Bundesliga : Les clubs rappellent les psys au secours pour accompagner les joueurs dans leur reprise

FOOTBALL Les clubs de Bundesliga ont fait appel à des psychologues et coachs mentaux pour accompagner leurs joueurs dans leur reprise à huis clos

William Pereira

— 

La Bundesliga a repris ses droits, mais les joueurs sont-ils prêts à 100%?
La Bundesliga a repris ses droits, mais les joueurs sont-ils prêts à 100%? — Martin Meissner/AP/SIPA
  • La Bundesliga a repris le 16 mai dans un contexte pandémique inédit.
  • Pour accompagner les joueurs, les clubs ont fait appel à des psychologues.
  • Ce n’est pas une première en Allemagne.

Premières joutes post-confinement en Allemagne et premiers enseignements : les stades de Bundesliga sonnent incroyablement creux et certains savent mieux gérer le mutisme que d’autres. Dortmund, par exemple, a roulé sur le rival Schalke 04 sans son mur jaune (4-0). « Nous avions un petit avantage, on avait déjà joué à huis clos à Paris [dans le cadre de la Ligue des champions, en mars] et on connaissait cette impression de silence dans le stade », la jouait modeste Julian Brandt en conférence de presse. Pour s’assurer que tout le monde est bien à la hauteur de l’événement, le BVB avait en plus pris soin de faire signer un psychologue et ancien de la maison de surcroît, Philipp Laux. Dortmund précise  sur son site que « dans le cadre la crise du coronavirus qui nous place soudainement devant de tout nouveaux défis, nous privilégions dès à présent cette mesure [Laux était initialement censé commencer en 2020-21]. »

Comme le Borussia, une grande majorité des 36 clubs de D1 et D2 s’est lancée dans une course à l’armement psychologique dont se réjouira sans doute le syndicat des joueurs (VDV) qui s’inquiétait à l’automne dernier de l’absence de structure en la matière dans la plupart des équipes professionnelles. « Seuls 15 % des clubs disposent d’un véritable service de conseil professionnel, sportif et psychologique sur place, regrettait Ulf Baranowsky, de VDV. 60 % ne font rien dans ce domaine. Les 25 % restants ont une offre qui se caractérise par la bonne volonté, mais qui n’est pas encore suffisamment différenciée. » On s’abstiendra de remercier le coronavirus, mais la conjoncture a quelque part poussé le football allemand à réexaucer ce vieux vœu pieu du VDV datant du début de la décennie précédente, motivé par le burn-out de Deisler ou encore le suicide du regretté Robert Enke (2009) et défait à coups de limogeages de psys dès lors que l’effet de mode s’était estompé.

Vainqueurs et perdants du confinement

Fin du cours de sociologie du foot allemand, début du TD de psycho. En préambule, il faut préciser que tous les joueurs ne sont pas sortis esquintés du confinement, et que certains ont même plutôt bien vécu la reprise à huis clos. Qui a suivi le derby de la Ruhr avec nous sait par exemple que Thorgan Hazard ou Raphaël Guerreiro avaient l’air heureux de courir derrière la baballe comme des enfants dans la cour de récré. On peut l’expliquer de deux manières :

  • « Des joueurs sont favorisés par ce contexte plus calme, parce que ce sont des mecs qui gèrent d’habitude mal la pression ou qui sont meilleurs à l’entraînement et se sentent plus libérés dans le cadre d’un huis clos », théorise Romain Brégerie, ex-habitué des pelouses allemandes.
  • « Ça peut venir de la manière dont le confinement a été vécu, analyse Thomas Sammut, ancien préparateur mental de l’OGC Nice, notamment sous Lucien Favre, et auteur du livre Un cancre dans les étoiles. Il y a ceux pour qui le confinement a été un moment propice pour se régénérer nerveusement et mentalement, qui en ont profité pour s’entretenir physiquement tout en passant de bons moments en famille. Ceux qui se sont régénérés ont réussi à créer le manque de leur sport et donc à se réjouir de retrouver les terrains. »


Pas trop de mouron à se faire pour ceux-là, un petit passage de temps à autre par la case psy du club histoire de s’assurer que le moral est resté au beau fixe suffira. Restent les autres, ceux pour qui le confinement a été un enfer, le huis clos une corvée et/ou pour qui la maladie est source d’anxiété. Thomas Sammut offre une piste de réconfort à ces derniers :

« Un des axes que j’activerais, ce serait de revenir sur des faits concrets. Là, on est sur de la pure spéculation sur ce qu’est le Covid-19 et en fonction de ce qu’on va écouter dans son entourage ou à la télé on va se forger une certaine idée du virus. Je proposerais donc de revenir aux faits concrets pour rassurer les joueurs. Quelles sont les personnes à risques ? Pas forcément ceux qui sont en forme, et un sportif est par définition en forme. J’actionnerais là-dessus, en décortiquant les chiffres, en rappelant aussi qui sont les victimes. Rappeler que si malheureusement certaines d’entre elles étaient jeunes, elles souffraient souvent aussi d’autres pathologies. En outre, revenir sur le réel et ne pas se focaliser sur l’irrationnel. »

« Une personne qui va arriver et sauver un groupe, je n’y crois pas »

Encore faut-il que le joueur soit réceptif au message. Un point sur lequel les rares clubs allemands à bénéficier de cellules psychologiques à temps plein auront probablement une longueur d’avance sur leurs concurrents privilégiant le one-shot. La relation psy-client n’a d’intérêt que si le second fait confiance au premier. Et que le premier est adoubé par le staff technique. « Quand un club prend un préparateur mental pour accompagner les joueurs et que ce préparateur est conforté dans sa fonction par le staff médical et sportif, c’est positif parce qu’il finit par intégrer l’entourage des joueurs qui finissent par trouver sa présence normale et à aller plus facilement vers lui. Ce qui peut être aléatoire quand un club fait appel comme ça ponctuellement à un renfort. Ramener une tierce personne, c’est réadapter un équilibre en fonction de l’arrivée de cette personne. Dans ce cas, des joueurs pourront se dire, en voyant un nouvel intervenant débarquer ‘‘ah merde c’est pas bon, le staff trouve pas les solutions à nos problèmes’’, là où d’autres y verront plutôt une présence rassurante. »

Néanmoins et en guise de conclusion, notre coach mental croit savoir que le temps nécessaire à la remise sur pattes d’un sujet déprimé dépendra autant du travail du staff que de la noirceur dans laquelle s’est empêtré le joueur pendant la trêve. « Ça va dépendre des joueurs, il n’y a pas de recette miracle. Si pendant les deux mois le gars s’abreuvait de JT et de discussions qui lui promettaient que dehors ça serait l’enfer, il aura besoin de plus de temps pour s’en remettre. Ça va dépendre de l’impact que le coronavirus a sur la pensée de ces joueurs. Dans tous les cas je crois dans le groupe, dans la structure en place. Une personne qui va arriver et sauver un groupe, sur deux mois ? Je n’y crois pas. »