Comment remettre les pieds sur terre après trois mois de mer
VOILE•En un peu plus de 80 jours, le leader devrait arriver aux Sables d'Olonne ce week-end...Matthieu Goar
Sauf avarie, Michel Desjoyeaux va poser ce week-end le pied sur la terre ferme après plus de 80 jours en mer. Un retour dans un univers stable que les marins attendent avec plus d'impatience que d'appréhension. «Pour le moment, je n'ai pas trop eu le temps d'y réfléchir mais j'ai surtout hâte de retrouver mes proches», témoigne Armel Le Cléac'h, 3e à une grosse semaine de la frénésie des Sables d'Olonne.
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«Le retour n'est jamais anodin», témoigne Alain Gautier, deux Vendée Globe à son actif et une victoire en 110 jours en 93. «On aperçoit d'abord les immeubles des Sables. Ce n'est pas la plus belle image du monde mais c'est un bonheur immense.» Pour le solitaire, l'arrivée des premiers bateaux accompagnateurs sonne l'heure des retrouvailles. L'organisation essaye de réserver un moment d'intimité à la famille. Dans la frénésie, ce processus est rarement respecté. De jour comme de nuit, les bateaux de journalistes se ruent à l'abordage. Pressées sur la jetée, les dizaines de milliers de spectateurs applaudissent. Autant dire que pour les participants à la course en solitaire la plus longue du monde, la transition entre extrême solitude et noyade de bises est radicale. «Lorsque j'avais terminé mon premier Vendée, c'est l'accueil des Vendéens qui m'avait le plus étonné. Qu'ils acclament le 1er, OK, le deuxième, pourquoi pas. Mais alors pour moi, seulement 6e...», se rappelle Gautier, actuel responsable de la sécurité de la course.
Un raz de marée difficile à surmonter pour certains marins. «Je suis à la fois content de débarquer et un peu effrayé quand on voit toute cette vague humaine qui prend le bateau d'assaut, j'ai peur que ce soit pire que les déferlantes des cinquantièmes», avait ainsi déclaré Francis Joyon à Brest en 2007, après avoir battu le record du tour du monde en solitaire en 57 jours. «Mich' saura gérer le rush. Il a déjà gagné le Vendée. Avec son expérience, il profitera des derniers instants seuls en mer avant de se soumettre aux médias», explique Alain Gautier.
Changement de rythme
La douche et une bonne viande avalée, «les principaux bonheurs de terrien» selon Gautier, le marin peut éprouver quelques désagréments notamment le mal de terre:le corps habitué au mouvement du bateau a du mal à se réhabituer à la stabilité. Résultat, le sol est un peu mouvant et cela n'a rien à voir avec les premiers punchs. Les gaz d'échappement irritent aussi un peu plus les poumons. Habitué à vivre selon les humeurs de son bateau, le navigateur doit surtout se réhabituer aux horaires de la terre. «Il va falloir reprendre sa vie de tous les jours et se remettre à un rythme accéléré», rigole Armel Le Cléac'h. «On est son propre patron pendant 3 mois. On gère tout soi-même dans son petit univers, se rappelle Alain Gautier. A la maison, ma compagne s'était elle aussi habituée à tout faire. Il faut peu à peu retrouver sa place.» L'univers domestique est parfois bien sauvage.



















