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Isabelle Patissier: «Je fais ce qui me plaît»

Isabelle Patissier: «Je fais ce qui me plaît»

DAKARLa double championne du monde d'escalade part sillonner les pistes d'Amérique du Sud à bord de son buggy...
Propos recueillis par Matthieu Payen

Propos recueillis par Matthieu Payen

De notre envoyé spécial en Argentine,


>> Suivez Isabelle Patissier, seule femme pilote auto engagée sur ce Dakar


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Elle fait partie de ces anciens sportifs de haut-niveau – Alphand, Califano, Asloum - qui se lancent comme nouveau défi de vaincre la sueur, la poussière et la fatigue du Dakar. Isabelle Patissier peut remercier son mental de championne qui lui a permis de ne pas laisser tomber sa quête de sponsor. Car le Dakar commence bien avant le 1er janvier.

Mardi, quatre jours avant le départ, des rumeurs vous annoncaient non partante en raison d’un problème de sponsor. Vous démentez ?

Totalement. Je suis bien là devant vous. Je ne sais pas d’où vient cette information. C’est vrai que cette année, ça a été particulièrement compliqué de réunir les financements. Franchement, sans l’appui de dernière minute du Team Dessoude, je serai resté à la maison pour Noël cette année.

Ca vous aurait évité pas mal de galère, non?

Oui, le Dakar, c’est très stressant. Je roule sur un véhicule avec deux roues motrices, donc si on s’enlise, c’est une catastrophe. Mais j’aime bien ça. Ca fait partie du Dakar. Quand il n’y a pas de galère, on s’en rappelle moins. D’ailleurs, en 2009, je trouve que ça manquait de rentrées en pleine nuit. Ca donne une autre dimension au défi. On doit être un peu maso de toute façon.


On parle toujours de vous comme une championne d’escalade, alors que vous avez aussi été championne du monde de rallye-raid. Ca vous dérange?

Non, pas vraiment. C’est comme Luc Alphand, assimilé au ski, alors qu’il a quand même gagné le Dakar. Après, moi je préfère être citée comme championne d’escalade que de ne pas être citée du tout. Et puis, le rallye-raid est un milieu assez fermé, donc ceux qui viennent d’autres disciplines ne seront jamais des pilotes aux yeux des puristes.


Qu’est-ce qui explique que de nombreux sportifs se convertissent au Dakar?

Je ne sais pas. En ce qui me concerne, je venais d’un sport très individuel, très austère avec 10 heures d’entraînement par jour. Et j’avais envie de faire quelque chose en équipe, de partager mes émotions. En escalade, qu’on gagne ou qu’on perde, on est toujours tout seul. Là au moins, on est deux dans la voiture. Et puis, il y a les mécanos et le reste de l’équipe.


L’escalade a quand même une image de nature. Ce n’est pas vraiment le cas des rallyes…

Oui, mais assez égoïstement, je fais ce qui me plaît. J’ai eu la chance de vivre d’une passion, l’escalade, pendant dix ans. Et ensuite, j’ai enchaîné avec une seconde passion. C’est une vie idéale. C’est sûr, les gens disent qu’on pollue mais ASO [l’organisateur du Dakar] avait fait une évaluation des émissions de CO2 de tous les concurrents pendant l’épreuve et ça représentait une seule journée sur le périph’ à Paris.


Alors, comment faire aimer le Dakar?

Le Dakar, c’est des paysages magnifiques, c’est de belles rencontres, c’est des milliers de personnes sur le bord des routes. L’an dernier, dans les rues de Buenos Aires, je n’avais jamais vu autant de gens venus nous voir passer, nous demander des autographes. C’est ça la caravane du Dakar. On amène un peu de passion à une population fan de sport automobile.

N’est-ce pas compliqué d’être une femme en sport automobile?

(elle sourit). C’est sûr. Il faut faire sa place. On est un peu dans leur jardin parce que les sports mécaniques sont très masculins. C’est mieux d’être en rallye que sur circuit parce qu’au moins les départs se font un par un, ça évite les contacts, ça évite de se faire sortir par un concurrent mécontent. Et puis sur un Dakar, l’endurance compte beaucoup et du coup ça nivelle les chances de chacun.

Là, vous conduisez un buggy. Vous pouvez nous en parler?

Le gros avantage, c’est que c’est un véhicule performant. Puissant mais pas trop lourd. Et puis, c’est confortable grâce aux suspensions libres. On passe plus vite dans les trous. Le dernier avantage c’est qu’on a un système de dégonflage des roues de l’intérieur. On peut facilement diminuer la pression des pneus quand on arrive sur le sable.

Vous en êtes désormais à votre 8e Dakar. Quels enseignements tirez-vous de vos précédentes expériences?

Le secret d’un Dakar, c’est de pouvoir récupérer en quatre heures de sommeil. On arrive rarement avant 7h du soir au bivouac. Ensuite, il faut voir le mécano, faire le debriefing, se doucher, manger, monter la tente. Et le lendemain, il faut être en forme, en se levant à 5 ou 6 heures du matin. Pour supporter ça, il faut être très bien physiquement en arrivant sur le Dakar. Et c’est mon cas.

Du coup, vous visez quel objectif cette année?

L’an passé, j’ai fini deuxième du classement des buggys. Donc cette année, je vise forcément la première place. Mais bon, la route est longue. Donc, dans un premier temps, j’espère simplement prendre un bon départ. Parce que si vous êtes trop loin, ça se complique, la piste est défoncée.


Et gagner une spéciale?

Non, ça c’est impossible face aux Volkswagen qui ont cent fois plus de moyens que nous. Eux, leur voiture est remise à neuf toutes les nuits. Nous, on fait une course de fond. On ne peut pas se lâcher totalement pour faire en sorte que notre voiture tienne jusqu’au bout. Si on en prend suffisamment soin, on peut faire une bonne place au classement final