« Les jeunes allaient chez lui après les match », un entraîneur de foot renvoyé en procès pour viols sur mineurs

JUSTICE Les faits ont été mis au jour en octobre 2015, lorsque la mère d'un adolescent de 13 ans découvre dans le portable de son fils des messages à caractère sexuel de son entraîneur

J.L. avec AFP
Illustration d'un  terrain de football.
Illustration d'un terrain de football. — G. Varela / 20 Minutes

Un ancien entraîneur de football est renvoyé devant la cour d'assises pour des viols ou des agressions sexuelles sur des mineurs entre 2003 et 2018 en région parisienne: il profitait de son aura auprès de jeunes rêvant de devenir joueurs professionnels pour les abuser sexuellement.

Ahmed G., 48 ans, « a transformé ces relations de joueurs à entraîneur en relations à caractère sexuel afin d'assouvir (son) attirance » pour les adolescents d'origine africaine, âgés pour la plupart de moins de 15 ans, résume une juge d'instruction parisienne dans son ordonnance de renvoi du 4 février, dont l'AFP à pris connaissance. Les faits ont été mis au jour en octobre 2015​, lorsque la mère d'un adolescent de 13 ans découvre dans le portable de son fils des messages à caractère sexuel de son entraîneur.

Déjà deux incarcérations pour avoir continué d'entraîner des mineurs

Mis en examen et placé sous contrôle judiciaire en février 2016 avec interdiction de fréquenter des mineurs, Ahmed G. est incarcéré un mois plus tard : il a poursuivi les contacts avec des jeunes et les entrainements. Après un an de détention, il est libéré avec à nouveau l'interdiction de côtoyer terrains de foot et adolescents. Mais il est réincarcéré en février 2019: il entraînait des jeunes dans un club francilien. Entre temps, il a violé un autre garçon.

L'enquête a permis d'identifier plusieurs victimes, des jeunes noirs passionnés de football, issus d'un milieu modeste, qui « vouaient une admiration à Ahmed G. » « Il conteste tous les viols. Il reconnaît en revanche certaines agressions sexuelles, mais en conteste d'autres », explique à l'AFP son avocate, Me Peggy Salomé.

Ahmed G. utilise un «mode opératoire récurrent»: il se présente comme un recruteur pour centres de formation, offre aux jeunes des cadeaux, les conseille, les raccompagne après les entraînements. Il gagne la confiance des parents et devient «un référent», décrit la magistrate. Une fois la relation de proximité installée, il commet ses premiers attouchements - caresses et baisers -, puis fellations et pénétrations si l'adolescent ne résiste pas.

«Selon nous, les victimes sont bien plus nombreuses»

Si le mineur s'y oppose, il prétend que ses gestes sont des marques d'affection ou des massages. L'éducateur, «malin et manipulateur» selon l'accusation, demande à ses victimes d'effacer les échanges sur leurs téléphones et de taire les relations sexuelles. « Une omerta s'installe chez chaque enfant », souligne à l'AFP une source proche du dossier.

L'enquête s'est heurtée à la difficile identification d'autres victimes et au mutisme des adolescents. « Selon nous, les victimes sont bien plus nombreuses. On a assisté à une libération de la parole, mais il s'agit d'un processus encore fragile », indique Me Agathe Blanc, qui défend quatre garçons.

D'après des témoignages, Ahmed G., marié et sans enfant, « était très proche de ses joueurs ». « Il poussait les jeunes à venir chez lui après les matches pour jouer à la console ou regarder la télé. Les mineurs restaient très tard le soir », raconte un membre de son entourage sportif. «C'est un dossier extrêmement lourd, il a agi sur une très longue période: c'est un vrai prédateur», observe la source proche.