Pierre Vaultier: «Avec les Jeux, on devient des bêtes de scènes»

INTERVIEW Vainqueur de la Coupe du monde de snowboardcross, le français est le favori pour le titre à Vancouver...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Le spécialiste français du snowboardcross, Pierre Vaultier, le 18 décembre 2009 à Telluride, dans le Colodado.
Le spécialiste français du snowboardcross, Pierre Vaultier, le 18 décembre 2009 à Telluride, dans le Colodado. — D.Pensinger/AFP

Non, le snowboard n’est pas qu’un passe-temps de jeunes rebelles, menant la vie dure aux skieurs sur les pistes. Pierre Vaultier ne cessera jamais de l’expliquer. Le quotidien du récent vainqueur de la Coupe du monde de snowboardcross (à deux épreuves de la fin) est celui d’un sportif de haut niveau comme les autres. Le Briançonnais de 22 ans est même l’une des meilleures chances françaises de titre à Vancouver. A moins de trois semaines des Jeux, rencontre avec un athlète ambitieux, dont le  discours n’a rien de formaté.

Après votre victoire au classement de la Coupe du monde, vous sentez-vous libéré d’un poids à trois semaines des Jeux? C’est un soulagement?
Oui, voilà. Cela prouve qu’on a fait du bon boulot jusqu’à maintenant. Le globe, c’est quelque chose d’acquis. C’est un soulagement mais aussi un appel à continuer parce que le gros de la saison reste à venir avec les Jeux. Je ne ferai pas d’impasses sur la Coupe du monde. Vu l’avance que j’ai en border, je vais essayer de jouer le classement général, «l’overall» avec toutes les disciplines. Seulement pour du bonus. Pour mon orgueil à moi, mon ego. Me dire j’ai un globe, il est plus gros que les autres, c’est bien (il rit).

Vous vous surprenez vous-même ces derniers temps en compétition?

Non, il y a une certaine continuité dans la préparation et mes résultats. Chaque course reste un combat. Il n’y a pas de surprise, juste une récompense du travail. Ça ne m’atteint pas plus que ça. Je ride comme je sais le faire et il se trouve que je suis plus rapide que les autres. C’est un accomplissement. Enfin un demi-accomplissement, puisque il y a encore les Jeux.

À l’approche de l’échéance, vous devez sentir un petit «buzz» autour de vous, non?

Oui, le téléphone n’arrête pas de sonner et je n’aime pas forcément ça (il rit). Ça ne me plaît pas beaucoup. La médiatisation en soi, c’est bien parce que ça nous fait vivre. Mais soit on fait de la com’, soit on gagne des courses. Moi je préfère gagner des courses.

Vous appréciez quand même que votre sport soit mis en avant…
Le snowboardcross, on n’en parle jamais et là, comme il y a les Jeux et qu’on a des résultats, on est les rois du monde. Je trouve ça un peu raide. On ne peut rien y faire. Tout d’un coup, on devient des bêtes de scène. Il y a les Jeux, il faut gagner, et si on ne gagne pas, tout redeviendra comme avant. Moi si je ne gagne pas, je vivrai tout aussi bien le fait qu’on ne parlera plus de moi après.

Quelle est l’esprit du snowboardcross? Vous semblez proche de vos adversaires?

On les voit à toutes les courses, on est plus ou moins potes. Je me plais dans ce monde. On n’est pas du tout ennemis. Il y a une vraie bonne entente. Ce n’est pas hypocrite. En finale, ça se «fight» sans mauvais coup. C’est ultra fair-play. Il y a de belles valeurs.

Il n’y a vraiment personne à la marge?

Si, il y a un Américain, Nate Holland. Il a un esprit un peu tordu, tricheur sur les bords. C’est un peu le seul, donc il se bat pour une cause perdue. On le sait, on vit avec. On ne l’aime pas trop.

Votre discipline est aussi associée à la jeunesse baba cool, aux fumeurs de joints. Est-ce une image erronée?

Il y a aussi ça. En tout cas il y a eu ça. Je ne sais pas si c’est trop d’actualité. En tout cas, on souffre de cette image détachée du freestyle amateur. En général, ce sont des gens assez irrespectueux. Ils se font détester et ils cultivent ça sur les pistes. C’est vraiment très mauvais pour nous. On en souffre horriblement. Alors que nous, en boarder, on sait faire du snowboard, pas comme la plupart des freestyler amateurs. Avec les Jeux et le bon niveau des Français, les mentalités évoluent. On va plus vers une reconnaissance, de plus en pus concrète.

Vous semblez avoir une vision de votre sport plus axée sur la performance que le plaisir de la glisse…

De toute façon, pour moi, le plaisir découle de la performance. Peut-être que Xavier De Le Rue, qui est très axé freeride, dirait l’inverse. Pour lui, s’il y a du plaisir, il y aura de la performance. Pour moi, c’est différent.

Sinon, que pensez-vous du site de Cypress où se déroule l’épreuve des Jeux?

J’aime les parcours compacts, où les modules sont les uns sur les autres. J’aime bien quand il faut faire marcher son amplitude de jambe parce que je suis assez grand, quand ça va vite et que c’est glacé. A Vancouver, c’est assez compact, il y a peu de chance que ce soit glacé puisque pour l'instant, il n'y a pas de neige, mais ça peut aller vite. Donc il y a de quoi faire.