Tout un globe condensé en un blog

VOILE Pendant 3 mois, Armel Le Cléac'h nous a fait partager son tour du monde sur un blog...

Matthieu Goar

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 Il n’y a pas une façon de raconter un tour du monde mais des dizaines. Pendant 3 mois, Armel Le Cléac’h a décrit le sien sur son  blog. «Le Chacal» vient de boucler son tour du monde ce samedi matin en 89 jours 9heures 35 minutes et 39 secondes. L’occasion de remonter le fil des posts et de raconter la course parfaitement maîtrisée d’un jeune homme qui a su préserver son bateau quand il le fallait.

Revivre tout le tour d'Armel sur son Vendée Blog

 
L’angoisse du départ
Le 3 novembre, à une semaine du jour fatidique, le second plus jeune marin de la flotte se rappelle ceux qui l’ont poussé à prendre le départ: «Pour moi, le Vendée reste une aventure. J’avais à peine plus de 10 ans en 89 quand les premiers aventuriers, les Poupon, Lamazou et autres VDH (Van den Heede) s’élançaient pour la première édition.» Puis, le raz de marée des Sables d’Olonne le pousse en mer. «Je vous laisse imaginer: tout ce monde là, pour vous! Les proches bien sûr en premier lieu: dans ces moments là, en tout cas en ce qui me concerne, les mots ne veulent pas dire grand-chose et puis en plus, ils sont un peu difficiles à sortir… Un regard, un geste en disent beaucoup plus long: de toute façon, on sait…», écrit-il le 9 novembre. Deux jours plus tard, une première tempête décime la flotte. «Hier, c’était un peu Verdun ! Des pointes à près de 50 nœuds et une mer énorme! Je n’ai mangé pour la première fois que ce matin : trop stressé… un peu malade aussi! Et oui, même nous ça nous arrive d’avoir le mal de mer», raconte le marin de 32 ans. vendeeglobe
 
Le bonheur en mer
Tout au long de la descente de l’Atlantique, «Le Chacal» ne lâche rien et reste au contact des meilleurs. Peu à peu, il raconte son bonheur d’être en mer. «Nous apercevons sur la gauche, l'archipel du Cap Vert et pas très loin le port de Mindelo, souvenir malheureux d'une escale forcée l'an dernier… J'ai cru entendre quelques musiques cap verdiennes cette nuit et peut-être même Cesaria Evora... à moins que ce ne soit dans un rêve», poste-t-il le 17 novembre. «Et puis plus que le classement, ce qui est important c'est que je m'accroche aux leaders : moins de 40 milles d'écart, ce n'est vraiment pas grand chose! Je suis dans le match et ça c'est génial!»
 
Açores, Cap Vert, Equateur… L’Atlantique défile et Armel dévoile une méthode de douche spéciale zone équatoriale :


Douche à bord de BRIT AIR
envoyé par armel_lecleach

 
Les mers du Sud, entre littérature et grosse tempête.

  A quelques centaines de milles des mers du Sud, Armel Le Cléac’h bouquine et pense à la suite. Le benjamin de la flotte depuis l’abandon de Dejeanty n’a jamais fréquenté les mers redoutables du Sud qui attendent les marins. «J’ai fini il y a quelques jours le 1er tome du Seigneur des anneaux, juste au moment où le héros quitte la communauté de l’anneau et poursuit son aventure en rentrant dans… le pays de l’ombre… Moi, j’aborde les fameux quarantièmes… cette région dangereuse, piégeuse où les dépressions s’enchainent toutes plus impressionnantes les unes que les autres, une région froide et sans soleil que Titouan Lamazou avait appelé… le «Pays de l’Ombre», raconte-t-il le 5 décembre avant d’entrer dans le vif du sujet et d'entamer un autre livre mythique: «La longue route» de Moitessier.
 
«Je suis un peu comme dans un shaker géant! Ca cogne, ça remue, ça secoue dans tous les sens… Mais bon, c’est le prix à payer pour aller vite. Et depuis plusieurs heures, ça va même très vite!! Près de 450 milles en 24 heures… Plus de 18 nœuds de moyenne… Le tout par 50° Sud, une eau à 5° et des icebergs signalés dans la région…», décrit Armel le 23 décembre. Devant l’avalanche d’avaries, le marin finistérien décide de lever le pied et de faire sa course. «D’ailleurs comme le disait Oscar Wilde (et ouais, ça rend philosophe 2 mois de solitude !!): «Il faut avoir des rêves assez grand pour ne jamais les perdre de vue tandis qu’on les poursuit!»… alors je vous souhaite d’avoir de très très grands rêves en 2009!», poste Le Cléac’h le 5 janvier. Quelques jours plus tard, il vit des heures d’angoisse pendant le chavirage de Jean Le Cam. Le Sud est fidèle à sa réputation.
 
Autre spécialité vidéo d'Armel pendant son Tour: la savoureuse leçon de géographie avec le fidèle globe en plastique:



Vendée Globe : 73ème jour, Armel t'es où ?
envoyé par RedactionMaville

Une remontée galère
 Alors que le passage du Cap Horn sonne comme une délivrance (Memel le franchit en 3e position), le skipper ne se doute pas que le chemin pour remonter vers la France est long et escarpé. «Sûrement les 2 semaines les plus pénibles de ce Vendée… psychologiquement surtout. On m’avait prévenu pourtant! VDH, un ancien du Vendée Globe me l’avait même écrit: ‘Attention! Après le Cap Horn, on a tendance à croire que c’est presque fini, mais la route est encore longue, piégeuse, pénible…» Et bien vous savez quoi, faut toujours écouter les anciens!!, constate-t-il le 23 janvier.
 
Jourdain ayant abandonné, Le Cléac’h se retrouve en deuxième position. La fin des ennuis? Pas tout à fait. L’hémisphère nord lui réserve une dernière semaine dantesque. Vent de 50 nœuds pendant 4 jours, son bateau souffre mais tient jusqu’à l’arrivée le samedi 7 février. «Si proche du but, on ne pense plus aux galères de ces derniers jours! On a envie de franchir la ligne d’arrivée et en même temps on ne veut pas que ça s’arrête…J’ai le cœur qui pince…Je l’ai réalisé ce rêve, ce tour du monde…Mais l’émotion ce n’est pas mon genre, vous le savez, alors je retourne à ma barre!», écrit-il le dernier jour du tour.