Format imaginé pour les JO, Français en embuscade… Comment ça marche, l’escalade olympique ?

SPORT L’escalade découvrira les Jeux olympiques en 2020 à Tokyo. De jeudi à dimanche, un tournoi de qualification est organisé à Tournefeuille, dans la banlieue de Toulouse

Nicolas Stival

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L'escalade aux Jeux olympiques, comment ça marche? — 20 Minutes
  • Tournefeuille, près de Toulouse, accueille de jeudi à dimanche le tournoi de qualification olympique d’escalade.
  • Pour être admis aux JO de Tokyo, le sport a dû imaginer un combiné de trois disciplines : vitesse, bloc et difficulté.
  • Cinq Françaises et Français seront en lice à Tournefeuille, ainsi que la vedette tchèque Adam Ondra.

Comment va la Fédération française de la montagne et de l'escalade (FFME) ? Très bien, merci pour elle. Non seulement sa discipline va faire son entrée aux Jeux olympiques l’an prochain à Tokyo comme sport additionnel, mais en outre, elle a obtenu l’organisation du tournoi qualificatif (TQO), de jeudi à dimanche dans le complexe de Tournefeuille, en banlieue toulousaine. « Nos grimpeurs n’ont pas de gros déplacements à faire et ils seront devant leur public », se félicite Pierre-Henri Paillasson, le directeur technique national (DTN) d’une fédération « en plein essor, avec 104.000 licenciés ».

Six billets pour les JO seront en jeu chez les hommes, et autant chez les femmes, après les sept distribués lors des Mondiaux d’Hachioji au Japon, en août. Au total, 20 grimpeurs et autant de grimpeuses seront présents aux Jeux de Tokyo, dans une épreuve combinée spécialement conçue pour l’échéance.

Trois sports pour le prix d’un seul

Vitesse + bloc + difficulté = le combiné olympique. Pour parvenir à se faire admettre dans la grande famille des Jeux, l’escalade a dû mixer ses compétences. « Au départ, le CIO ne voulait que la vitesse mais la Fédération internationale [IFSC] a préféré que les trois disciplines avancent ensemble », détaille le DTN. Un combiné existait déjà, mais il favorisait davantage les « moyens-bons partout » que les « excellents quelque part ».

Très spectaculaire, la vitesse est la discipline de l'escalade la plus accessible aux non-initiés. Au second plan, un mur de difficulté.
Très spectaculaire, la vitesse est la discipline de l'escalade la plus accessible aux non-initiés. Au second plan, un mur de difficulté. - Christophe Angot / FFME

« On ne voulait pas que le vainqueur des JO soit le dixième de chaque discipline. Avec le nouveau système de calcul, il faut être très bon dans au moins deux disciplines, et limiter les dégâts dans la troisième. »

Comment ça marche ?

Pour assouvir leur rêve olympique, les grimpeurs ont dû apprendre la polyvalence. Pas évident, car les qualités requises ne sont pas partout les mêmes. « En vitesse, il faut être explosif et avoir les jambes qui poussent très, très fort, explique Pierre-Henri Paillasson. Le bloc, c’est plus une affaire de force et la difficulté, davantage de la résistance. »

Pour la vitesse, très spectaculaire, les choses sont simples. Partout dans le monde, le parcours est le même, sur un mur en bois (recouvert d’une couche de résine) de 15 mètres de haut incliné de cinq degrés. Le record du monde est de 5’’48 chez les hommes (établi par l'Iranien Reza Alipourshenazandifar), et de 6’’995 chez les femmes (par l'Indonésienne Aries Susanti Rahayu).

Le bloc se pratique non encordé(e) sur un mur de 4,50 m, avec de nombreux volumes sur le tracé, et trois passages à la suite. Il faut arriver à la dernière prise pour valider un bloc. Enfin, retour à 15 mètres pour la difficulté, la plus proche de l’escalade en milieu naturel. Il n’y a qu’un essai, et il s’agit de monter le plus haut possible.

Le TQO, mode d’emploi

Pour intégrer les Jeux, l’escalade a donc dû inventer un format, mais aussi un mode de qualification. Ce qui ne va pas sans un certain flou. La Française Anouck Jaubert, par exemple, ne sait pas encore si elle peut espérer une qualif directe via les Mondiaux d’août dernier… Aussi participera-t-elle au TQO, dans le doute.

Chaque pays peut envoyer au maximum deux grimpeurs et deux grimpeuses aux JO. A Tournefeuille, 22 hommes et 22 femmes essaieront de gagner leur billet pour Tokyo. Parmi eux, Adam Ondra, déjà une légende de la discipline à 26 ans. Le Tchèque aurait dû se qualifier dès les Mondiaux, mais il a été sanctionné pour s’être appuyé sur un «spit» (un système d’ancrage)…

Une aubaine pour les spectateurs haut-garonnais, qui ont pris d’assaut les finales de samedi (hommes) et dimanche (femmes), alors que la billetterie pour les qualifs de jeudi (hommes) et vendredi (femmes) marche également très fort.

Et les Français dans tout ça ?

Du fait de son caractère récent et parfois déconcertant, la hiérarchie du combiné olympique est moins établie que celle des différentes spécialités. Si la France ne fait pas encore partie des nations majeures, à la différence du Japon, de l’Autriche ou des Etats-Unis, notamment, elle déborde d’ambition. « Le niveau est très resserré, assure le DTN. Michael [Mawem] a terminé septième du combiné des Mondiaux qui étaient une répétition des Jeux, nos filles sont en pleine progression. Tout est possible. Mais on ira pour monter sur le podium ».

Anouck Jaubert sur l'épreuve de bloc.
Anouck Jaubert sur l'épreuve de bloc. - Ryohei Moriya / AP / Sipa

Si le cadet des Mawem est déjà qualifié pour Tokyo, le second billet se jouera à Tournefeuille entre son frère Bassa et Manu Cornu. Côté féminin, outre Anouck Jaubert, Fanny Gibert et Julia Chanourdie en découdront. Avec, peut-être, une incertitude à la clé. « Si jamais Fanny et Julia se qualifient, et qu’Anouck récupère son quota ensuite, il y aura un petit temps de flou », constate Pierre-Henri Paillasson, qui garde dans un coin de sa tête les JO 2024, à la maison.

« On est presque sûr que l’escalade sera présente à Paris, ou presque. Il reste un vote formel du board du CIO en décembre 2020. »