Coronavirus : Une « bulle olympique » pour les athlètes qui préparent les JO ? Pas dans l’immédiat, en tout cas

JEUX OLYMPIQUES Les dirigeants du sport français réfléchissent aux moyens qu’il serait possible de mettre en œuvre pour aider les athlètes, mais il est encore trop tôt pour prendre des décisions concrètes

Nicolas Camus
Teddy Riner, comme tous les athlètes préparant les JO de Tokyo, est à l'arrêt avec les règles de confinement de la population.
Teddy Riner, comme tous les athlètes préparant les JO de Tokyo, est à l'arrêt avec les règles de confinement de la population. — Henri Collot/SIPA
  • Les athlètes qui préparent les JO et les tournois de qualifications sont dans l’incertitude totale, entre impossibilité de s’entraîner et flou autour de la tenue ou non des épreuves.
  • L’idée de mettre en place des mesures spéciales pour qu’ils puissent s’entretenir dans de bonnes conditions a été évoquée, mais n’est pas faisable dans l’immédiat.
  • Le ministère des Sports, avec tous les acteurs du sport français, élabore des scenarii pour ne pas perdre de temps une fois que les gens seront à nouveau autorisés à sortir de chez eux.

L’idée a émergé en début de semaine, par la voix de quelques responsables du sport français invités dans les médias. Alors que la population est confinée pour faire face à la pandémie de coronavirus, Philippe Bana, patron de l’association des DTN, ou Ghani Yalouz, le directeur de l’Insep, ont fait écho d’un début de réflexion sur l’ouverture exceptionnelle de lieux d’entraînement pour les athlètes qui préparent les Jeux olympiques de Tokyo. Ou les tournois de qualifications, pour ceux qu’ont pas pu encore valider leur ticket.


Le sujet est effectivement sur la table, mais ne verra pas le jour dans l’immédiat. « Rien n’est acté. On n’a pas vocation à devenir une exception », dit-on au ministère des Sports, évidemment en première ligne sur la question. Pour l’instant, les services de Roxana Maracineanu, en lien avec l’Agence nationale du sport (ANS), les fédérations, les DTN et toutes les parties prenantes, répertorient les athlètes et les situations dans lesquelles ils se trouvent, assurent des réunions quotidiennes avec les instances internationales et tentent de prévoir les différents scenarii possibles selon que le confinement se poursuive deux semaines, trois semaines, un mois, qu’il soit maintenu tel quel, de manière plus stricte ou a contrario plus souple.

Bref, l'idée est d'être prêt à proposer des solutions au président Emmanuel Macron et son Premier ministre Edouard Philippe quand les problématiques liées aux sportifs viendront sur la table. « On plaidera pour notre écosystème, mais en temps et en heure, assure-t-on dans l’entourage de Roxana Maracineanu. Il y a d’autres priorités en ce moment, vraiment. »

« Etre dans la meilleure forme possible quand on aura le feu vert, c’est tout. »

« Dès que les conditions sanitaires le permettront, nous envisagerons la possibilité d’une reprise d’activité pour les athlètes préparant Tokyo dans des conditions très spécifiques. Mais il est trop tôt pour en parler », confirme le manager de la haute performance à l’ANS Claude Onesta, interrogé par L’Equipe.

Les athlètes vont donc devoir encore patienter, comme tout le monde. Comme le prouvent les très nombreux témoignages recueillis par les médias ces derniers jours, ils ne désarment pas. « Dans un contexte normal, on peut se blesser, avoir une préparation tronquée, etc.. Toutes ces choses qui nous sortent de notre zone de confort, on doit savoir les gérer quand on est athlète de haut niveau, nous racontait le fleurettiste Enzo Lefort, mercredi. Il faudra être dans la meilleure forme possible quand on aura le feu vert, c’est tout. »


Même chose du côté des dirigeants, qui font ce qu’ils peuvent mais qui se sentent impuissants. « Aujourd’hui, c’est impossible d’anticiper quoi que ce soit, explique la DTN de l’escrime, Laurence Vallet-Modaine. Mais on est en veille constante. Je suis souvent en contact avec le directeur des équipes, on prend les infos du ministère, on essaie de les décortiquer. On attend d’avoir un peu de visibilité, et on sera réactifs dès qu’on aura l’autorisation de sortie. »

De plus en plus de voix s’élèvent pour un report

En attendant, des discussions ont lieu actuellement pour définir de nouveaux critères de qualification. Les fédérations internationales doivent remettre leur copie au CIO au plus tard à la mi-avril. « Cela générera potentiellement des souffrances et des contestations, mais on est dans un cas de force majeure qui justifie de modifier la règle, estime Onesta. Plus on anticipera et plus vite on mettra un terme à cette incertitude. »

D’ici là, le CIO aura peut-être avancé sur sa décision de reporter ou non les JO. Samedi, les puissantes fédérations américaines d’athlétisme et de natation, ainsi que la natation française, sont montées en première ligne pour mettre la pression. Pas de quoi impressionner, pour le moment, Thomas Bach, qui a jugé vendredi qu’il serait « prématuré » de prendre une telle décision.