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« Je ne sais même pas me projeter sur demain matin », se marre Lizeroux

Ski alpin : « Je ne sais même pas me projeter sur demain matin », se marre le quadra Julien Lizeroux

INTERVIEWLe slalomeur, qui vient de fêter ses 20 ans de carrière, raconte à « 20 Minutes » sa vie de doyen de l'équipe de France et du circuit. Il n'a aucune idée du moment où il arrêtera.
Nicolas Camus

Propos recueillis par Nicolas Camus

L'essentiel

  • A 40 ans, Julien Lizeroux prend toujours autant de plaisir à se retrouver dans le portillon de départ des slaloms de Coupe du monde.
  • Doyen du circuit, évidemment, le quadra ne voit pas le temps passer.
  • Avant le slalom de Chamonix, samedi, il raconte à «20 Minutes» ce qui le pousse à continuer et comment il voit la suite.

«Papy » va bien. De mieux en mieux, même. Julien Lizeroux, 40 ans, prend toujours autant de plaisir à se retrouver dans le portillon de départ d’un slalom de Coupe du monde. Fin janvier, il a fêté ses 20 ans de carrière à l’occasion de l’enchaînement Kitzbühel-Schladming. En Autriche, devant la foule la plus dingue du circuit – qui l’a d’ailleurs très chaudement applaudi –, il a réalisé ses deux meilleures performances de la saison (15e puis 12e). De bon augure avant de courir à la maison, sur la piste de Chamonix, samedi.

Gravement blessé au genou alors qu’il était dans les trois meilleurs mondiaux de sa discipline, en 2011, le Savoyard a mis deux ans à revenir, après deux opérations et « avoir songé 1.000 fois » à raccrocher. Sept ans plus tard, il est toujours là et n’a « aucune idée » du moment où il va s’arrêter. Il raconte à 20 Minutes ce qui le pousse à continuer, comment il voit la suite et… ce que ça lui fait de courir avec le fils d’un copain arrivé sur le circuit en même temps que lui, au tout début des années 2000.

On sort de Schladming, où vous avez fait une belle place dans une ambiance de folie. Ça fait du bien au moral, après un début de saison difficile ?

C’est vrai que les courses autrichiennes m’ont fait beaucoup de bien. C’était compliqué pour moi depuis le début de saison, et je ne skiais pas libéré. En Autriche, j’ai juste eu envie de profiter au maximum de ces courses et les résultats ont été très satisfaisants. Encore plus à Schladming, ou j’ai pris énormément de plaisir sur les skis, dans une ambiance festive toujours très appréciée. C’était trop bon !

Lizeroux face à la foule massée en bas de la piste de Kitzbühel, le 26 janvier dernier.
Lizeroux face à la foule massée en bas de la piste de Kitzbühel, le 26 janvier dernier.  - Shinichiro Tanaka/AP/SIPA

Comment abordez-vous le slalom de Chamonix ? Est-ce que ce ne serait pas le moment de faire à nouveau un top 10 ?

Je vais essayer de l’aborder de la même manière que Kitzbühel et Schladming, même si le profil et les conditions seront complètement différents. L’objectif n’est pas comptable, mais plutôt de continuer sur ma lancée, de skier avec la banane, et d’essayer d’aller encore plus vite. En se servant aussi du soutien et de la ferveur du public.

Comment vous décrieriez vos sensations du moment ? Vous vous dites qu’elles vous donnent raison de ne pas avoir lâché ?

Autant sur Levi [sorti lors de la première manche], Val d’Isère [même chose] ou Madonna di Campiglio [non qualifié pour la seconde manche], je ne me sentais pas trop à l’aise sur les skis, autant Zagreb, Adelboden, Wengen, Kitzbuhel et Schladming, j’ai pris du plaisir. J’ai commencé à plus me lâcher et me faire confiance sur les skis. Et les résultats s’en sont ressentis tout de suite. Je dois composer avec les années. J’ai moins d'explosivité, moins de fraîcheur physique, mais toujours autant d’envie. En tout cas, je ne regarde pas trop en arrière, et à partir du moment ou j’avais décidé de continuer au printemps dernier, je savais que c’était la bonne décision. Ma carrière est faite, je n’ai rien à me prouver, j’ai juste envie de continuer de pouvoir profiter de ces moments que j’aime. Et puis c’est ma marque de fabrique de ne rien lâcher, donc ce n’est pas aujourd’hui et que je vais commencer.

