Violences sexuelles dans le ski: « Il faut arrêter de ne rien dire pour ne pas ternir l’image de notre sport »

AGRESSIONS SEXUELLES Catherine Gonseth et Claudine Emonet, anciennes membres de l’équipe de France de ski alpin, ont dénoncé début février des agressions sexuelles de la part d’un entraîneur dans les années 1970 et 1980

20 Minutes avec AFP

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«Cela a commencé quand j’étais mineure et il n’y a pas eu qu’une seule fois. Cet homme a trahi la confiance que j’étais censée avoir vis-à-vis d’un entraîneur.», accuse Catherine Gonseth (illustration).
«Cela a commencé quand j’étais mineure et il n’y a pas eu qu’une seule fois. Cet homme a trahi la confiance que j’étais censée avoir vis-à-vis d’un entraîneur.», accuse Catherine Gonseth (illustration). — PURESTOCK/SIPA

« Je suis convaincue que nous sommes plus que deux. Qu’il y a d’autres victimes », a prévenu dans un entretien au Parisien à paraître jeudi Catherine Gonseth, ancienne membre de l’équipe de France de ski alpin qui a été victime d’agressions sexuelles de la part d’un entraîneur dans les années 1970 et 1980.

« Pour certaines, il va sans doute être difficile de parler. De par leur activité, leur position sociale. Elles n’auront sans doute pas envie de remuer tout cela. Ça peut prendre du temps », a estimé Catherine Gonseth qui, avec son ancienne coéquipière Claudine Emonet, a dénoncé début février les agissements d’un entraîneur. Dans cet entretien, Catherine Gonseth a révélé qu’elle était mineure quand elle a été victime des premières agressions sexuelles.

« Ce que je peux dire, c’est que j’ai quitté l’équipe de France à 19 ans, en 1980, que j’y étais depuis 1974. Que cela a commencé quand j’étais mineure et qu’il n’y a pas eu qu’une seule fois. Cet homme a trahi la confiance que j’étais censée avoir vis-à-vis d’un entraîneur. On porte toute sa vie les conséquences de ces agressions, notamment sur le développement moral. Ça vous marque », a-t-elle expliqué.

« L’injustice est dans le silence car qui ne dit mot consent »

Si elle n’a pas évoqué à l’époque ces agressions avec sa famille ou d’autres responsables de l’équipe de France («Ce qu’il m’a fait subir, paraissait de l’ordre de l’irréel. Je le niais moi-même »), Catherine Gonseth pense que d’autres étaient au courant des agissements de l’entraîneur, dont elle ne peut citer le nom. « Je sais juste que, peu après que j’ai quitté la Fédé, il est devenu entraîneur chez les garçons. Cela m’a interpellé. Je me suis posé la question de savoir si, en haut lieu (à la Fédération), certains n’étaient pas plus ou moins au courant. Quoi qu’il en soit, il n’a jamais été embêté pour ses agissements ».

Elle appelle la Fédération française de ski (FFS) qui a apporté son soutien aux deux anciennes skieuses dès leurs premiers témoignages à agir pour « briser l’omerta dans le ski, dans le sport ». « Aujourd’hui c’est important, le milieu du ski doit assumer que, oui, il y a eu et il y a peut-être encore des problèmes tout comme dans les autres fédés. Il faut arrêter de ne rien dire pour ne pas ternir l’image de notre sport », exhorte Catherine Gonseth. « Les victimes ont un nom, les agresseurs doivent en avoir un aussi. Il faut des actes, des textes de loi qui doivent être modifiés notamment sur la prescription ou la diffamation. L’injustice est dans le silence car qui ne dit mot consent ».

Depuis plusieurs semaines, le sport français est plongé dans une crise sans précédent avec la multiplication des révélations de scandales d’agressions sexuelles, notamment dans le patinage artistique, qui a conduit à la démission du président de la fédération française des sports de glace Didier Gailhaguet, accusé d’avoir fermé les yeux.