Record du monde d’apnée : « J’avais la certitude de pouvoir aller au fond », confie Arnaud Jérald après son exploit

APNEE A 24 ans, l'apnéiste marseillais a remporté à Kalamata (Grèce) le record du monde avec une plongée à 112 mètres de profondeur

Propos recueillis par Caroline Delabroy

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L'apnéiste Arnaud Jérald à Kalamata en Grèce
L'apnéiste Arnaud Jérald à Kalamata en Grèce — Takuya Terajima

Ce record des grandes profondeurs, l’apnéiste marseillais Arnaud Jérald est allé le chercher le 15 septembre en Grèce, à Kalamata. Une descente à 112 mètres en trois minutes et 24 secondes, et le voilà détenteur du record du monde en poids constant bipalmes. De retour en France, il enchaîne avec plaisir les interviews. Et revient pour 20 Minutes sur son extraordinaire ascension.

Qu’est-ce que cela vous fait d’être ainsi reconnu comme le nouveau talent français de l’apnée ?

C’est surtout, pour moi, une reconnaissance de la performance, des résultats par rapport à l’an passé, où j’ai battu le record en Egypte en descendant à 108 mètres. Je voulais confirmer une seconde fois que le niveau était là. Je suis content de reprendre en quelque sorte le flambeau de Guillaume Nery, que tout le monde connaît en France, surtout qu’il me le donne avec plaisir. Mon objectif n’est pas d’être connu comme celui qui a fait des records, mais pour la personne que je suis, les valeurs que je porte, la détermination, la résilience avec mon parcours difficile, le respect et l’humilité aussi.

Qu’avez-vous vécu lors de ce record à Kalamata ?

Cela a été la plus belle plongée de la saison. Ce n’est pas à cause du record, elle aurait pu être une plongée de 30 mètres ! J’avais la musique dans ma tête, la certitude de pouvoir aller au fond, cela se déroulait facilement. J’ai pensé à la famille, à mon filleul qui venait de naître, j’avais des pensées positives. Ce record, c’est vraiment une étape dans ma vie plus que dans ma carrière. L’an passé, j’ai passé des records sans grande difficulté. Cette année, on a vraiment senti que le sort s’acharnait. Je me suis coupé le pied à l’hélice du bateau, il y a eu les deux essais à Nice non reconnus par le juge… J’ai touché à beaucoup de métiers en montant ma propre équipe. J’ai été chef d’entreprise, chef de projet. Finalement, cela m’a plu de n’être plus seulement un sportif.

L'apnéiste Arnaud Jérald à Kalamata en Grèce
L'apnéiste Arnaud Jérald à Kalamata en Grèce - Takuya Terajima

Comment avez-vous découvert l’apnée, vous qui n’êtes pas de la génération Grand Bleu ?

C’est grâce à mon père, qui s’est d’ailleurs marié sur la musique du Grand Bleu. J’ai découvert la mer à sept ans dans les Calanques. Cela fait un peu peur au début, cet univers très fantasmagorique. A 16 ans, j’ai découvert l’apnée, toujours avec mon père. C’est un moment de ma vie où j’avais beaucoup de difficultés, de questionnements pour la suite. J’avais envie de me réveiller plus tard en n’ayant aucun regret sur ma vie. Je savais que je ferai un métier passion. J’aimais la cuisine, la nature, mais je n’avais pas trouvé ma passion. Avec l’apnée, j’ai enfin pu me regarder moi-même au fond. Il y a eu un effet miroir.

Sans la dyslexie, vous pensez que vous ne seriez pas devenu apnéiste ?

J’aurais pu, mais je n’aurais pas pu performer aussi profond. Cela m’a donné une grosse sensibilité, au bruit notamment. J’avais les sens démultipliés. Sous l’eau, on a vraiment besoin de sentir tout ce qui se passe dans notre corps et notre cerveau. D’une faiblesse, j’ai fait une force.

A quel moment avez-vous décidé d’en faire votre vie professionnelle ?

J’ai passé énormément de temps chez moi, en classe, à imaginer ce que je suis en train de faire aujourd’hui. Mais je me suis décidé à la fin de mon BTS électrotechnique. Il m’a permis de vaincre mes démons liés à l’école, où on me disait que je n’aurais pas mon bac. L’électricité, ce n’est pas rien, c’est un milieu délicat. Cela a été une victoire qui m’a permis de basculer vers la performance. J’ai commencé mes premières compétitions en France, je suis devenu champion de France.

Aujourd’hui, quel est votre quotidien ?

Je m’entraîne presque tous les jours. L’hiver au Cercle des nageurs à Marseille, avec le préparateur physique de l’équipe. Je fais aussi de la kiné pour étirer la cage thoracique et le diaphragme. J’ai fait le choix de m’entraîner avec des médecins hyperbares à Marseille qui m’aident beaucoup sur la partie médicale. ​ Sur la partie profonde, je vais à Villefranche-sur-Mer, à Nice ou en Turquie. J’aime plonger à Marseille mais il faut aller vers l’île de Planier pour atteindre les profondeurs. La moindre intervention médicale nécessite de faire venir un hélicoptère, contrairement à Villefranche où, à 50 mètres du bord, il y a des 100 mètres de profondeur.

Quel est votre prochain défi ?

Le record du monde ça me régale mais je ne cours pas après. J’aime aller à un endroit où personne n’est encore allé, faire quelque chose que personne n’a encore fait. L’apnée reste encore un sport jeune, pionnier. Je voudrais montrer un visage artistique, esthétique. Je travaille avec un réalisateur sur un projet vidéo à Tahiti, sur l’une des vagues les plus dangereuses au monde. J’ai beaucoup d’idées. J’ai envie de faire un film sans paroles, pour faire comprendre ce que j’ai vécu à l’âge de 16 ans. Petit, j’aimais beaucoup écrire des histoires qui se passaient sous l’eau. J’apportais une dimension aquatique à mes disserts de français, les profs adoraient. J’avais l’impression d’être Peter Pan.