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Florent Lacasse: «J'espère que les gens vont me pardonner»

Florent Lacasse: «J'espère que les gens vont me pardonner»

ATHLETISMELe spécialiste du 800m est de retour sur les pistes après deux ans de suspension pour dopage...
Propos recueillis par Romain Scotto

Propos recueillis par Romain Scotto

Sa carrière a basculé en 2007. Une période de doutes, un contrôle positif à la testostérone et une suspension qui le tiendra éloigné pendant deux ans des meetings et compétitions internationales. Mardi à Reims, Florent Lacasse exercera à nouveau son métier d’athlète de haut niveau, spécialiste du 800m et prétendant à un ticket pour les Mondiaux de Berlin. Entre deux trains pour raller Manosque et Reims, le repenti s’est confié à 20minutes.fr…


Dans quel état d’esprit êtes-vous pour votre retour en meeting après deux ans de suspension?


Bien, très bien… J’attends ça depuis longtemps d’autant que je suis bien préparé. Je crois que ça va être intéressant au niveau des temps. J’ai aussi envie de voir comment les gens vont réagir. J'espère qu'ils vont me pardonner. Mais je crois qu’il faudra du temps.


Avec le recul, comment expliquez-vous ce contrôle positif à la testostérone?


C’est une bêtise. Une erreur de ma part à un moment particulier de ma vie. Ce n’était pas prémédité. Des périodes comme ça, on n’en connaît pas souvent. Et dans ces moments-là, on ne pense pas trop aux conséquences. C’était au mois de juin (2007), une période où est à la limite du surentraînement. Je faisais des insomnies chroniques. J’ai pris de la DHEA parce que c’est un produit qui permet de mieux dormir. J’ai enchaîné dix nuits blanches et les somnifères ne faisaient plus effet. C’est avec ce produit que j’ai été contrôlé à la testostérone.


Qu’avez-vous fait pendant ces deux années?


J’ai eu l’occasion de participer à des colloques avec la fédération sur la prévention. Après, à partir de janvier 2008, j’ai commencé à bosser dur, chez moi à Manosque. J’ai changé d’entraîneur parce que c’était une des raisons de ce sentiment de sollitude, de ma mauvaise période. J’ai retrouvé mon ancien prof de sport, Bertrand Carpentier, avec qui le contact n’est pas le même.


Vous avez aussi failli arrêter l’athlétisme…


Un court moment. Je me suis dit "comment je vais faire". Financièrement ça allait être difficile. Pendant trois semaines, j’ai été vendeur dans un magasin Auchan. Faut bien gagner sa vie. C’était une expérience à la fois positive et négative. Positive, parce que je me suis rendu compte qu’on était vraiment privilégiés dans le sport. Et puis négative parce que quand tu es en bas de l’échelle, les gens n’ont aucune considération pour toi. Je ne l’ai pas trop accepté.


Pour vous, c’était la chose la plus difficile à endurer?


Le plus dur, c’était pour mon entourage. Ils m’ont bien soutenu, mais les remarques des gens leur faisaient mal. C’était un fardeau pour eux. Moi, ça va, j’ai la tête dure. Forcément, le regard des gens change. Un contrôle positif, c’est un contrôle positif. Ce n’est pas tout rose, il faut assumer. Mais il y a eu aussi des réactions disproportionnées. Je pense à des gens qui ont eu une attitude détestable que je ne suis pas prêt d’oublier.


A Reims, quel sera votre objectif?


Si les conditions sont bonnes et que les lièvres font un bon boulot, les minimas pour les Mondiaux sont largement envisageables. En tout cas, quel que soit le résultat, je vais me satisfaire de ce que je fais. J’ai un autre regard sur mon sport. Je ne suis plus dans ma bulle. Je suis plus dans le réel, plus humain, je dirais. Parfois, quand on est athlète, on en veut toujours plus et finalement, on passe à côté du plaisir. Moi, je n’aurai plus de regrets.


Un conseil à donner à Richard Gasquet, qui pourrait lui aussi être suspendu après son contrôle positif?


Non, ce n’est pas parce que j’ai participé à des colloques qui je suis un donneur de leçons. Son histoire, je ne la connais pas. Lui, je ne le connais pas non plus. Mais si on est loyal, on fait un premier pas. Il faut être transparent et sincère avec les gens. Etre soi-même.