Coronavirus : Le monde du sport séduit par les annonces d’Emmanuel Macron

OMNISPORTS Le président de la République a confirmé un fonds de solidarité pour les clubs professionnels, la fin de la jauge dans les stades et le lancement d’un pass sport pour sauver le monde associatif

Julien Laloye

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Emmanuel Macron a donné des gages au monde sportif depuis l'Elysée.
Emmanuel Macron a donné des gages au monde sportif depuis l'Elysée. — Ludovic MARIN / POOL / AFP
  • Emmanuel Macron et Jean Castex ont longuement écouté les doléances du monde sportif.
  • Le président de la République a sanctuarisé un fonds d’aide de 110 millions d’euros pour les clubs professionnels.
  • Concernant le sport amateur, les mineurs pourront revenir dans les clubs dans le courant du mois de décembre.

Une réunion qui a fait du bien aux ego et aux portefeuilles. Si les acteurs professionnels, économiques et associatifs du monde sportif se plaignaient depuis le printemps d’un manque de considération de leur activité, ils en ont eu pour leur argent mardi au cours d’une visioconférence qui a mobilisé tout l’appareil d’Etat pendant près de trois heures.

Emmanuel Macron, Jean Castex, Bruno Le Maire, Jean-Michel Blanquer et Roxana Maracineanu, rien que ça, pour écouter les doléances du monde sportif dans son ensemble, et annoncer quelques promesses sous la forme d’aides économiques de premier secours.

« Le président a rappelé de manière forte la place du sport dans la société française »

Cette marque d’intérêt assez nouvelle au sommet de l’Etat a provoqué l’effet « wahou » désiré. « C’était une réunion importante au cours de laquelle le président de la République a rappelé de manière forte toute la place qu’avait le sport dans la société française. De ce point de vue là, il a reçu un accueil très satisfait de la part de tous les acteurs présents », reconnaît Philippe Diallo, président de Cosmos. Parmi eux, des représentants du monde professionnel, comme Tony Parker pour le basket ou Bernard Laporte pour le rugby, des représentants du monde amateur, mais aussi de la filière sport loisir et économie du sport. Virgile Caillet, directeur général de l’Union Sport et Cycle, première organisation du secteur marchand (les salles de sport en gros) tenait à souligner lui aussi « l’écoute exceptionnelle du chef de l’Etat, qui a rappelé, c’était sa conclusion, que le sport était essentiel pour la nation ».

Pour les pros, 110 millions afin de compenser les huis clos

Attendu sur des engagements forts, Emmanuel Macron a validé la mise en place du fonds de compensation tricoté par son ministère des Sports pour aider les clubs pros à faire face aux pertes financières liées à l’absence de recettes de billetterie depuis la reprise. Quelque 110 millions d’euros, à répartir selon les situations des uns et des autres, lesquels vont d’ailleurs devoir se mettre d’accord. Pendant que les sports en salle les plus impactés par le deuxième confinement (volley, hand, basket) chiffraient leurs besoins à 40 millions d’euros dans un communiqué commun, Bernard Laporte annonçait 34 millions de trou dans les caisses sur France Inter quelques heures avant la réunion.

« Le mécanisme tiendra compte du taux de dépendance à la billetterie et de l’impact sur les pertes connues, précise à 20 Minutes Roxana Maracineanu, la grande ordonnatrice de ce rendez-vous. « En fonction de ça, il y aura un plafond, et on sera très attentifs à ce qu’il y ait une équité, que les petits sports les moins médiatisés que sont le volley, le basket ou le hand, soient aussi concernées par la mesure ». La ministre déléguée aux Sports entend également faire en sorte que le sport féminin ne soit pas oublié dans l’affaire.

« Par rapport à son modèle économique, le sport féminin souffre plus que les autres de la crise, déplore Nodjialem Myaro, invitée à la visioconférence au titre de son rôle de patronne de la Ligue féminine de hand. Je ne peux pas garantir que ce plan d’aide va suffire, mais même s’il s’agit de petits montants, pour certains clubs, ça peut faire toute la différence ».

La fin de la jauge administrative pour repeupler les stades

« On ne peut pas prétendre se faire indemniser en totalité pour tout, estime Patrick Wolff, président de l’association nationale des ligues de sport professionnel, également convié. La bonne nouvelle, c’est que les clubs sont désormais considérés comme un secteur économique à part entière, et qu’à ce titre, il bénéficie du même type de soutien ». Si elle ne sera pas rétroactive, l’exonération des charges patronales a ainsi été actée tant que la situation devait perdurer (au moins pour octobre-novembre, donc), tout comme des mécanismes de recapitalisation qui permettront aux clubs de ne pas êtres ficelés sur le court terme au remboursement des nombreux PGE souscrits au sein des clubs pros.

Pour finir sur le haut niveau, l’Etat a aussi ouvert la porte à la fin des jauges administratives de 1.000 ou 5.000 personnes dans les stades et dans les salles. Ce ne sera pas avant 2021, au vu de la situation sanitaire, mais la piste d’un spectateur tous les 4 m2 a été avancée, tout comme le remplissage d’une jauge en pourcentage selon le nombre de places globales.

Retour des mineurs dans les clubs avant la fin décembre

Le sport amateur, lui aussi au bord du gouffre avec un recul global de 20 % des licenciés à la reprise selon une vaste enquête menée par le CNOSF, soit 260 millions d’euros de manque à gagner​, peut entrevoir le bout du tunnel avant la fin de l’année. Emmanuel Macron a confirmé sa volonté de voir les associations accueillir de nouveau les mineurs courant décembre en fonction de l’évolution sanitaire, l’idée étant de pourvoir organiser un accueil pendant les vacances scolaires, en suivant un protocole de non-brassage des enfants.

En plus d’un accompagnement économique immédiat que le ministère chiffre à plus de 30 millions d’euros « afin de ne pas se retrouver sans éducateurs à mettre en face des enfants à la reprise », un pass sport d’un montant de 100 millions sera lancé en 2021 pour renouer le lien entre les jeunes et la pratique sportive.

En clair, offrir une ristourne sur les licences afin de rengorger les effectifs et de ne pas faire décrocher la jeunesse, qui aura vécu plusieurs mois de sédentarité forcée, « un vrai danger pour la santé à long terme de la génération à venir », comme l’a rappelé Michel Cymès, convié à la réunion. Enfin, le secteur privé, qui organise une bonne partie de la pratique chez les adultes a obtenu la visibilité et la lisibilité qu’il réclamait, même s’il faudra là aussi attendre 2021 pour rouvrir.

« Jouer un rôle d’amortisseur social après la crise »

« Le point positif, c’est que nous sommes identifiés par les pouvoirs publics comme un secteur important, et qu’il y a une réelle volonté d’aider des entreprises qui étaient dynamiques avant la crise », se réjouit Virgile Caillet. Roxana Maracineanu, parfois accusée de ne pas savoir défendre son bout de gras dans les différents arbitrages, peut souffler un peu : « Cette réunion a donné à voir au président toute l’ampleur du monde sportif. Le sport, c’est l’endroit où on fait tomber le masque et où on se touche, mais on peut aussi le présenter comme une solution pour qu’au sortir de la crise, il puisse jouer son rôle d’amortisseur social ».