Coupe du monde de rugby : « C’est toujours difficile contre la France », les Anglais nous donnent rendez-vous après leur victoire contre l'Argentine

RUGBY Le XV de la Rose, premier qualifié du groupe C, est maintenant tourné vers son dernier match de poule, samedi prochain, contre des Bleus dont la présence en quarts est quasi assurée

Mathias Cena

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Joie de George Ford après le 4e essai anglais contre l’Argentine, à Tokyo le 5 octobre 2019.
Joie de George Ford après le 4e essai anglais contre l’Argentine, à Tokyo le 5 octobre 2019. — Eugene Hoshiko/AP/SIPA

De notre correspondant à Tokyo,

Dans des conditions normales, les Argentins, avec seulement 4 victoires sur leurs 23 affrontements avec l’Angleterre, auraient déjà eu du fil à retordre pour ce match contre le XV de la Rose qu’ils abordaient comme une « finale ». A cause de l’exclusion de l’un des leurs au bout de vingt minutes de jeu, la mission s’est avérée au-dessus de leurs forces. Les Pumas, après leur défaite (39-10), contre l’Angleterre, samedi à Tokyo, devront maintenant compter sur un miracle pour survivre à la phase de poules du Mondial de rugby. Les Anglais, avec trois matchs, trois victoires et trois bonus offensifs au compteur (sans parler d’une différence de points de 99), filent eux en quarts, sans savoir encore s’ils termineront en première ou en deuxième position du groupe C.

Bon week-end de la propreté

Non sans une pointe d’ironie rétrospective, ce troisième week-end de la Coupe du monde avait été désigné celui du « Keep rugby clean ». Le terme fait référence à la lutte contre le dopage, et heureusement car ni les Anglais ni les Pumas n’ont vraiment mérité un prix de propreté pour leur jeu ce samedi.

L’enjeu du match était certes de taille : pour les Anglais, c’était le premier test majeur de la compétition, avant de rencontrer la France samedi prochain. Quant aux Argentins, ils jouaient leur survie, leur défaite étant quasiment signe d’élimination (sauf si les Bleus perdent face aux Tonga). On a donc vu une série d’actions limite, comme ce plaquage de Tomas Lavanini sur le capitaine anglais Owen Farrell au niveau de la mâchoire, qui après visionnage de la vidéo, a valu un carton rouge – le 4e de ce Mondial – à son auteur. Avec 5 cartons jaunes et deux rouges, le deuxième ligne argentin fait une entrée peu enviable au Panthéon de son pays.

«Trop dur» de jouer à 14...

Finalement, le jeu a pris un peu de hauteur, on dirait même d’altitude, avec des séries de passes au pied entre les arrières anglais et argentins. Les Pumas ont fait preuve d’héroïsme en défense pour tenter de compenser l’absence de Lavanini, inscrivant même leur premier essai à dix minutes du coup de sifflet final. Mais à 14, la tâche semblait insurmontable : après avoir encaissé un deuxième puis un troisième essai, les Pumas étaient déjà menés 15-3 à la pause, avec 64 % de possession pour les Anglais. Et l’écart s’est encore creusé en deuxième période.

« Evidemment, après le carton rouge c’est devenu très dur, n’a pu que confirmer l’entraîneur argentin, Mario Ledesma, après la défaite. On a fait beaucoup d’erreurs qu’on aurait pu éviter. On n’a pas pu lancer d’élan, et on avait un mec de moins. Après, en deuxième mi-temps, c’est devenu trop dur pour les joueurs. »

L’Argentin Tomas Lavanini sanctionné par un carton rouge lors du match contre l’Angleterre, à Tokyo le 5 octobre 2019.
L’Argentin Tomas Lavanini sanctionné par un carton rouge lors du match contre l’Angleterre, à Tokyo le 5 octobre 2019. - Eugene Hoshiko/AP/SIPA

Chiants, les Anglais ?

C’était le mini-règlement de comptes à OK Corral de l’avant-match, le tacle au niveau des oreilles par journalistes interposés : pour faire monter la sauce Worcestershire, l’Argentin Agustin Creevy avait balancé il y a quelques jours que le jeu anglais structuré, « qui peut paraître parfois ennuyeux », « convenait bien » au XV de la Rose.

En tout cas, rien, ni la bière, ni le jeu, ni le public, n’ont été tièdes ce samedi. Même si la température à l’extérieur du stade Ajinomoto de Tokyo avait fini par retomber sous les 30°C avant le coup d’envoi, à l’intérieur, c’était une autre histoire. Les 48.185 spectateurs chauffés à blanc ont très clairement fait entendre leur satisfaction et leurs doutes, aussi bien dans les phases d’attaque que pendant les engrainages « extra-sportifs » – et ils n’ont pas manqué. « Bon, c’était pas vraiment des bagarres, a nuancé Owen Farrell, lui-même destinataire de quelques coups, dont il a relativisé la gravité. On essayait juste de protéger nos gars. »

En tribunes, les deux camps se sont fièrement battus pour monter dans les décibels, mais après la 40e minute de jeu, les Argentins, gagnés peu à peu par l’aphonie, ont cédé le terrain à des Anglais dopés à coups de riffs d’Oasis balancés dans la sono du stade.

Prochaine étape anglaise : le XV de France

Avec cette troisième victoire, l’Angleterre est le premier pays du groupe à s’assurer une place en quarts. Mathématiquement, tout reste encore possible pour la France, l’Argentine, mais aussi les Tonga et les Etats-Unis, même si ça commence à sentir le roussi pour les trois dernières. Les yeux malicieux d’Eddie Jones, le coach des Anglais, sont déjà bien sûr tournés vers le dernier match de poules, samedi prochain contre les Bleus. « La France a été impressionnante contre l’Argentine, a noté le stratège. Ils ont joué un bon rugby, ils reviennent à un jeu traditionnel. Il va falloir travailler très dur défensivement, car c’est toujours difficile contre la France. »