Coupe du monde: Alexis Pinturault va-t-il tenir le choc pour aller chercher le gros globe ?

SKI ALPIN Le skieur français, qui était largement en tête du classement général mais qui a vu son avance fondre ces dernières semaines, est sous pression avant les finales à Lenzerheide  

Nicolas Camus

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Alexis Pinturault vise le gros globe de cristal lors des finales du ski alpin à Lenzerheide, à partir du 18 mars 2021.
Alexis Pinturault vise le gros globe de cristal lors des finales du ski alpin à Lenzerheide, à partir du 18 mars 2021. — Marco Tacca/AP/SIPA
  • Les dernières épreuves de la saison de Coupe du monde de ski alpin ont lieu à partir de jeudi à Lenzerheide, en Suisse, après que la descente de mercredi a été annulée.
  • Alexis Pinturault, leader du classement général, va tenter décrocher le gros globe de cristal, une première pour un skieur français depuis Luc Alphand en 1997.
  • Il va pour cela devoir se relancer après des dernières courses décevantes, qui ont fait fondre son avance sur le Suisse Marco Odermaat.

On ne sait pas si ça suffira, mais cette fois, au moins, Alexis Pinturault peut compter sur un petit coup de pouce du destin. Malheureux il y a un an avec une fin de saison tronquée par le coronavirus alors qu’il arrivait lancé pour ravir le gros globe de cristal à Aleksander Kilde, le skieur français, cette fois dans la position du chassé, peut remercier le ciel. L’annulation de la descente, mercredi, en raison des fortes chutes de neige des derniers jours, est une sacrée bonne nouvelle pour lui à l’entame des épreuves finales de cette saison de Coupe du monde.

Pinturault voit en effet depuis trois semaines le Suisse Marc Odermaat revenir à toute blinde dans son rétro, au point de lui contester sérieusement le fameux gros globe, remis en fin de saison au leader du classement général. Avant les Mondiaux, mi-février, on pensait le Français (à peu près) tranquille avec un confortable matelas de 317 points d’avance. Et puis tout s’est emballé.

Une avance qui fond plus vite que la banquise

Pinturault n’a pas explosé en vol, mais dans la lignée de championnats en deçà de ses objectifs (double médaillé mais pas titré), il a nettement ralenti la cadence, entre poisse et petites erreurs qui coûtent cher - ici une deuxième manche de Géant avec un seul bâton (Bansko), là une sortie de piste en slalom (Kranjska Gora). De son côté, Odermaat s’est lâché et donne en ce moment l’impression de voler. Victorieux du Super-G de Saalbach et du Géant de Kranjska Gora, il pourrait descendre les yeux fermés qu’il allumerait quand même du vert en bas. Résultat, il n’y a plus que 31 petits points d’écart entre les deux hommes.

L’annulation de la descente est une cartouche en moins pour Odermaat, bien plus à l’aise dans l’exercice que le Français, dont c’est le seul gros point faible. La nouvelle terreur suisse (23 ans) pouvait légitiment espérer y gratter quelques points, avant la bagarre en frontal lors du super-G jeudi, et plus encore lors du slalom géant samedi. « Ça fait partie de notre sport, a réagi Pinturault depuis Lenzerheide. Ça fait quelques années qu’il n’y avait pas eu de descentes annulées, cette année il y en a deux. Mais ce qui change surtout pour moi, c’est de ne pas savoir comment est la piste, comment ça sera pour demain [jeudi]. »

Petit slalom avec vue sur station.
Petit slalom avec vue sur station. - JEANNE ACCORSINI/SIPA

Le skieur de Courchevel l’a jouée plutôt sobre, donc. Il n’allait de toute façon pas sauter au plafond. Descente ou pas, ces finales s’annoncent électriques. Mais si la dynamique actuelle ne lui est pas favorable, il ne faut pas oublier l’essentiel : c’est bien lui qui est en tête avant les premiers plantés de bâton. C’est ce que lui a répété son équipe après le vilain week-end passé à Kranjska Gora, au terme duquel Pinturault s’est laissé aller à un certain défaitisme.

« C’est un tout, il y a de la fatigue nerveuse, physique, je me tends un peu en arrivant au bout de cette saison, disait-il dimanche. Je ne suis pas sur une pente ascendante. J’essaie de relativiser mais ça ne sera pas facile. Je n’arrive pas à m’exprimer comme je le voudrais, ça a un côté frustrant. »

La calculette sur off

Un dodo plus tard, il était déjà l’heure de la remobilisation. « On a discuté un peu, mais on ne s’est pas éternisé. Il n’y a pas besoin d’un débriefing à rallonge dans ces cas-là, observe son entraîneur Fabien Munier. Sur le moment, Alexis était un peu abasourdi par ce qu’il s’est passé, mais c’est comme ça quand on est athlète, on reste centré à chaud sur ce qu’on a raté. Il y avait sûrement un peu de nervosité, et inconsciemment, ça a pris un peu le dessus. Il faut se dire que c’est une expérience, et qu’elles sont toutes bonnes à prendre. Il doit s’en servir. »

Traduction, il doit réussir à éteindre la petite calculette qui s’est mise en marche toute seule dans son cerveau depuis le mois de janvier. Munier reprend :

« Au fur à et mesure que l’hiver avance et que les résultats sont bons, ça se fait tout seul. On commence à se dire sur telle course "tiens là il faut que j’assure un minimum", ce genre de choses. Alexis s’est retrouvé dans la position du mec qui calcule, et ce n’est pas le bon état d’esprit pour gagner le général. Je pense qu’il l’a compris ce week-end. »

Alors pour ces finales, sur la piste Silvano Beltrametti, un seul mot d’ordre selon le coach : « Se faire plaisir et envoyer fort. » Encore le meilleur moyen de devenir, dimanche, le premier skieur français à régner sur le monde de l’alpin depuis Luc Alphand en 1997. « Ce serait mérité qu’il gagne, par rapport à sa polyvalence, son nombre de victoires en Coupe du monde et sa place dans l’histoire du ski. Ce serait bien que ça fasse partie de son palmarès », estime Fabien Munier.

Succéder à Alphand permettrait aussi à Pinturault de gagner quelques rangs parmi les sportifs français les plus connus. Car malgré ses 33 victoires en Coupe du monde, un chiffre qui le place à égalité avec Bode Miller dans le top 10 des meilleurs skieurs de tous les temps, le Savoyard ne fait pas lever les foules chez nous. On vous avait expliqué pourquoi dans un précédent papier.

C’est qui le plus fort, le globe ou les victoires ?

Pour Munier, toutefois, ce globe représenterait un accomplissement personnel plus qu’une fin en soi. Même dans le petit monde du ski. « Ce serait la cerise sur le gâteau, mais il faut déjà que le gâteau soit joli à la base, illustre le technicien. L’année dernière, il gagne six fois, il a marqué la saison, même sans le gros globe. Cette année, il en est à quatre victoires et sept podiums [sans compter les Mondiaux], c’est déjà une belle saison. Le globe d’Alphand en 97, on s’en souvient parce qu’on en parle en ce moment. Mais à mon avis, on se souvient surtout de Luc Alphand qui a gagné deux fois Kitzbühel le même jour. Pour les mecs qui suivent le ski, ça parle plus. »

Pas totalement faux. On serait ravi de pouvoir ouvrir le débat dimanche soir, en tout cas.