Coronavirus : La crise sanitaire peut-elle stopper le développement du football féminin ?

FOOTBALL La D1 féminine reprend ses droits ce vendredi dans un contexte incertain mais pas encore critique

Clément Carpentier

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La D1 féminine limite la casse pour le moment.
La D1 féminine limite la casse pour le moment. — Daniel Vaquero/SIPA
  • Si la Ligue 1 est au bord du gouffre, la D1 féminine soutenue par la FFF limite la casse malgré l’épidémie de Covid-19.
  • Pour l’instant, les sections féminines des clubs pros ne subissent pas les conséquences de l’état de ces derniers. En revanche, les petites structures, parfois 100 % féminines, sont de plus en plus en souffrance.
  • Les instances souhaitent poursuivre les projets de structuration comme la création de centres de formation.

Ce vendredi (18h45), la D1 féminine propose l’une de ses affiches phares pour sa reprise. Un duel entre le premier et le troisième : PSG – Bordeaux. Deux équipes en pleine progression depuis quelques années et qui symbolisent d’une certaine manière le développement du football féminin en France lors de la dernière décennie. Les femmes ont désormais toute leur place dans le paysage du football français en 2021.

Alors si les deux sections féminines de ces clubs ne devraient pas trop subir les conséquences de l’épidémie de Covid-19, la crise sanitaire peut-elle plus largement remettre en cause l’essor du football féminin dans l’Hexagone ? « C’est vrai, on est en droit de se poser la question », avoue Frédérique Jossinet. Mais la directrice du football féminin à la FFF se veut tout de suite rassurante : « Depuis 2011, on se développe doucement mais sûrement et on a bien structuré les clubs sans brûler les étapes. » Une force aujourd’hui dans la tempête.

Des conséquences limitées sur la D1

« Oui le nombre de licenciés a chuté comme partout (surtout chez les -13 ans avec une baisse de 15-20 %) mais on s’en sort beaucoup mieux que d’autres », affirme-t-elle à 20 Minutes. Pour le haut niveau, véritable locomotive, la situation semble sous contrôle. En tout cas, elle n’a absolument rien à voir avec celle des garçons. Au-delà des chiffres incomparables (budget de moins de deux millions d’euros et salaire moyen de 2.400 euros hors OL et PSG), la D1 peut par exemple compter sur ses droits TV (1,2 million d’euros par an versés par Canal+) et son naming (Arkema). Frédérique Jossinet :

Il y a quelques difficultés mais aucun club n’est dans un état critique à ce jour ! On est très très vigilant. On essaie de bien les encadrer, on ne les a jamais autant aidés. »

Malgré la situation catastrophique de la Ligue 1, les sections féminines des clubs pros (9 sur 12 cette saison) ne seraient pas plus impactées que ça pour le moment. Et la FFF fera « très attention que les filles ne soient pas les premières à trinquer » en cas de coupes budgétaires dans les prochains mois. « Le principal, c’est d’essayer de rester cohérent, explique le responsable de l’équipe féminine des Girondins Ulrich Ramé, c’est-à-dire qu’il faut au moins stabiliser les budgets et ne pas les faire régresser surtout quand on est un club comme Bordeaux en plein développement depuis trois ans avec des résultats qui suivent. »

Les petites structures en souffrance

Finalement, le fait de ne pas avoir encore créé son propre modèle économique et de peser très faiblement sur les budgets des clubs pros (entre 1 et 4.5 % du budget global) permet à ses cections de limiter la casse aujourd’hui. Pour l’ancienne judokate, le football féminin bénéficie aussi d’une autre décision prise par le passé : « Le fait de ne pas avoir obligé les clubs à avoir une équipe féminine à une époque, nous aide bien aujourd’hui car ceux qui en ont une y tiennent vraiment ! » Par exemple, à Bordeaux, Ulrich Ramé assure que « cette crise ne va pas changer les ambitions du club, nous avons la volonté de rester dans le top 3 de la D1 et de jouer la Ligue des champions. »

Frédéric Jossinet, directrice du football féminin à la FFF.
Frédéric Jossinet, directrice du football féminin à la FFF. - HARSIN ISABELLE/SIPA

Reste à savoir comment vont s’en sortir les plus petites structures. Les clubs 100 % féminins qui évoluent en D1 et dans les divisions inférieures. Comme le souligne Eve Périsset l’internationale française des Girondins, elle « a la chance d’être dans un grand club alors que la situation est sûrement bien plus compliquée pour d’autres ». C’est le cas de Soyaux-Angoulême ou du GPSO 92 Issy. En décembre dernier, la DNCG a prolongé l’encadrement de la masse salariale de ces deux clubs. Des clubs qui avaient intégré dans leur budget la dotation exceptionnelle (six millions d’euros au total) que devait verser Mediapro cette saison.

Eve Périsset, la défenseure international des Girondins.
Eve Périsset, la défenseure international des Girondins. - Daniel Vaquero/SIPA

Malgré ce contexte, la défenseure bordelaise pense que cela « ne va pas remettre en cause le développement du football féminin en France car il est sur les bons rails avec notamment une D1 qui progresse avec un championnat de plus en plus homogène ».

Bientôt des centres de formation labellisés ?

Comme pour les hommes, l’une des solutions à moyen terme est de s’appuyer sur la formation. Le dossier avance petit à petit. « La création de centres de formation est un objectif, un objectif national, précise l’ancien gardien des Girondins, aujourd’hui, il y a avant tout des pôles Espoirs mais il nous faut des vrais centres de formation dans les clubs pour avoir un recrutement plus élitiste pour gagner en qualité. J’espère que cela arrivera vite, peut-être dès la saison prochaine. »

La FFF et l’AFPF (Association du football professionnel féminin), créée par Laurent Nicollin le président de Montpellier, travaillent sur le sujet. L’objectif est de présenter rapidement un dossier au ministère des Sports afin d’obtenir un agrément.