L’objectif immédiat, là, c’est de revenir dans le top 30 du classement de la Coupe du monde de slalom [il est actuellement 34e] pour retrouver de bons dossards et se faciliter un peu la vie pour aller chercher des résultats ?

Je ne me suis jamais fixé d’objectifs comptables durant ma carrière. Mon seul objectif est d’afficher du vert en bas de la deuxième manche, avec un grand sourire. Que je parte 29 ou 34, ça ne change pas grand-chose, ce qui compte c’est le classement en bas.

Quand on déclenche du vert en bas du slalom de Kitzbühel.
Quand on déclenche du vert en bas du slalom de Kitzbühel.  - Sandra Mailer/REX/Shutterstock/SIPA

Le rêve ultime, ce serait un nouveau podium en Coupe du monde ?

Je suis plutôt terre à terre. Rêver ne fait pas skier vite et n’apporte pas des résultats. S’entraîner dur, repousser ses limites, prendre du plaisir, oui. Alors c’est ce que j’essaie de faire tours les jours. Pour le reste, je ne perds pas trop d’énergie avec ça.

Si la fin de saison est bonne, vous repartirez pour un an de plus ou c’est encore trop loin pour y penser ? Est-ce vous vous voyez pousser aux Mondiaux l’an prochain, voire aux JO dans deux ans ?

Chaque chose en son temps. Ça fait depuis la saison 2013-2014 que je repars pour une saison sans me projeter dans le futur. En fait, je ne sais même pas me projeter sur demain matin. Donc je profite tous les jours et je ferai le point en fin de saison. Seul d’abord, puis avec ma famille, mes amis, mes coachs, mes coéquipiers, pour envisager la suite. Un matin, je vais me lever et je déciderai d’arrêter. Ça peut être la semaine prochaine, cet été, l’hiver prochain, dans deux ans. Vraiment, je n’en ai aucune idée.

Comment est-ce que vous vivez les choses en ce moment ? Vous êtes le « papy » officiel du circuit, qu’est-ce que vous disent les autres skieurs ? Est-ce qu’ils sont admiratifs, indifférents ?

C’est vrai qu’on me parle beaucoup de mon âge, mais en même temps c’est un peu logique et ça ne me dérange pas du tout, bien au contraire. Je trouvais l’idée sympa de courir en Coupe du monde à 40 ans, et comme j’essaye de prendre bien soin de mon corps, il me le rend plutôt bien. Je reçois beaucoup de témoignages très sympas de la part des autres coureurs et des coachs et ça me donne de l’énergie. Dont j’ai besoin, d’ailleurs. Je m’entends bien avec 99 % des personnes du circuit, on est une grande famille et c’est aussi ce qui me plaît, et qui me pousse à continuer. Dans l’ensemble, il n’y a pas beaucoup de personnes qui sont méchantes avec moi (rires).

Et au sein de l’équipe de France ? Dans un reportage diffusé récemment, on voyait les skieurs français vous définir comme le plus chambreur du groupe, et de loin… Quelles sont les choses qui vous font vous sentir bien, vous donnent envie de continuer ?

Notre équipe de France, notre groupe de slalom, ce sont les deux choses qui me plaisent énormément et qui me confortent dans mon idée d’être encore sur les skis. L’ambiance est géniale entre les différentes générations, on s’entraide et on se serre les coudes. Les coachs se démènent comme des fous pour nous trouver des conditions d’entraînement au top tous les jours. Et j’adore pouvoir les serrer dans mes bras quand on fait des belles courses. C’est aussi la meilleure récompense après toutes ces heures de travail acharné. Alors oui, ce sont toutes ces choses qui me donnent l’envie de continuer.

