Route d’Occitanie : « Les gens nous ont moins approchés que d’habitude », la bulle sanitaire a tenu le coup

CYCLISME Alors que le Tour de France s’élance à la fin du mois, un premier galop d’essai s’est révélé positif sur quatre jours de course sur l’ancienne Route du Sud

Julien Laloye

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Egan Bernal a remporté la Route d'Occitanie 2020, une édition marquée par des règles sanitaires inédites.
Egan Bernal a remporté la Route d'Occitanie 2020, une édition marquée par des règles sanitaires inédites. — Lionel BONAVENTURE / POOL / AFP
  • La Route d’Occitanie, première course cycliste d’envergure sur le sol français, représentait une sorte de test à trois semaines du départ du Tour de France.
  • Les équipes devaient porter un masque jusqu’à la ligne de départ, puis dès la ligne d’arrivée franchie, une habitude vite assimilée.
  • C’est plutôt dans les cols, assez fournis en spectateurs, que les comportements ont laissé à désirer : des spectateurs sans masque encourageaient de très (trop) près les coureurs.

Bernal devant Pinot, le stand merguez frites de la CGT au départ, et du monde partout dans le col de Beyrède comme à la belle époque pour l’arrivée de l’étape reine lundi. Confidence d’un collègue suiveur présent surplace. « Le masque, le deuxième jour tu oublies que tu le portes et tu es happé par le sportif. On a assisté à une vraie course de vélo malgré les règles sanitaires ». La Route d’Occitanie, première course cycliste d’envergure sur le sol français, représentait une sorte de test à trois semaines du départ du Tour de France. Réussi dans les grandes lignes, même s’il ne faut pas s’enflammer trop vite. Personne n’a été testé depuis le dépistage PCR imposé par l’UCI à J-3 du départ de la course, mercredi dernier.

« Un peu gênant d’enfiler le masque juste après l’effort »

Depuis ? « Un questionnaire remis tous les jours au médecin de l’équipe pour lui dire comment on se sent », explique Julien Antomarchi. Le leader de l’équipe Lille Roubaix Métropole, qui a bâché avant la fin pour se préserver avant son grand objectif des championnats de France, s’est senti relativement protégé dans la « bulle coureurs » imaginée par l’organisation. Concernant les équipes elles-mêmes, masque jusqu’à la ligne de départ, puis dès la ligne d’arrivée franchie. Une habitude vite assimilée par les uns et les autres. « C’est un peu plus gênant de l’enfiler dès la fin de l’effort, mais on n’a pas traîné non plus après les arrivées avec la chaleur, on monte vite dans le bus. Dans l’ensemble, les gens nous ont moins approchés que d’habitude ».

Pierre Caubin, directeur de la course, s’était donné un mal de chien pour « que les premiers de cordée » encouragés personnellement par Christian Prudhomme, monsieur Tour de France, ne soient pas les derniers. Le budget prévu pour la diffusion en direct a même sauté pour être déplacé sur la case sécurité sanitaire, au grand dam des fous de vélo qui ont pesté tous les jours après les diffuseurs. 70.000 euros quand même.

« On a traversé neuf départements, avec quatre-cinq réunions à chaque fois, dans chaque préfecture, confie le bonhomme à Direct Vélo. Certaines préfectures nous demandaient des choses, qui pour nous, bénévoles, n’étaient pas faciles à tenir. On ne voulait pas se louper sur les zones de départ ou d’arrivée avec les jauges. On a embauché une société pour compter les gens présents, mais sur la zone d’arrivée, c’est beaucoup plus compliqué ».

L'équipe de Lille Roubaix Métropole sur le podium de la Route d'Occitanie.
L'équipe de Lille Roubaix Métropole sur le podium de la Route d'Occitanie. - Bruno Bade / LNC

Imposer le port du masque dans les cols ?

A Rocamadour, où le sanctuaire de la Vierge Noire attire son monde autant que les champions, on a frôlé la surcapacité, mais les bénévoles se sont démultipliés pour fournir des masques à tour de bras avant le grand débarquement du peloton. C’est plutôt dans les cols, agréablement fournis en spectateurs, que les comportements ont laissé à désirer : beaucoup de gens sans masque en train de s’époumoner sur des coureurs tout proches. « Sur certains sites du parcours, ça nous a choqués, notamment dans certains cols », reconnaît Pierre Caubin, qui en a touché deux mots en direct à Prudhomme. « Après, il faut essayer de rester au milieu de la route, confirme Julien Antomarchi. Est-ce qu’il faut imposer le port du masque ? C’est compliqué, on le voit bien un peu partout. Il faudrait que ça vienne d’eux-mêmes. »

Troisième du championnat de France de contre-la-montre l’an passé, le coureur de l’équipe nordiste n’a qu’un maigre reproche à adresser à l’organisation : le fait d’avoir dû partager l’hôtel avec des touristes de passage, étant entendu qu’une course comme la Route d’Occitanie n’a pas des moyens hollywoodiens. Le Tour, ce sera autre chose : « ASO a sans doute les moyens de créer une bulle plus étanche, j’imagine qu’ils vont consulter les équipes pour avoir leur ressenti et faire plus ou moins comme en NBA, avec quatre équipes qui partagent un hôtel nettoyé de A à Z, ça comporte moins de risques. Parce que s’il y a un seul cas positif dans le peloton, c’est très difficile de continuer. »

Des règles encore plus strictes sur le Tour de France

Certains dans les staffs des grosses équipes trouvaient en effet qu’il y avait encore un peu trop de monde qui traînait autour des bus sur les aires d’arrivée, entre les invités, les commissaires, les bénévoles… Particulièrement sur les dents, Ineos a souvent fait le ménage par l’intermédiaire de Dave Brailsford, tandis que Dylan Van Baarle a passé une soufflante mémorable pendant une étape à un photographe qui le collait sans masque depuis une moto presse. Le bruit d’une plainte officielle de l’équipe britannique s’est même répandu, sans suite.

A la Groupama-FDJ, on a fait un dernier cadeau aux journalistes la veille du départ, avec une conférence de presse au grand air en présence de Thibaut Pinot himself devant la piscine de l’hôtel. Message de service, en substance : « Profitez-en, ça risque d’être la dernière avant de longs mois ». Tant qu’on peut faire celle de l’arrivée sur les Champs avec le maillot jaune sur les épaules de TiboPino, no problemo.