JO Tokyo 2021 : 300.000 cartouches et des simulations de finale en visio, comment Quiquampoix est passé de l’argent à l’or en cinq ans

TIR AU PISTOLET Le Français , deuxième à Rio, a encore monté le curseur à l’entraînement pour obtenir le plus beau métal au Japon

Julien Laloye
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Jean Quiquampoix, médaillé d'or aux JO de Tokyo.
Jean Quiquampoix, médaillé d'or aux JO de Tokyo. — Tauseef MUSTAFA / AFP
  • Jean Quiquampoix a remporté la médaille d’or au tir au pistolet à 25 mètres.
  • Il s’agit de la 22e médaille pour la délégation tricolore, la sixième en or.
  • Licencié à Marseille, le tout nouveau champion olympique a investi dans chaque détail pour gagner une place depuis sa médaille d’argent à Rio.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

300.000 cartouches d’entraînement depuis Rio pour ne plus être confondu avec le personnage d’Amélie Poulain quand on tape son nom dans Google. « A la louche, hein », précise Jean Quiquampoix. C’est que la médaille d’argent de 2016 n’avait pas fait entièrement le taf. « On était tellement configurés pour l’or que pour nous, c’était perdu », se remémore son entraîneur Hervé Carratu, que certains avaient cru voir la tête dans le sac au Brésil, malgré la deuxième place.

Alors Quiquampoix, déjà un grand malade de boulot, en a encore rajouté une couche. « J’ai gratté sur les moindres détails, explique le champion. Plus de travail au quotidien ». Comme si c’était possible. « Jean, quand il n’est pas satisfait de son entraînement, il veut remette le couvert, raconte Carratu. Il faut se battre pour qu’il pense à sa récupération ».

150.000 euros pour acheter les mêmes cibles qu’à Tokyo

Quiquampoix, détaché à temps plein par l’armée, préfère tirer, encore, et encore. Quatre heures par jour, cinq jours sur sept. Puis la préparation physique l’après-midi. Des sorties de 80 bornes à vélo, par exemple, quand le temps le permet. A Rio, le staff avait constaté qu’il partait trop doucement et consumait de l’énergie superflue pour rentrer en finale. « La condition physique, je considère que c’est important. Je suis persuadé que ça m’aide à mieux gérer les déplacements, mieux encaisser la fatigue. Par exemple le gainage va venir te stabiliser et te faire moins bouger ».

Chaque gain possible est traqué, partout. A la demande la Fédé de tir, l’ANS libère un budget de 150.000 euros pour acheter le même modèle de cibles qu’à Tokyo. La nouvelle agence qui chapeaute les sportifs d’élite offre aussi une préparation mentale sur mesure avec le programme ORfèvre, qui bénéficie aussi à Clément Bessaguet. L’émergence du tireur montpelliérain, qui a échoué à une place de la finale, a aussi contribué à tirer Jean Quiquampoix vers le haut.

Les deux hommes se tirent la bourre presque tous les jours au CTPN d’Allauch. « On fait beaucoup de simulation de finale tous les deux », souffle Bessaguet, déçu par son résultat mais « super fier de Jean ». « Il est très fort en finale. D’ailleurs, il égale le record olympique (34/40), ce qui est un bon score aux Jeux, mais il en a encore sous le pied ».

Lorsque les deux potes tirent à l’entraînement, et parfois même en visio avec l’équipe allemande cette année grâce à l’achat de caméras spécifiques, il n’est pas rare que Quiquampois fasse mieux, malgré les « pièges » disséminés par Carratu, qui n’hésite pas à souffler fort dans sa corne de brume pour perturber son athlète en pleine série de tirs à 25 mètres. « On le met dans une situation d’inconfort sonore et visuel », plaisante le bonhomme. Le pire ? « Jeannot » est imperturbable : « On simule deux finales par semaine, sa moyenne c’est 37, donc 34, c’est pas très bien tiré pour lui. Il a déjà fait plusieurs fois des finales à 39. »

« Si tu fais 40/40, les cent euros sont pour toi »

Un jour, Carratu a même poussé le défi un peu plus loin en mettant un billet de 100 euros sur la table, au sens propre. « Si tu fais 40/40, il est pour toi ». Quiquampoix fait 40, évidemment. « C’est dans l’émotion forte, les situations difficiles qu’il se transcende. Il canalise très bien les émotions ça devient un carburant, une motivation, un booster supplémentaire ».

Le sixième médaillé d’or de la délégation tricolore les canalise tellement bien qu’on le sent capable d’en aligner trois ou quatre à la suite, dans un sport où l’on performe longtemps. Il n’y a qu’à voir la bedaine de son dauphin, le Cubain Pupo, 44 ans au compteur de la Lada. « C’est sûr qu’on dure au pistolet, répond Quiquampoix. Maintenant je peux pas prédire ce qui va passer dans 10 ou 15 ans, chaque objectif en son temps ». Le prochain ? Prendre un gros mois de vacances avant de reprendre un pistolet. « Je ne retourne pas au club avant septembre, j’espère que lui non plus », plaisante Bessaguet. Pas sûr, vu le bougre.