Angleterre-France : L'avenir du XV passe-t-il par le 7 ?

RUGBY De plus en plus de « septistes » se retrouvent en équipe de France à 15…

B.V.

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L'ailier du XV de France Gabin Villiere, ici avec le 7
L'ailier du XV de France Gabin Villiere, ici avec le 7 — SIPA
  • La passerelle entre le rugby à 7 et le rugby à 15 a pris une nouvelle ampleur cette année.
  • De nombreux joueurs du XV de France ont ainsi goûté au sept, très formateur.
  • Doit-on en faire plus et miser beaucoup sur l'apprentissage du 7 ?

L’histoire est connue depuis que Virimi Vakatawa régale au centre de l’attaque du XV de France. Mais la situation sanitaire a amplifié ces derniers mois le phénomène des « septistes » qui se baladent à quinze. Deux habitués de l’équipe de France à 7, Jean-Pascal Barraque et Tavite Veredamu ont ainsi « profité » de l’annulation de leur saison de circuit mondial pour s'offrir une pige en Top 14 avec Clermont, le premier se retrouvant même à jouer avec les Bleus face à l’Italie en Nations Cup, la semaine dernière. L’ailier de Toulon, Gabin Villière, lui aussi passé par le 7, fait partie du grand brassage Galthié de la tournée et devrait même être titulaire à Twickenham dimanche, pour le choc face à l’Angleterre.

Bref, la passerelle 7-15 commence à devenir sérieuse. Cette semaine, comme régulièrement depuis le début de l’ère Galthié, l’équipe de France à 7 est venue ferrailler avec celle du XV à Marcoussis. « Ce sont des joueurs prêts physiquement, dans le déplacement sans ballon à haute vitesse, sur le train d’accélération, ils nous apportent énormément là-dessus », expliquait l’un des membres de le l’encadrement des Bleus à l’Equipe. Marvin O’Connor, ancien joueur du Stade Français, désormais en contrat fédéral à 7, en était :

« Tout le monde travaille dans un très bon état d’esprit. Nous, on essaye d’apporter notre dynamisme, notre bonne humeur. C’est sûr que c’est sur la dimension physique qu’on amène le plus. Les joueurs du 7, on est capable d’enchaîner et répéter les tâches à très haute intensité, et c’est ce que le staff du XV recherche. Quand on fait des exercices fitness avec eux, on arrive à mettre de la vitesse pour les faire progresser. »

Mini flash-back contexte : longtemps vu comme un rugby de divertissement, le 7 est devenu un sport à part entière lorsque le CIO a décidé de le rendre olympique, à Rio en 2016. Un match dure 2 x 7 minutes sur un grand terrain. Il faut y être rapide, endurant et habile. Thierry Janeczek, ancien entraîneur de l’équipe de France à 7 et désormais manager de l’équipe espoir du 7, résume :

« On l’appelle la formule 1 du rugby. Tout ce que l’on fait doit être précis et avec de la vitesse. Et quand on a tout ça ensemble, on tombe dans l’efficacité. »

Vakatawa a été le premier exemple d’un joueur dont les qualités rugbystiques ont explosé après son passage à 7. L’histoire de Jean-Pascal Barraque n’est pas mal non plus : en difficulté en Top 14, l’ancien Biarrot s’est consacré pendant trois ans uniquement au 7 pour revenir à Clermont en tant que joker et survoler le championnat. « Cette transformation est réelle, confirme Jean-Claude Skrela, longtemps manager de l’équipe de France à 7. A quinze, il avait arrêté de progresser. A 7, il faut lire et agir très vite. La progression est dans la vitesse d’exécution technique dans la prise de décisions. Mais aussi dans l’aspect physiologique. »

O’Connor confirme. « Quand on est un bon joueur de base et qu’on passe par le 7, on ne peut que s’améliorer. Sur tous les aspects du jeu, techniquement et physiquement. Ça nous force à travailler sous fatigue, sous haute intensité et en situations de perte de lucidité. On est habitués à faire le bon geste au bon moment malgré toute la pression et la fatigue ».

