Coupe du monde de rugby: Moiteur, savonnette et asphyxie... Les Bleus vont devoir s'habituer à l'enfer du sud du Japon

RUGBY Les conditions de jeu étaient étouffantes pendant France-Etats-Unis

William Pereira

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Image rare de Raka qui ne laisse pas tomber un ballon
Image rare de Raka qui ne laisse pas tomber un ballon — Christophe Ena/AP/SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

Il faut une vingtaine de minutes pour rejoindre le stade de Fukuoka (où le XV de France a battu les Etats-Unis) à pied depuis la station de métro la plus proche. Un trajet long d’une grande ligne droite pour longer l’aéroport voisin et un faux plat montant de plusieurs centaines de mètres avant de toucher au but.

Pas une mince affaire au vu du climat local. Les 30-32 degrés ressentis et les 70 % d’humidité vous collent un grand coup de barre sur la tronche, vous avez l’impression de peser trois tonnes au point d’envisager le régime prôné par Bernard Canetti et ne pensez qu’à une chose : dormir. Il nous a d’ailleurs fallu deux cafés pour nous sortir de notre torpeur. C’est donc ça, le climat du sud du Japon ? Bienvenue dans les tropiques. Bienvenue en enfer.

Vous vous doutez donc que pour les joueurs, qu’ils soient du XV de France ou des Etats-Unis, ça a été une galère totale de galoper sur cette pelouse, glissante de surcroît. Voyons ce qu’en ont dit les joueurs en zone mixte. Pour les mauvaises langues, on précise que nous sommes à l’origine de ces citations et que les joueurs français n’ont à aucun moment cherché à se cacher derrière la chaleur étouffante qui leur pesait. « Ce n’est pas la chose à retenir de ce match », nous reprendra d’ailleurs Thomas Ramos. Bref, l’avis des joueurs :

Yacouba Camara : « C’était très compliqué de retrouver le second souffle. On l’a senti, on en a parlé, et c’est vrai qu’on était mous pendant la première période. On savait que ça serait des conditions climatiques difficiles. Il a plu, ça s’est arrêté, il a replu ça s’est arrêté… Je crois qu’il y avait 75 % d’humidité, c’était difficile. Je me sentais lourd, j’ai pas l’habitude de jouer avec ce climat-là. Je l’ai ressenti mais ça allait mieux en deuxième mi-temps. »

Cyril Baille : « C’est très humide, t’as pas trop d’air et c’est sûr que physiquement, c’est dur. C’était franchement humide, on le sentait sur les mains. Donc il va falloir s’habituer à ça, ce taux d’humidité et cette température. »

Sofiane Guitoune : « Tu suffoques un peu dans ces conditions. Tu as un peu l’impression d’être étouffé. On n’a pas l’habitude de s’entraîner dans ces conditions-là. »

Thomas Ramos : « Chez nous en France c’est pas trop comme ça et en Europe non plus. Forcément, c’est la première fois que je joue avec autant d’humidité. Mais on n’a pas d’excuses à avoir, on est parti à Valence et à Monaco pour se préparer à ça. Et ça fait deux semaines et demie qu’on est ici. On sait à quoi s’attendre. »

Ballon glissant, jeu de pression éprouvant = équation insoluble ?

Les conséquences sur le jeu sont évidentes. Le ballon se transforme en savonnette et Raka, qui faisait déjà n’importe quoi avec le XV de France, fait encore plus n’importe quoi que d’habitude. Mais au-delà de la difficulté à saisir correctement le ballon – ce qui reste la base du métier de rugbyman – c’est surtout au niveau de l’intensité que ça pose problème.

Là où les hommes de Jacques Brunel peuvent tenir 40 minutes à pleine patate dans des conditions climatiques clémentes, ils accusent le coup après moitié moins d’efforts. Difficile dans ces conditions de tenir le plan de jeu rapide tant désiré par le staff tricolore. Thomas Ramos : « on peut moins mettre de vitesse dans notre jeu, les transmissions sont plus compliquées, oui, mais c’est à nous de nous adapter, il faut s’approcher ou varier notre jeu avec du jeu de pied offensif. »

C’est de là que sont venus les premiers essais, de la patte de Lopez. La première des adaptations sera donc d’utiliser le pied avec moins de modération. D’autant que, comme nous l’expliquait cette semaine Olivier Magne, l’omniprésence du jeu au pied dans le rugby anglo-saxon tient à l’humidité ambiante au Royaume-Uni.

Seul problème, au Japon il fait chaud, et le jeu au pied demande des efforts, qui, comme expliqué plus haut, deviennent pénibles dans ces conditions. Pas évidente à résoudre, cette équation. Surtout quand on sait que le prochain adversaire – les joueurs du Tonga, que les Bleus affronteront à Kumamoto, pas loin de Fukuoka – connaissent beaucoup mieux le climat.