Alain Deloeuil: «Frank a brûlé la vie par les deux bouts»

CYCLISME Le directeur sportif de l'équipe Cofidis a connu le coureur belge à son apogée entre 1999 et 2000...

Propos recueillis par Matthieu Payen

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 Alain Deloeuil, directeur sportif de Cofidis, en janvier 2005
 Alain Deloeuil, directeur sportif de Cofidis, en janvier 2005 — J.Saguet/AFP

Pourquoi disait-on de Frank Vandenbroucke qu’il était le cycliste le plus doué de sa génération?

Parce qu’il dominait tout le monde dans toutes les catégories. Il avait de la classe, de la prestance et une force irrésistible. Il était doué dans tous les compartiments. Quand il est arrivé dans le monde pro, il s’est tout de suite adapté et il a rapidement gagné des courses. C’était un très bon coureur de classique, mais il était capable de briller dans des courses à étapes comme Paris-Nice [qu’il remporte en 1998, Ndlr].

 

En 2000, il quitte Cofidis après une première affaire de dopage. L’avez-vous revu depuis?

Oui, je le recroisais sur les courses en Belgique. Et puis, je prenais des nouvelles régulièrement parce que c’est un coureur que je suivais beaucoup sur les classiques quand il était chez nous. Evidemment, il était décrié comme cycliste, mais je l’appréciais en tant qu’homme.

 

Depuis quelques années, il n’était plus que l’ombre de lui-même. Cette descente aux enfers vous a rendu triste?

Oui, beaucoup. Frank est quelqu’un qui a brûlé la vie par les deux bouts. Mais quand on le connaissait un peu, on avait envie de lui tendre la main. Personne n’a pourtant vraiment perçu sa profonde détresse. Après sa tentative de suicide [en 2007, Ndlr], il n’aurait plus fallu le lâcher. C’est sûr, il n’était plus ce qu’il avait été et ça devait être extrêmement dur à vivre.

 

La comparaison avec Marco Pantani, décédé en 2004, vous semble-t-elle appropriée?

La question va se poser forcément. Même âge, même type de mort dans un hôtel, seul. Deux destins tragiques du cyclisme, c’est certain. Mais il est trop tôt pour faire de tels parallèles.