Pour le dire simplement, en plus de progresser techniquement, les gars du 7 deviennent de vraies machines physiques. Depuis qu’il a fait le switch, O’Connor assure avoir perdu beaucoup de poids par rapport à sa période à quinze. « Quand je suis arrivé, je ne pouvais pas enchaîner deux ou trois tâches à haute intensité. Maintenant, c’est le cas, j’ai gagné en vitesse, en explosivité, partout. »

Plus de 7 ?

Bref, le 7 forme et façonne des putains de rugbymans. « Ça m’a permis de compléter mon profil », estime ainsi Gabin Villières. Et plus personne chez les ayatollahs du XV n’ose désormais le contester. Alors pourquoi n’en fait-on pas faire plus de 7 à nos futurs pros ?

« Ce n’est pas qu’on ait pas essayé, coupe Jean-Claude Skrela. J’ai essayé de mettre le 7 au cœur des clubs, avec une équipe à 7, car on sait très bien que la tranche d’âge de 19/20/21 ans, s’ils ne jouent pas en senior à un certain niveau, ils s’en vont. C’était un bon moyen de les retenir. »

Sur la liste de Florian Grill battue par Bernard Laporte lors des dernières sélections, Jean-Claude Sreka avait un plan pour démocratiser le 7 en France, « l’un des seuls pays qui n’intègre pas le 7 dans sa culture ». Marvin O’Connor estime lui que la France est « sur la bonne voie », même si les modèles sud-africains et néo-zélandais ont encore un temps d’avance dans les liens 7-15.

Jean-Pascal Barraque avec le 7
Jean-Pascal Barraque avec le 7 - SIPA

Dans les faits, pourtant, la majorité des joueurs de moins de 25 appelés par Fabien Galthié pour cette tournée d’automne ont goûté d’une manière ou d’une autre au 7. Lebel, Couilloud, Ntamack, Jelonch, Pesenti, entre autres… Que ce soit via la formation au pôle France, qui a mis en place depuis plusieurs années des séquences de sept sous l’impulsion de l’actuel DTN Didier Retière, ou via des stages et tournois avec l’équipe de France développement (espoirs) à 7.

« Il est difficile d’évaluer le retard que l’on a là-dessus sur les autres nations, mais on doit être l’une de celles où il y a le plus de joueurs qui ont goûté au 7 dans l’équipe nationale, défend Thierry Janeczek, manager de cette équipe développement. La collaboration a mis du temps à arriver, mais on sent qu’on est en train de franchir un palier, qu’on a compris que tout le monde était dans le même panier. »

La relation avec les clubs en question

Faut-il en faire plus ? Donner une plus grande place au 7 en instaurant une sorte de service militaire du 7 obligatoire pour tous les jeunes de 18 ans ? Créer un championnat à l’année de rugby à 7 pour les clubs pros ? 

« Ce serait une bonne chose d’en faire plus, mais dans quel cadre ?, s'interroge Janeczek. Comment le mettre en place ? C’est une école qui va vraiment propulser les joueurs, mais aujourd’hui, le souci d’un entraîneur c’est de répondre aux exigences du rugby à 15, en Top 14, Pro D2 ou en Espoirs, de gagner le match qui vient. Pour moi, il ne faut pas se presser, prendre le temps de bien faire ce que l’on fait et ne pas vouloir tout changer du jour au lendemain. que l’on fasse bien ce que l’on fait. »

C’est-à-dire continuer à multiplier les passerelles entre 7 et 15, attirer quelques jeunes à potentiels dans des stages avec France développement ou la grande équipe de France à 7 et consolider la relation avec les clubs, la clé de tout. Clermont et son manager Frank Azéma sont ainsi cités en exemple par Marvin O’Connor comme le plus ouvert sur la question. Ce qui lui a aussi permis de profiter du talent de Barraque et Veredamu cette saison.

« Parmi les joueurs du XV de France qu’on a pas vu à 7 à un moment ou à un autre, c’est soit des problèmes de blessures soit des questions de libérations par le club, conclut Janeczek. Mais on voit bien que la vision des clubs a changé, qu’ils ont compris le bien que faisait ce sport. La relation est différente, ce n’est plus un bras de fer, c’est une collaboration dans l’intérêt de tout le monde. »