dans la nuit de lundi à mardi, après avoir remporté sa balle de match au Masters de Fort Worth (Texas) face à Aryna Sabalenka. — Tom Pennington/Getty Images/AFP
  • Caroline Garcia est devenue dans la nuit de lundi à mardi la deuxième joueuse française de l’histoire à s’adjuger le Masters WTA, après Amélie Mauresmo en 2005.
  • La Lyonnaise devient du même coup numéro 4 mondiale, et égale donc ainsi le meilleur rang de sa carrière.
  • Muriel Merolle, sa formatrice à l’Asul Tennis Villeurbanne (Rhône) de 2002 à 2007, explique à 20 Minutes à quel point elle sent son ex-protégée proche d’un premier Grand Chelem remporté.

« J’ai fait quelques coups droits et quelques revers dans mon salon à 3 heures du matin. » Muriel Merolle a vécu comme peu de passionnés de balle jaune le sacre de Caroline Garcia, dans la nuit de lundi à mardi, au Masters WTA. Formatrice de la désormais numéro 4 mondiale, de 2002 à 2007 à l’Asul Tennis Villeurbanne (Rhône), elle revient pour 20 Minutes sur le titre le plus important (jusque-là) de la carrière de son ex-protégée. Selon Muriel Merolle, « il ne manque pas grand-chose » à la Lyonnaise de 29 ans pour qu’elle aille désormais conquérir un Grand Chelem.


Muriel Merolle, ici aux côtés d'une Caroline Garcia tout juste ado, dans les années 2000 à l'Asul Tennis Villeurbanne.
Muriel Merolle, ici aux côtés d'une Caroline Garcia tout juste ado, dans les années 2000 à l'Asul Tennis Villeurbanne. - Asul Tennis Villeurbanne

Qu’avez-vous ressenti, la nuit passée devant votre télévision, lorsque Caroline Garcia s’est imposée contre la Biélorusse Aryna Sabalenka (7-6, 6-4), en finale du Masters à Fort Worth (Texas) ?

Avant tout beaucoup de joie et de fierté. J’étais beaucoup plus fébrile devant le dernier match de poule décisif contre Daria Kasatkina (4-6, 6-1, 7-5). Là, c’était un peu chaud sur le tie-break mais j’étais plutôt sereine. Je m’attendais à ce que ce soit encore plus accroché. Caroline mérite de savourer cette magnifique victoire.

Son sacre au Masters est une première pour le tennis féminin français depuis Amélie Mauresmo il y a 17 ans…

Ça montre qu’elle a marqué l’histoire du tennis français grâce à cette victoire. Il lui manque encore un Grand Chelem pour asseoir un peu plus cette position, mais c’est déjà énorme. Etre Top 4 mondial, c’est beaucoup, et devenir la deuxième Française à remporter le Masters, c’est assez exceptionnel.

A-t-elle toujours eu ce côté battante, y compris lorsque vous l’avez formée de 9 à 14 ans ?

Non, il a fallu qu’elle aille chercher cela en puisant dans ses réserves. Les années où ça se passait moins bien, ça la frustrait de voir qu’elle ne pouvait pas faire ce qu’elle voulait sur le court. Le manque de confiance et de physique l’atteignait. Il y avait des matchs frustrants à voir parce qu’il y avait beaucoup de fautes et pas de combat de sa part.



La fameuse prophétie d’Andy Murray en 2011, après le premier coup d’éclat de Caroline Garcia contre Maria Sharapova à Roland-Garros (défaite en trois sets à 17 ans), est en train de prendre forme, non ?

J’étais en formation à Paris ce jour-là, et d’un coup j’ai reçu pas mal de messages. Je ne me suis jamais dit qu’elle pourrait être un jour numéro un mondiale. Après, Murray c’est Murray, il a plus de connaissances tennistiques que moi, et l’actualité lui donne pratiquement raison (sourire). Là oui, elle en est très proche. Elle mérite son classement actuel au vu de sa fin de saison. Il y a des joueuses solides devant donc ça va dépendre de son début de saison prochaine en Australie. Mais tout est possible maintenant.

Après sa demi-finale en septembre à l’US Open, que lui faudra-t-il pour aller remporter un premier Grand Chelem ?

Il faut avant tout qu’elle reste en forme physiquement et qu’elle garde le plaisir d’évoluer à ce niveau, et de produire le jeu qu’elle produit. Il lui faudra aussi de bons tirages, et en tant que tête de série désormais, elle devrait être un peu mieux protégée. Franchement, il ne lui manque pas grand-chose là, pour aller chercher un Grand Chelem.


Caroline Garcia a livré un Masters encore plus solide qu'en 2017, lorsqu'elle s'était inclinée en demi-finale.
Caroline Garcia a livré un Masters encore plus solide qu'en 2017, lorsqu'elle s'était inclinée en demi-finale. - Sofascore

C’est ce qu’on se disait déjà en 2017 après son quart à Roland-Garros et sa demie au Masters…

Elle était encore jeune et il y a eu beaucoup d’attentes autour d’elle. Caroline est très exigeante avec elle-même et elle n’arrivait pas à reproduire alors ses performances de la tournée asiatique (succès à Wuhan et à Pékin en 2017). Donc ça l’a frustrée, puis des pépins physiques ne l’ont pas aidée.

En quoi son jeu est-il différent aujourd’hui ?

La grosse différence, c’est qu’elle sert encore mieux et qu’elle va davantage au filet, ce qui lui permet d’abréger un peu les échanges. Elle est aussi super solide en fond de court. Il y a très peu de déchet. A la vitesse où ça va, c’est impressionnant de solidité. Elle a bien travaillé physiquement car elle était un peu lente les années précédentes. Elle peut désormais exprimer tout son potentiel. Et puis on la sent bien dans sa peau, épanouie et plus souriante. Elle sait sur quoi s’appuyer, et elle voit que la façon dont elle joue, qui est très complète, paie.


La Caroline Garcia collégienne mentionnait-elle parfois à l’entraînement un sacre en Grand Chelem ou un Masters ?

(Sourire) Non, elle était plutôt réservée et discrète, elle n’a jamais roulé des mécaniques. Mais dans un coin de sa tête, ça trottait forcément. Elle avait des bases de travail et un accompagnement familial très solide. Et donc un projet clair, sinon elle n’aurait pas joué au tennis tous les jours. Elle prenait des cours par correspondance assez tôt. Forcément, quand tu commences comme ça, c’est que tu veux atteindre le haut niveau.