Tour de France : Roglic et Pogacar écœurent tout le monde, les Français dans le (très) dur… Ce qu’on retient de l’étape folle du Cantal

CYCLISME La journée la plus riche en enseignements depuis le début de ce Tour

B.V. et N.C.

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Pogacar et Roglic à la bagarre
Pogacar et Roglic à la bagarre — SIPA

Enfin du spectacle ! Comme quoi, pas besoin d’aller au fin fond des Alpes pour créer des écarts, il suffit d’une étape avec de nombreuses côtes bien sèches pour vibrer. Dans les monts du Cantal,  c’est Martinez qui a réglé l’échappé et remporté l’étape à la suite d’une belle bataille.

Mais surtout, on connaît enfin la hiérarchie des grimpeurs pour le classement général de ce Tour. Et elle est aussi favorable aux Slovènes, avec les Colombiens en deuxième rideau, qu’elle est cruelle pour nos Français.

Merci le Massif central !

Petite indiscrétion : pour dessiner cette étape, l’homme des parcours du Tour de France Thierry Gouvenou a utilisé les données des utilisateurs locaux de l’application Strava - très utilisée par les amateurs de vélo - pour trouver et enchaîner des pentes courtes et bien sèches. Comme l’an passé, pour l’étape qui menait à Saint-Etienne. Et comme l’an passé, l’étape a été un peu folle, créant beaucoup plus d’écarts entre les favoris que les Pyrénées et ses cols de haute montagne.

A travers le Massif central, le Puy-de-Dôme et le Cantal, les coureurs ont connu une journée extrêmement intense avec près de 4.600 mètres de dénivelé et une arrivée au Puy Mary où les deux-trois derniers kilomètres à plus de 10 % ont fait tout exploser. « Ça a été une dure journée, résume le maillot jaune Primoz Roglic. Il y avait des ascensions incroyables dès le départ. Et la fin, ce n’est peut-être que deux kilomètres, mais je peux vous dire que vous souffrez. »

Dans cette souffrance, c’est le Colombien Daniel Felipez Martinez qui l’a emporté après une magnifique bataille dans le dernier kilomètre avec l’Allemand Lennard Kämna. Un peu plus loin derrière, les favoris du Tour ont aussi profité de l’enchaînement des gros pourcentages du col de Néronne et Puy Mary pour faire le ménage dans le Top 10. Loin des grandes ascensions souvent trop prévisibles des Alpes ou des Pyrénées, ce type d’étapes irrégulières et très nerveuses – dont le profil pourrait être comparé à des classiques – font de plus en plus la course. Vive les montées courtes et violentes !

Vers un duel slovène pour la victoire finale

Que serait ce Tour sans la bordure dans laquelle s’est fait piéger Tadej Pogacar, sur la route de Lavaur, la semaine dernière ? Le jeune slovène a perdu ce jour-là 1’21 sur tous les autres leaders. Depuis, c’est simple, il attaque à tout va, partout, tout le temps. Il n’y a pas une étape de montagne où il n’a pas tenté sa chance, et on peut d’ailleurs lui dire merci. Grâce à lui, on ne s’est jamais ennuyé dans les fins d’étape. Ce vendredi encore, c’est lui qui a mis le feu dès le début du mur du Puy Mary, quand le dénivelé a soudain dépassé les 14 %.

Bien sûr, seul son compatriote Primoz Roglic a pu suivre. Le maillot jaune, imperturbable, a pris facilement sa roue, avant d’assurer le tempo jusqu’à la ligne d’arrivée. Sans trop en faire non plus, alors que les Colombiens, dont le vainqueur de l’an dernier Egan Bernal, étaient passés par la fenêtre. Le leader de la Jumbo veut garder du jus, le Jura et les Alpes arrivent très vite. Et il devra, encore, répondre aux attaques de l’intrépide Pogacar. « J’ai pu à peine le suivre dans le final, il est en grande forme, c’est certain, a dit ce dernier à l’arrivée à propos de son aîné. Je ne sais pas ce qu’il va se passer dans les Alpes, mais je vais continuer à me battre, bien sûr. »

Car le constat du jour est bien là : à force de gratter du temps, Pogacar est désormais deuxième du classement général, à 44 secondes de Roglic. Et même si Bernal, troisième, est encore sous la minute, et que le reste de l'armée colombienne est en embuscade (Uran 4e Quintana 5e, Lopez 6e), la tendance de ce Tour est qu’il va se jouer entre les deux Slovènes. « Il y a encore pas mal de route à faire, a balayé le maillot jaune. De jour en jour, on s’approche, mais on va voir. De grosses étapes nous attendent encore. »

Journée très compliquée pour les Français

Cette fois c’est officiel, Julian Alaphilippe est loin de sa meilleure forme. On l’avait vu perdre beaucoup de temps dans les Pyrénées, en attendant des jours meilleurs. A l’attaque au début de cette étape taillée pour lui, il a fait la course devant, dans ce gros groupe de 17 échappés. Mais quand Martinez, Schachmann, Soler et Kamna sont partis dans l’avant-dernière montée, il est resté collé à la route. Comme la veille. Thibaut Pinot, qui va lui aussi tenter de sauver son Tour avec une étape, a bien essayé de partir en contre pour rejoindre le bon coup du jour, mais il a vite lâché l’affaire. Ce sera dans les Alpes ou rien pour le leader de la Groupama-FDJ.

Dure journée aussi pour les Français qui jouent le général. Guillaume Martin et Romain Bardet, respectivement 3e et 4e ce matin, ont perdu beaucoup de terrain. Bardet, pas aidé par une lourde chute à 90 bornes de l’arrivée, a été le premier à lâcher, dans le Col de Néronne. Martin l’a suivi peu après. « Il ne m’a pas manqué grand-chose pour basculer avec les leaders, c’est dommage car ça aurait pu changer ma course, a-t-il débriefé. Du coup, j’étais seul dans la partie de transition et j’ai perdu de l’énergie, qui m’a manqué dans la montée finale. »

Les terribles deux derniers kilomètres du Puy Mary ont fini de l’achever. Comme Bardet. Les deux hommes ont terminé à plus de deux minutes de Roglic et sont éjectés du top 10. « On va voir si je suis sur la pente descendante ou si c’était juste une mauvaise journée, a commenté le coureur de la Cofidis. Mais je reste motivé pour la suite. Le Tour n’est pas fini. »

Pour terminer sur une note un peu plus positive, on mentionnera tout de même le beau tir groupé tricolore (Valentin Madouas 4e, Pierre Rolland 5e et Nicolas Edet 6e) dans le Top 10 de cette folle étape. Mais ça ne consolera pas grand monde.