Quand on voit arriver dans le groupe le fils d’un copain avec qui on a skié [Steven Amiez, fils de Sébastien, médaillé olympique en 2002], ça doit faire bizarre je suppose ?

Ce qui est marrant, c’est que mi-janvier, les copains ont commencé à me brancher en me demandant si j’avais déjà couru avec un père et son fils en Coupe du monde. Et le semaine d’après Steven était sélectionné pour venir avec nous, alors que j’avais commencé à courir il y a 20 ans avec son papa. C’est un clin d’œil plutôt sympa. Mais ça ne fait pas bizarre, non, je trouve ça plutôt marrant. Je commence à courir avec des jeunes qui n’étaient même pas nés quand j’ai commencé en Coupe du monde et, malgré ce décalage, nous nous entendons très bien et nous sommes motivés par les mêmes choses. Ça veut peut-être dire que je suis encore super jeune dans ma tête, et c’est plutôt cool.

Comment voyez-vous l’émergence de Clément Noël ? Est-ce qu’il vous épate, vous aide dans votre volonté de rester compétitif, aussi ?

A son niveau et avec ce qu’il fait depuis trois saisons maintenant, ce n’est plus de l’émergence, c’est quasiment lui le patron. Oui, je suis épaté et surtout très content pour lui car c’est mérité. Plus que son niveau sur les skis et ses résultats, ce que je retiens, c’est que c’est un super mec, gentil, sociable, respectueux, abordable et je trouve ça vraiment bien pour le ski et le sport français que des mecs de sa trempe soient sur le devant de la scène. C’est une personne exemplaire pour les jeunes et j’espère qu’il suscite des vocations chez les jeunes. C’est un vrai atout pour nous de l’avoir dans notre groupe, car c’est facile de s’étalonner à l’entraînement, on sait qu’il joue devant sur toutes les courses et donc où on en est. Après, ce n’est pas facile de prendre des secondes dans les dents tous les jours, mais on commence à avoir l’habitude (rires).

Au final, est-ce que vous avez l’impression de rattraper maintenant les années perdues avec les blessures, ou est-ce que vous ne voyez pas les choses comme ça ?

Ah non, pas du tout ! Mon parcours est ce qu’il est, et je ne le changerais pour rien au monde. Je ne vis pas dans le passé. Je n’ai aucun regret. Et je n’en ai jamais eu. Je me suis toujours servi de mes erreurs, de mes périodes difficiles, des blessures, des mauvais résultats pour me remettre en question, retourner à l’entraînement avec le couteau entre les dents et le sourire pour essayer d’élever mon niveau et de ne pas reproduire ces erreurs. Et il suffit d’un bon résultat pour se dire que ça valait vraiment le coup. Encore aujourd’hui, je me suis entraîné dur cet été, mon début de saison a été difficile, mais rien que d’avoir pu vivre cette soirée à Schladming, le jeu en valait vraiment la chandelle.

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Quand même, vous avez été contraint de vous arrêter deux ans au moment où vous étiez au top… Vous n’avez pas de rancœur par rapport à ça ?

Aucune rancœur, aucun regret. Je dis toujours que dans la vie, on a ce qu’on mérite. J’ai mangé mon pain noir, j’ai beaucoup tiré sur la machine et je l’ai payé. Mais je suis surtout très fier du chemin parcouru, d’avoir pu repousser mes limites et d’avoir pu retrouver le chemin des Coupes du monde. Ce n’était vraiment pas gagné. Alors j’en profite, tout simplement. Dans la vie, il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions.

Vous avez posté sur Twitter une photo de vous à Schladming en 2000 et en 2020… Quel est le sentiment qui domine, au final, quand vous vous rendez compte que cela fait 20 ans que vous êtes là ? La surprise, la fierté, le bonheur ?

Un peu de tout ça, oui. Du plaisir, parce que j’aime le sport, la compétition, la vie en équipe. J’aime la vie du skieur, le fait de mettre en place une stratégie d’entraînement pour être performant l’hiver. Mais oui, j’ai aussi beaucoup de fierté d’être encore là et je mesure le chemin parcouru. J’ai juste envie de dire que je continue de m’éclater.