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On vous raconte le soir où Kobe Bryant a cassé tous les records

Mort de Kobe Bryant : On vous raconte le soir où la star des Lakers a cassé tous les records

BASKETCe jour-là, il a inscrit 81 points face à Toronto
Bertrand Volpilhac

B.V.

L'essentiel

  • Kobe Bryant est décédé dans un accident d'hélicoptère ce dimanche, à l'âge de 41 ans.
  • Parmi ses grands exploits, Bryant a réussi une nuit à inscrire 81 points en NBA face à Toronto. 20 Minutes vous raconte cette soirée

On pourrait résumer l’immense carrière de Kobe Bryant à son palmarès : cinq titres NBA, deux olympiques, un de MVP. Mais ce serait un peu dommage. Parce que sa plus belle soirée a eu lieu en plein cœur d’une anesthésiante saison régulière, exactement quand on ne s’y attendait pas. Nous sommes en 2006, et Kobe Bryant, au sommet de son art mais, entouré de bras cassés – Chris Mihm (!), Smush Parker (!!), Kwame Brown (!!!) – tient à lui tout seul l’une des pires équipes des Lakers dans le positif.

« A lui tout seul » est un euphémisme. Au moins ce soir-là. Dans son Staples Center, Kobe renvoie les Raptors de Toronto dans leur Jurassic Park en leur collant 81 points sur le museau. Deuxième meilleure performance individuelle de l’histoire derrière les 100 points de Wilt Chamberlain en 1962, et deux fois plus de points que tout le reste de son équipe réunie (122).

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Kobe Bryant expliquera qu’il aurait pu marquer 100 points

A la fin du match, Bryant lui-même avoue n’avoir jamais imaginé ce scénario, « même en rêve ». « Je n’ai même pas fait vraiment attention, j’étais là pour la victoire et c’est pour ça que j’ai lancé la machine. Le truc a pris une ampleur incroyable. Mais dire que je réalise ce qui arrive, ce serait mentir ».

Plus tard, à ESPN, il expliquera qu’il se sentait « extrêmement fort » et qu’il aurait pu marquer 100 points. « J’ai compris que si mes coéquipiers n’avaient pas envie de jouer, je pourrais gagner tout seul. Je savais que je pourrais prendre le rythme rapidement, que je pourrais contrôler le jeu, que je pourrais marquer quand je le voulais. » La fiche de stat est dingue : 28 sur 46 au shoot dont 7 sur 13 à trois points. Recordman des tirs ratés en carrière, Mamba était habitué à porter son équipe en arrosant, parfois un peu trop. Mais ce soir-là, tout est rentré. Et pour beaucoup, c’est ce soir-là que Kobe a gagné le droit d’être une légende.

« C’est un match dont je me souviendrai toujours et que je raconterai un jour à mes petits enfants », se souvient Ronny. Comme lui, beaucoup de supporters des Lakers ont publié ces dernières heures une image des billets de ce match du 22 janvier 2006 dans un Staples Center incandescent. Juste pour dire qu’ils y étaient, pour dire merci à Kobe. Il raconte : « Je me souviens, j’avais 12 ans et j’allais souvent au match du dimanche avec mon père. C’était mes préférés car on jouait avec le maillot blanc. Quand Kobe est arrivé à 50 points, je me souviens avoir regardé mon père et lui dire que c’était beaucoup alors qu’il restait pas mal de temps. Et ce que les gens oublient, c’est que ce n’était pas une branlée. C’était un match serré et il nous les fallait, ces points. Puis il a passé 60 et mon père m’a dit qu’il ne pourrait pas arriver à 70. Je lui ai dit "regarde bien". Et il continuait à enquiller les paniers. Je me souviens m’être levé et avoir applaudi après ses derniers lancers francs, quand il a été remplacé. C’était dingue. »

Et Ronny de poursuivre :

