Violences sexuelles dans le patinage : Roxana Maracineanu va convoquer Didier Gailhaguet

#METOO La ministre des sports veut demander des «explications» au patron de la fédération, alors qu'un ancien entraîneur est accusé de viols sur mineures, notamment par Sarah Abitbol

20 Minutes avec AFP

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Le président de la fédération des sports de glace, Didier Gailhaguet, en 2018 à l'Elysée.
Le président de la fédération des sports de glace, Didier Gailhaguet, en 2018 à l'Elysée. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

Il va devoir rendre des comptes. La ministre des Sports, Roxana Maracineanu, veut des « explications » du président de la fédération des sports de glace (FFSG), Didier Gailhaguet, notamment sur le maintien en club d’un entraîneur accusé d’agressions sexuelles, malgré des mesures à son encontre, a indiqué le ministère mercredi soir à l’AFP.

Roxana Maracineanu « va voir très prochainement » Didier Gailhaguet, qui « devra lui expliquer comment cet individu a pu se retrouver dans l’écosystème (…) Il est tout à fait improbable que la fédération n’ait pas eu connaissance des mesures prises à son encontre », a expliqué le ministère des Sports à l’AFP.

Accusations de Sarah Abitbol

Dans des récits publiés par L’Obs et L’Equipe, cet entraîneur, Gilles Beyer, champion de France en 1978, est accusé par Sarah Abitbol, multimédaillée européenne et médaillée de bronze mondiale en couples en 2000, et d’autres patineuses qu’il a entraînées, de viols et d’agressions sexuelles, alors qu’elles étaient encore mineures, entre la fin des années 1970 et le début des années 1990. Des faits relatés dans un livre de Sarah Abitbol à paraître jeudi (Un si long silence, Plon) mais contestés par l’ancien directeur des équipes de France et ancien entraîneur national.

Au début des années 2000, sur la base d’un signalement effectué par les parents d’une patineuse auprès de Didier Gailhaguet, déjà président de la FFSG (il occupe ces fonctions depuis 1998 à l’exception de la période 2004-2007), Beyer a fait l’objet d’une enquête judiciaire qui n’a pas abouti, puis d’une enquête administrative diligentée par le ministère des Sports, qui a elle conduit à mettre fin à ses fonctions de conseiller technique sportif le 31 mars 2001, selon les deux médias.

Le ministère a confirmé à l’AFP qu’il a alors fait l’objet d’une mesure d’interdiction d’exercer auprès de mineurs, puis qu’il « est sorti des effectifs du ministère », l’enquête administrative établissant des comportements inappropriés mais « pas d’agression sexuelle ».

« Un réseau qui n’a jamais rien dit »

Mais Beyer a ensuite poursuivi sa carrière au club parisien des Français volants – il apparaît encore comme « manager et conseiller technique » sur le site internet du club – et a effectué plusieurs mandats au bureau exécutif de la FFSG jusqu’en 2018.

« C’est très problématique », a estimé sur RTL la secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, en souhaitant « une enquête » et en soulignant que « la justice s’est auto-saisie » dans l’affaire Matzneff. Ces accusations interviennent alors qu'’une enquête a été ouverte aux Etats-Unis sur le patineur Morgan Ciprès, accusé d’avoir envoyé des photos obscènes à une mineure. Et vendredi dernier, l’ancien entraîneur de tennis Andrew Geddes a été condamné à 18 ans de prison pour des viols sur quatre de ses anciennes élèves mineures.

« Là, visiblement, il y avait une espèce de réseau qui n’a jamais rien dit et qui accepte en sous-main des choses inacceptables. C’est à mon avis intolérable », a ajouté la ministre des Sports dans un entretien à L’Equipe. Roxana Maracineanu rappelle aussi que les fédérations reçoivent des subventions publiques et que la délégation de l’Etat peut leur être retirée, même si elle convient que « c’est l’arme atomique ».