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Quand les clubs font pression sur Deschamps pour retenir leurs joueurs

Equipe de France : « Tout ça, c’est un jeu de rôle », Quand les clubs font pression sur Deschamps pour retenir leurs joueurs

FOOTBALLLucas Hernandez n'a finalement pas déclaré forfait pour les deux matchs des Bleus, malgré une longue passe d’armes entre le Bayern et le sélectionneur tricolore
Julien Laloye

Julien Laloye

Cinq jours à tuer avant l’Islande, mais polémique tout à fait appréciable pour le plumitif désœuvré à Clairefontaine. Bayern Munich versus Didier Deschamps, un grand club contre un grand homme. Déroulons le film. Lucas Hernandez ne joue plus depuis dix jours avec le Bayern. Une histoire de genou qui grince après son opération l’an passé, si on a tout bien compris. Pas vraiment blessé, pas vraiment d’attaque, la fameuse zone grise qui se termine toujours pareil : un coup de pression du club qui paie le joueur pour le ramener à la maison fissa, et la réponse plus ou moins cinglante du sélectionneur, sur l’air de « tu me pompes l’air, c’est encore à moi de voir si le type peut jouer ou pas ».

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Le Bayern joue sur l’intimidation

Reconnaissons à DD un art de la diplomatie qui ne ferait pas de mal à la direction bavaroise, encore remarquablement placée sur l’échelle de la dérive autoritaire avec ce communiqué lunaire publié sur le site du club, lundi matin. Première couche de Karl-Heinz Rummenigge, le grand patron, « irrité par l’’attitude de la Fédération française », pauvre chou : « Je voudrais souligner que Lucas Hernandez n’a pas joué pour nous en Ligue des champions à Londres contre Tottenham ni en Bundesliga samedi […]. Les propos de Didier Deschamps, selon qui Hernandez est, je cite, prêt à jouer sur une jambe, nous ont beaucoup étonnés ». Et nous donc, étant donné qu’on était assis à trois mètres de Deschamps quand il a dit ça, et qu’il s’agissait sans aucune espèce de doute d’une affirmation à prendre AU SECOND DEGRE.

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Un concept humoristique visiblement trop évolué pour un état-major qui menaçait dernièrement de ne plus envoyer ses joueurs en équipe d’Allemagne, s’il prenait à Joachim Low l’idée saugrenue de reléguer Neuer sur le banc. Réponse amusée de notre DD national, pas peu fier de défendre ses prérogatives de sélectionneur :

« C’est peut-être un problème dans la traduction. Je connais Lucas, et quand j’ai dit qu’il pouvait jouer sur une jambe, c’était une image. Je sais que l’intérêt du Bayern c’est de le faire bien travailler pendant la trêve, mais nous, on a deux matchs décisifs à jouer. On fait les choses correctement. On a toutes les données, le premier match n’arrive que vendredi, on a le temps d’évoluer et de voir comment définir le programme. Après je comprends, on a des intérêts qui peuvent être communs, mais divergents au moment de la trêve internationale. Les joueurs ne sont pas arrivés encore, on va faire le point avec le staff médical sur Lucas, Kylian et les autres ». »

Une façon de laisser la porte ouverte à un forfait pour ne pas envenimer plus que nécessaire la situation. Parce qu’au final, c’est encore le médecin des Bleus qui va décider de la gravité des bobos des uns et des autres. « Tous les joueurs doivent venir à Clairefontaine pour faire un petit point médical, c’est un règlement de la Fifa pour éviter les blessures diplomatiques », rappelle le docteur Paclet, médecin des Bleus lors des années Domenech. Pas un interlocuteur choisi au hasard. De tous les sélectionneurs tricolores récents, c’est celui qui a le plus tapé sur le système de ses acolytes en club. Comment oublier ce petit plaisir pervers d’imaginer Arsène Wenger se pendre par la cravate dans la cabine TF1, quand il voyait un de ses joueurs revenir sur le terrain alors qu’il pensait avoir dealé son temps de jeu en amont avec Raymond la science ?