« Sur le moment, je n’avais sans doute pas pris la mesure du truc, mais quand toute la salle s’est mise à chanter "Kobe Kobe" en quittant les lieux, quand toutes les radios et les unes de journaux parlaient de lui le lendemain, j’ai compris que j’avais assisté à quelque chose de spécial, d’historique. » »

« On se cachait pour voir la NBA à des heures abusées pour des gamins »

L’histoire de Ronny, c’est l’histoire d’un gamin de Los Angeles biberonné aux exploits de Kobe. Mais la déflagration des 81 points dépasse la Californie. Dans l’appel à témoignages lancé ce matin par 20 Minutes sur l’héritage laissé par Kobe Bryant, l’un de nos lecteurs partageait cette anecdote d’adolescence. « On se cachait pour voir un match NBA par semaine à des heures abusées pour des gamins, explique Arnaud. L’heureux élu qui réussissait à voir un match était le héros dans la cour le lendemain, il nous racontait les exploits, nous mimait les actions. Il y avait deux héros à cette époque pour nous, Iverson et Kobe. Pas d’Internet pour voir les matchs alors on avait des cassettes et celles des matchs des Sixers et des Lakers, c’était le Graal. Et un beau jour, des années plus tard, Kobe a foutu 81 points (!!!) la moitié des garçons du lycée ont séché les premières heures de cours pour revoir le match au CDI, même notre prof de sport y était. »



Un exploit ne se raconte pas sans ses quelques légendes. Il se dit que le coach historique des Lakers, Phil Jackson, avait prévu de sortir Kobe Bryant de la rencontre un peu plus tôt, mais que son assistant l’en aurait empêché pour éviter une « émeute », son joueur n’étant qu’à un point de battre le deuxième meilleur total sur un match (78). On raconte aussi qu’un adversaire – en réalité, il s’agirait plutôt de son coéquipier Luke Walton – lui aurait demandé un autographe à la fin de la rencontre. RMC a même retrouvé dans les archives du LA Times cette anecdote sur l’officier de la table de marque en pleine galère pour suivre le compte des points marqués par Kobe, et qui avait finalement envoyé à Kobe la feuille de stat manuscrite comme souvenir.

« Ce n’est pas exactement la façon dont vous voulez gagner un match de basket »

A vrai dire, tout le monde était un peu dépassé par la prouesse de Kobe, arbitres compris. Kevin Fehr était au sifflet ce soir-là. Contacté par nos soins, il se souvient n’avoir réalisé ce qui se passait qu’au début du dernier quart : « J’ai compris lors d’un temps mort, il restait précisément huit minutes et là je vois que Kobe est à 71 points. Je le dis à mon collègue et on est tous les deux bluffés. Le match était serré donc on était concentrés et on n’avait pas fait attention aux performances individuelles. Le pire, c’est qu’il n’avait pas joué du 2e quart ou presque ». Celui qui est désormais agent immobilier jure qu’il ne lui a fait aucun cadeau sur les derniers lancers permettant au Black Mamba d’atteindre la barre des 80. « Kobe n’était pas de ce genre-là. Il pouvait être dur parfois avec les arbitres mais il était toujours respectueux et professionnel. Il savait quand il fallait arrêter de mettre la pression et se reconcentrait sur le jeu ».

Avec son flegme éternel, Phil Jackson donnera sans doute la meilleure citation de la soirée. « Ce gamin est incroyable. Mais ce n’est pas exactement la façon dont vous voulez gagner un match de basket. »

Bryant, lui, reviendra dix ans plus tard dans un article absolument incroyable d’ESPN sur cette folle soirée de janvier 2006. « ll y a beaucoup de joueurs qui de nos jours ne pensent pas que 80 points, c’est possible. Tu te dis 50, voire 60 si t’es bien chaud. Je n’ai jamais eu cette limite. Jamais. Je n’ai jamais, jamais pensé comme ça. J’ai toujours cru que 80 était possible, que 90 était possible, que 100 était possible. Toujours. Toujours. Le jeu est le témoin de ce qui peut se produire quand tu ne mets pas de limites à ce que tu es capable de faire. »