Vandenbroucke, un parcours sous influence
CYCLISME•Comme Pantani, le coureur belge a connu une retraite sportive marquée par les drogues. Faut-il y voir un lien avec son passé de dopé?...M. Payen
Suicide, overdose accidentelle, mort due à son passé de dopé? C’est dans un hôtel, à Saly, station balnéaire du Sénégal, que la trajectoire de Frank Vandenbroucke s’est terminée, mais on ne sait pas encore comment. Une carrière débutée, en 1993, à une époque où le sulfureux médecin Michele Ferrari prodigue ses soins à quelques coureurs du peloton. Alors forcément quand un gamin de 21 ans s’impose sur la semi-classique Paris-Bruxelles en 1995, on s’interroge. Pourtant, le Flahute a du talent: «Il avait une classe, une prestance et une force irrésistible sur le vélo», témoigne Alain Deloeuil, son ancien directeur sportif chez Cofidis. Des qualités qui lui permettent de s’imposer sur Paris-Nice en 1998 et surtout Liège-Bastogne-Liège l’année suivante, son plus grand succès. Son dernier aussi.
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Car la machine s’enraye. Deux affaires en 1999 et 2002 et «VDB» devient un coureur au palmarès aussi long que la liste des produits retrouvés chez lui: amphétamines, anabolisants, morphine, EPO, hormones de croissance… Commence alors une lente descente aux enfers parsemée de deux tentatives de suicide en 2005 et 2007 et qui s’est achevée dans un hôtel du Sénégal.
Deux morts dans un hôtel
L’Equipe indiquait mardi que de l’insuline, du Stilnox et du Xanax avaient été retrouvés dans la chambre de l’ancien champion. Ce dernier a de plus été vu en état d’ébriété. «Un cocktail dévastateur, selon Gérard Dine. L’insuline peut vous mettre en hypoglycémie majeure. Avec du Stilnox à haute dose, vous vous endormez vite, mais vous ne vous réveillez pas bien. Là-dessus, si vous ajoutez du Xanax, vous êtes totalement désinhibé et incapable de réagir. Enfin, l’alcool n’arrange pas les affaires.»
Une chute qui en rappelle une autre: celle de Marco Pantani. «Le Pirate», décédé en 2004, est lui aussi mort à 34 ans, loin de tout, dans un hôtel de Rimini. Et lui aussi a succombé à une embolie pulmonaire. Or, lui aussi avait connu les feux de la rampe avant d’être banni du peloton pour à cause du dopage.
Un lien entre dopage et dépendance?
Deux junkies en cuissard? «Jusqu’à présent, il n’y a jamais eu de lien entre dopage et dépendance, tempère Michel Audran, spécialiste du dopage sanguin. Il n’y a pas d’addiction à l’EPO ou aux hormones de croissance. En revanche, on peut devenir accros aux amphétamines et aux corticoïdes.» Et c’est bien là le problème. «Ce genre de produits dopants, que l’on pourrait qualifier d’anciens, agissent au niveau neuropsychologique, précise Gérard Dine, hématologue au CHU de Troyes. Ce qui veut dire que les gens qui les ont utilisés à l’excès peuvent se retrouver en situation de dépendance. On est dans la même situation que les toxicomanes qui passent du LSD [une forme d’amphétamine] à l’héroïne.»
«Un cocktail dévastateur»
«C’est sûr, pour un sportif qui a une certaine aura c’est difficile d’un point de vue psychologique parce que le contexte et l’effort lui manquent», analyse Michel Audran. L’excuse de la carrière brisée ne satisfait pas son homologue de Troyes. «Mes collègues qui s’occupent de centres de toxicomanie indiquent qu’il y a un fort pourcentage de sportifs de haut niveau au sein de leur clientèle, mais ce ne sont pas forcément des stars», conclut Gérard Dine.



















