Galles-France : Faut-il s'inquiéter pour Dan Biggar, titulaire malgré trois commotions en cinq mois ?

RUGBY Abonné aux commotions, le Gallois Dan Biggar inquiète son monde depuis le Mondial au Japon

William Pereira

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A gauche, Dan Biggar
A gauche, Dan Biggar — Paul Walsh/Action Plus/REX/SIPA
  • Le XV de France se déplace au pays de Galles pour son troisième match du Tournoi des VI nations.
  • Le Gallois Dan Biggar sera titulaire à l’ouverture malgré des commotions récurrentes.
  • Son cas inquiète même si l’ouvreur répond positivement aux protocoles mis en place par sa fédération.

L’ouvreur Dan Biggar sera titulaire contre le XV de France bien qu’affaibli par de récentes commotions. Si une sensation de déjà-vu vous heurte à la lecture de cette phrase, c’est que vous l’avez certainement lue quatre mois plus tôt. Pour cause, le Gallois avait été titularisé au mois d’octobre contre les Bleus en quarts de finale de la Coupe du monde 2019 dans des circonstances similaires.

Retour vers le futur. Pendant le Mondial, il avait d’abord été secoué le 29 septembre contre l’Australie. Sorti sur protocole commotion, il avait échoué au premier des fameux trois tests HIA (Head Injury Assessment). Dix jours plus tard, le staff décide de le faire jouer contre les Fidji. La poisse, ou plutôt le coude de son coéquipier, Liam Williams, le cogne encore au crâne. Bilan : un petit dodo sur la pelouse du stade d’Oita et un remplacement, puis la question de sa présence en quarts contre les Bleus a été mise sur le tapis. Il avait finalement joué sur autorisation du staff médical et d’un expert médical indépendant comme l’exige le règlement de World Rugby.

Aujourd’hui, une troisième commotion en cinq mois pose problème. C’était le 8 février. Percuté ballon en main contre l’Irlande, le 10 du pays de Galles​ a quitté la pelouse groggy. Le protocole commotion se solde par un échec, Biggar ne retournera pas au combat.

« Il accumule les micro-lésions qui à terme peuvent entraîner des maladies »

Un petit bonus daté de la finale de la Ligue celte, en 2017. Le joueur des Ospreys était alors sorti sur protocole commotion contre le Leinster avant de revenir et foirer une pénalité décisive. A la fin de la rencontre, il passe aux aveux. « A vrai dire, je ne me souviens de pas grand-chose dans les dix dernières minutes. J’étais sonné ». Trois ans de parpaings sur la tête, trois commotions en cinq mois… Dan Biggar joue autant au rugby qu’avec sa santé.

« Il est sensible aux commotions, mais il est difficile de dire ce qu’il risque sur le long terme, analyse le professeur Jean Chazal. Il peut y avoir des encéphalopathies chroniques. Mais le facteur génétique est à prendre en considération. Des joueurs, parce qu’ils sécrètent des enzymes capables d’éliminer les mauvaises protéines liées aux chocs, ont moins de risques de développer une encéphalopathie chronique. »

De fait, sa propension à être commotionné inquiète autant que le court temps de repos dont il dispose après chaque choc du genre. D’autant que comme le rappelle l’ancien sélectionneur du XV de France, Marc Lièvremont, la position de Biggar sur le terrain l’expose forcément : « la zone du 10 aujourd’hui est assez ciblée, car c’est celle des meneurs. » « Le risque d’enchaîner [les matchs dans cet état], reprend Chazal, c’est de reprendre un choc et refaire une commotion. Il va ébranler son cerveau et être dans un état subcommotionnel, c’est-à-dire qu’il accumule les micro-lésions qui à terme peuvent entraîner des maladies comme la maladie de Charcot ou de Parkinson. C’est exponentiel : plus il y a de commotions, plus il y a de risques à terme. »

La politique de l’autruche

Côté staff gallois, on jure que « Dan va bien ». L’adjoint Neil Jenkins expliquait il y a dix jours que le demi d’ouverture a « fait les protocoles de retour au jeu. Cela prend un peu de temps, mais il est plutôt bien, il récupère bien. Dan est un joueur expérimenté et coriace. » Faut-il croire sur parole ce même Jenkins qui, une phrase plus tôt déjugeait tout ce qui s’était dit à la presse pendant le Mondial en admettant que « la Coupe du monde [de Biggar] a été une source d’inquiétude ». ?

« Il faut espérer que le staff médical ne prenne pas de risque inconsidéré en faisant jouer un joueur fragilisé », nous dit Lièvremont. Car ces protocoles de retour au jeu, en plus d’être « généralistes » selon le professeur Jean Chazal, « sont mis en place en fonction des besoins des clubs et fédérations. Et finalement on s’en remet à la bonne volonté des fédés. World Rugby et les fédérations n’ont pas posé le problème à plat et aujourd’hui, ces protocoles sont avant tout là pour se donner bonne conscience. »

Dans un contexte certes délétère et intéressé – en réponse à des accusations de triche de la part des Gallois – Raphaël Ibañez a également pointé du doigt ces mêmes protocoles « gérés par la fédération galloise » dans le dossier Biggar qu’il espère « le plus sérieux possible ». Avec trois commotions en moins d’un an, l’ouvreur gallois serait au repos forcé pendant trois mois si son cas arrivait en Top 14. De quoi interroger sur le « sérieux » de la chose.