Mourinho et l’esclavagisme de Domenech

« Wenger c’était pas mal, mais le pire c’était Mourinho, sourit Paclet. Une fois, il avait traité Domenech d’esclavagiste parce qu’il avait convoqué Makelele qui avait décidé de prendre sa retraite internationale ». Membre du staff médical des Bleus jusqu’en 2008, Jean-Pierre Paclet n’est pas étonné de retrouver dans le coup son confrère Hans-Wilhelm Müller-Wohlfahrt, le célèbre médecin du Bayern lui aussi cité dans le communiqué vengeur des Allemands de la façon suivante : « Je suis responsable de la santé de Lucas Hernandez, et j’affirme qu’il n’est pas en état de jouer les prochains matchs de l’équipe nationale française, donc cette convocation n’a aucun sens ».

« La culture médicale n’est pas la même partout, reprend Paclet. Avec les Italiens et les Espagnols, on était d’accord sur tout, le diagnostic, la durée d’indisponibilité, et le traitement. Avec les Anglais et les Allemands, c’était le conflit permanent. J’ai déjà eu des joueurs de ces clubs-là qui arrivaient à Clairefontaine en me disant qu’ils allaient très bien. Alors je leur répondais : "C’est bizarre, ton club m’a dit que t’étais blessé et que tu pouvais pas jouer". Parce qu’il faut savoir que les joueurs sont toujours partants, le blocage ne vient jamais d’eux ». »

Concernant Hernandez, Deschamps, sardonique, précise : « Lucas voulait jouer les deux matchs avec nous en septembre, mais il revenait d’une longue période d’absence, alors je n’avais pas voulu prendre de risque. A l’époque, d’ailleurs, c’était le Bayern qui convoque pour que je le mette dans le rythme et qu’il soit bien en retournant là-bas. Je ne veux pas mettre le joueur en porte à faux, son employeur ce n’est pas la fédération. A partir de là, entre les joueurs très attachés à l’équipe de France et le club, il ne faut pas qu’il y ait de tiraillements avec Pierre, Paul ou Jacques, même si je ne sais pas comment ils vont traduire ça en allemand (sourire) ».

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« Guy Roux décidait qui allait jouer ou pas »

Les tiraillements en question appartiennent surtout au théâtre. Si le Bayern montre ses muscles devant la glace, les discussions restent tout à fait courtoises en coulisses. Deschamps a parlé à Kovac, l’entraîneur du Bayern, lui-même ancien coach de sélection, et tous les deux sont tombés d’accord assez vite, même si le Croate est obligé de faire les gros yeux pour être raccord avec l’institution. « Tout ça est une forme de jeu de rôles, confirme le docteur Paclet. Un qui faisait très bien ça à l’époque, c’était Guy Roux. Dans sa tête, c’est lui qui décidait si ses gars allaient jouer ou pas ». Timing parfait avec cette anecdote fabuleuse aperçue dans une interview récente du Bernard Diomède à l’Equipe :

« Un regret dans ma carrière ? Ne pas avoir disputé les JO de 1996 avec Raymond Domenech. Plus tôt dans la saison, Guy Roux ne voulait pas que j’aille en sélection : "Fais le blessé, on a un match important dimanche." C’est ce que j’ai fait à Clairefontaine. Domenech m’a dit : "Tu restes avec nous." J’ai passé la semaine aux soins, et Domenech venait me voir : "Ça va ? (avec un petit sourire) Tu vas être prêt pour dimanche." Et j’ai joué avec Auxerre ». Le bon temps des margoulins. Révolu, hélas, puisque Lucas Hernandez est bien resté à Clairefontaine lundi soir, s’entraînant à part avec Kylian Mbappé, un autre international que son club aurait aimé récupérer dans l’heure.