Tour de France : La Jumbo-Visma déprimante, Egan Bernal en perdition…Ce qu’on retient du Grand Colombier

CYCLISME L’équipe de Primoz Roglic a tué (presque) tout suspense alors que le tenant du titre a été lâché par ses jambes dans le dernier col de la 15e étape

W.P.

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Primoz Roglic et la Jum-Visma n'ont laissé aucune place à la concurrence sur l'étape du Grand Colombier.
Primoz Roglic et la Jum-Visma n'ont laissé aucune place à la concurrence sur l'étape du Grand Colombier. — Marco Bertorello / AFP
  • Pogaçar a devancé Roglic au sprint après une 15e étape où le peloton a été concassé par le rythme de la Jumbo-Visma
  • Egan Bernal, le vainqueur sortant, a explosé dans la dernière, concédant sept minutes et toutes ses chances au classement général
  • Guillaume Martin a encore perdu beaucoup de temps, confirmant que ce Tour est une longue souffrance pour les coureurs français

Un grand coup sur le crâne, un de plus. Le duo Tadej Pogacar – vainqueur – et Primoz Roglic – toujours leader – a encore pris le dessus sur le reste du peloton dans l’étape jurassienne qui menait dimanche les coureurs au sommet du Grand Colombier. Une étape de montagne avec trois montées raides concentrées sur 70 bornes qui promettait des attaques dans tous les sens et n’a finalement accouché que de grosses montées au train. Ou à la fusée, serions-nous tentés de dire.

La Jumbo-Visma indécente

Il y a d’abord eu ce relais interminable de Robert Gesink, pourtant si souvent au bord de la rupture en tête du peloton dans le col de la Biche. Puis la séance de torture infligée par Wout Van Aert à qui voulait bien essayer de suivre son rythme dès les premières pentes du Grand Colombier. Prenons le temps de nous attarder sur le cas du Belge. Quel coureur, à part peut-être Julian Alaphilippe, peut aujourd’hui se vanter de grimper et sprinter aussi bien que lui ? Et pour finir, cerise sur le gâteau, ce bon vieux Sepp Kuss qui saute dans la roue de son leader lorsque celui-ci se permettait d’attaquer sous la flamme rouge. A l’exception d’une offensive anecdotique d’Adam Yates et du sprint rageur de Pogacar, personne n’a été en mesure de contrer la Jumbo-Visma. Les calculateurs ont jubilé, les fans de panache un peu moins.

Egan Bernal, vainqueur déchu

La comparaison est peu flatteuse et n’y voyez aucun message subliminal inélégant, mais on ne peut s’empêcher de voir dans les sept minutes perdues par Egan Bernal sur le groupe des favoris une réminiscence de la fringale de Floyd Landis à la Toussuire, il y a 14 ans. Sauf que le Colombien n’était pas vêtu de jaune et qu’il ne risque plus de le revoir cette année. Le vainqueur de la Grande Boucle 2019, touché au dos depuis le Dauphiné, échoue donc dans la défense de son titre. Une catastrophe pour Ineos, un scandale, la débandade ? Dire ça reviendrait à oublier que du haut de ses 23 balais, le gamin est encore en cours d’apprentissage. Son ascension météorique a provoqué une distorsion de la réalité comme pour des Mbappé au foot ou peut-être Pogacar un autre jour, mais la réalité est ce qu’elle est, même si avoir plus de bouteille n’aide pas toujours. Demandez à Quintana, 30 ans, un paquet de courses à son actif, lui aussi lâché très tôt par le train des Jumbo. Si la connexion slovène est au sommet, les deux plus grands noms du cyclisme colombien, eux, ont failli dimanche.

Encore une sale journée pour la France du vélo

En préambule, merci à Pierre Rolland, qui a fait ce qu’il a pu en tête de la course avec les moyens du bord, c’est-à-dire jamais plus de quatre minutes d’avance sur le peloton des Jumbo, bien décidés à cannibaliser la course. Le Français a attaqué et gratté des points pour la montagne avant de se faire avaler par le monstre jaune dans l’anonymat le plus total. On l’a un peu revu dans la roue de Quintana et Bernal dans le Grand Colombier, mais rien de glorieux si ce n’est ce dossard rouge de la combativité. On ne crachera pas dessus, surtout pas en ce moment, où tous les Français n’ont plus les moyens de se battre. Pinot, toujours en proie à des maux de dos, et Gaudu, n’ont pas existé tandis que Guillaume Martin, pas aidé par un incident mécanique en début de montée finale, a fini par facturer trois minutes supplémentaires à l’arrivée. On peut passer à juillet 2021 et oublier cette dernière semaine, s’il vous plaît ?