Coronavirus : Pour les supporters, la solidarité avec les clubs passe par le renoncement au remboursement

SUPPORTERISME Qu'ils soient fans d'un club de hand, de foot ou de rugby, ils ont tous trouvé le même moyen d'exprimer leur solidarité

Julien Laloye, avec W.P
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Des supporters de l'UBB ont appelé à renoncer au remboursement de leurs abonnements
Des supporters de l'UBB ont appelé à renoncer au remboursement de leurs abonnements — NICOLAS TUCAT / AFP
  • La crise du coronavirus met à mal les finances des clubs de sport
  • Pour les aider à survivre, des supporters de tous horizons ont décidé de renoncer au remboursement de leurs abonnements

C’est le plus souvent un geste à la portée symbolique, encore qu’il n’y a pas de petits symboles. Entre 50 et 100 euros d’abandonnés, « une somme qui ne nous rendra ni plus pauvre, ni plus riche », résume joliment un de nos interlocuteurs. Les saisons de foot, de rugby, ou de handball ne reprendront pas, les comptables des clubs pros ne dorment plus la nuit, mais les supporters ne veulent pas les laisser tomber. Un peu partout, ils se passent le mot : et si on ne demandait pas à être remboursés des matchs restant pour contribuer à notre échelle à la survie de notre équipe de cœur ?

Chez Les Burdigalais, l’un des quatre groupes de supporters de l’UBB, le débat a été vite expédié. « Ça s’est fait tout naturellement, témoigne Elodie Richard, la vice-présidente. On s’est demandé ce qu’on pouvait faire pour sensibiliser nos adhérents à la situation. Pas un n’a refusé de renoncer au remboursement des matchs restants sur les 130 membres de l’association ». Chez les copains du Bbunited, un seul refus. Mais il s’agit d’une personne en difficulté financière qui ne pouvait pas se le permettre. Alors tous les autres ont payé pour lui. « Ça ne représente peut-être que 300 personnes sur les 4.000 abonnés de l’UBB en tout. Mais c’est une manière d’envoyer un signal et d’inciter tous les supporters à jouer le jeu. On leur dit "faites comme", quelque part ».

De l’importance du petit geste

Une initiative saluée comme il se doit par Laurent Marti, lequel expliquait récemment à 20 Minutes que tout était bon à prendre, dans une période aussi incertaine : « nous avons eu beaucoup de messages de soutien à Bordeaux et ça nous réchauffe le cœur… Mais on comprend aussi que les gens, entreprises ou particuliers, n’auront plus forcément les mêmes moyens pour participer à la vie du club ». Pourtant, certains sons prêts, en plus de laisser un petit pourboire cette saison, à payer un peu plus cher leur abonnement l’an prochain pour servir la cause. C’est le cas d’Alexis Ziegler, un fan du Stade Toulousain, qui a même pris cinq minutes pour lancer une pétition sur les internets début avril. Comme lui, ils sont 740 à avoir transmis leur numéro d’abonné en donnant leur accord pour ne pas être remboursé des gros matchs restant, quart de finale de Coupe d’Europe à la maison. inclus.

« Ça me semble normal de participer à l’effort, juge Alexis. On sait que la situation économique du club s’est compliquée à cause de la crise, en plus on risque de ne pas jouer la Coupe d’Europe l’an prochain, on est presque les plus touchés du top 14. Alors si demain on nous propose un abonnement un peu plus cher, il n’y a pas de soucis. Si tout le monde fait un petit geste, on va s’en sortir ».

Lui aussi partisan du non-remboursement des abonnements de la saison actuelle, Didier Gérard, président des Blue Fox, le groupe des supporters du Montpellier handball, pense même que la petite roupe devra pousser les murs l’année prochaine pour faire de la place aux nouveaux abonnés qui désireront marquer leur soutien à un club historique du handball tricolore. « L’année prochaine on verra si le mot solidarité prend son sens si on sera plus nombreux ou pas. Sans être affirmatif, je pense que ça peut nous booster l’année prochaine. Là, vous voyez, notre compagnie de bus est à l’arrêt, et je me retape des vieux matchs du MHB en boucle ! Cette initiative, c’est une façon de montrer notre amour pour le club ».

Un amour sans conditions, puisque c’est le plus pur. A aucun moment ces supporters très actifs ne lient leur (petit) sacrifice à un effort équivalent de la part des joueurs, alors même que les négociations piétinent dans le top 14 pour arriver à une réduction temporaire des rémunérations aux alentours de 30 %, indispensable à la survie de certains clubs (tous ceux pour qui aucun mécène ne peut remettre au pot, en gros). « Le geste que nous attendons, c’est qu’ils nous fassent la même saison l’an prochain », répond un peu grandiloquente Elodie Richard, notre fan girl de l’UBB. A 13.000 euros le salaire moyen en top 14, la portée symbolique du geste, on y revient, diffère quelque peu, pourtant.

Les ultras des clubs de foot de L1​ et de L2 semblent d’ailleurs plus réticents à afficher leur générosité sans contrepartie. Sans doute sont-ils refroidis dans leurs envies philanthropiques par le spectacle donné par certains de leurs présidents, qui rappelons-le, ont largement fait appel à la cagnotte du chômage partiel, pendant que les joueurs se montrent (eux aussi) encore bien timides au moment de baisser leurs salaires.

« Un geste des joueurs serait un signe fort »

Un club de l’élite a mis les pieds dans le plat, néanmoins. Big Up au Racing club de Strasbourg, qui a eu le courage de proposer à ses 19.000 abonnés de les rembourser pour les six matchs qui ne pourront pas se disputer à la Meineau, sous forme de versement immédiat ou d’avoir pour la saison prochaine, tout en invitant sa communauté de fidèle à réfléchir à une troisième voix : « Soutenir votre club en renonçant à votre indemnisation ».

« J’y suis personnellement favorable, même si nous laissons libres nos membres de choisir s’ils veulent se faire rembourser, réagit Florian Kuhn, Président des Ultras Boys 90, le groupe ultra le plus important derrière le RCS. Mais un geste des joueurs serait un signe fort dans cette période où on demande aux supporters d’être solidaires ». Ces derniers profitent tout de même de la crise pour retrouver une place un peu plus enviable. Alors que les décideurs semblaient s’accommoder sans trop de regrets de leur mise à l’écart progressive des stades, quand ils ne la favorisaient pas par des arrêtés préfectoraux à la chaîne, les voilà de nouveau considérés comme des partenaires indispensables à la bonne marche de l’industrie footballistique, qui craint une reprise à huis clos triste comme un jour de ciel gris. En plus de s’être montrés irréprochables dans leur soutien aux soignants en première ligne par quantité de dons financiers et alimentaires, les supporters n’ont pas l’air de vouloir jouer aux mauvais payeurs, quand les diffuseurs TV se carapatent avant même la sonnerie du clairon. Il faudra s’en souvenir quand le foot aura repris comme avant.