Coronavirus : « Même pendant la crise sanitaire, le sport santé est un enjeu de société », estime un médecin

SANTE Un institut lillois qui promeut la santé par le sport avait dénoncé la fermeture des salles de sports pour les patients bénéficiant d’une prescription médicale

Gilles Durand

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Illustration d'une salle de sport.
Illustration d'une salle de sport. — ISA HARSIN/SIPA
  • L’activité sportive pour les personnes bénéficiant d’une prescription médicale peut continuer dans les salles de sport, malgré les restrictions liées au Covid-19.
  • Pour l’Institut de recherche du bien-être de la médecine et du sport santé, continuer de pratiquer un sport pour ces patients, est une question de santé publique.
  • « Des experts montrent que les prescriptions de pratiques sportives pourraient faire économiser 4 milliards à l’assurance maladie », assure un médecin.

Et si le coronavirus faisait progresser les programmes de santé par le sport ? L'Institut de recherche du bien-être de la médecine et du sport santé (IRBMS), à Villeneuve d’Ascq, dans le Nord, milite en ce sens. Car depuis la décision de fermer les salles de sport, en septembre, elle a obtenu le droit de continuer à pratiquer une activité sportive pour les personnes bénéficiant d’une prescription médicale. Et ce, malgré les restrictions sanitaires liées à l’épidémie de Covid-19.

Dès le 25 septembre, plusieurs arrêtés préfectoraux avaient été pris après l’annonce du passage de la métropole lilloise en zone d'alerte renforcée. Parmi ces mesures, la fermeture des salles de sport pour tous les publics, y compris ceux qui pratiquaient une activité physique à but thérapeutique.

Machine arrière du ministère

Le ministère avait finalement fait machine arrière, une semaine plus tard, après une alerte des professionnels de l’activité physique et du collectif France Sport Santé.

« Les personnes en situation de handicap qui auraient besoin de pratiquer une activité physique régulière, ainsi que celles disposant d’une prescription médicale d’activité physique adaptée (APA) souvent intégrées dans des parcours de soins, font désormais partie des publics prioritaires qui peuvent continuer d’exercer leur pratique dans les équipements couverts » a fini par admettre le ministère.

Un soulagement pour le Dr Patrick Bacquaert, médecin chef de l’IRBMS Hauts-de-France. « Il était inimaginable que ces personnes, qui souvent souffrent de diabète ou d’obésité, ne puissent pas poursuivre leur thérapie basée sur la pratique du sport. Car ce sont aussi des sujets à risques face au Covid-19 quel que soit l’âge. Suspendre ce traitement aurait eu des effets délétères sur leur santé. »

« Un certificat médical ne suffit pas »

Inutile, néanmoins, de tenter d’obtenir un certificat médical pour pouvoir reprendre une activité physique, en ce moment. Ça ne marche pas. « Un simple certificat en prévention d’un risque médical ne suffit pas, précise Patrick Bacquaert. Il est question de prescriptions répondant au "sport santé sur ordonnance" pour des infections de longue durée. » L’excès d’embonpoint, dû au confinement, n’est donc pas un motif valable.

Car Patrick Bacquaert estime que « c’est une question de santé publique et un enjeu de société ». « Des études d’experts montrent que ces prescriptions de pratiques sportives pourraient faire économiser 4 milliards à l’assurance maladie », assure-t-il. Or les structures disponibles sont encore trop confidentielles, la salle de sport devant disposer d’une personne diplômée pour suivre un protocole précis.

Combien de personnes bénéficient de ce programme dans les Hauts-de-France ? Contactée, l’Agence régionale de santé n’a pas donné suite. « Il n’y a guère de volonté politique, regrette Patrick Bacquaert. C’est pourquoi il y a une méconnaissance du public et des professionnels de santé, alors que la région est la plus touchée par l’obésité et les risques cardio-vasculaires. »