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Des chants basques à Fianso, histoire de la musique au sein du XV de France

Coupe du monde de rugby: Des chants basques à Fianso et Aya Nakamura, petite histoire de la musique au sein du XV de France

RUGBYLe XV de France est toka, ish, ish. Vous ne comprenez rien? C'est du rap, qui perce (enfin) dans le rugby français
William Pereira

William Pereira

De notre envoyé spécial au Japon,

Magie de la Coupe du monde : voir Jacques Brunel débarquer un samedi à 9h et des poussières sur le terrain d’entraînement sous un soleil de plomb au son de Hot in herre, de Nelly. Pour ceux qui n’ont pas la référence, on parle là de bon vieux rap US de début de siècle, le genre de son qui tourne encore en boîte de nuit et qui, pour ainsi dire, ne colle pas vraiment avec la démarche discrète et hésitante du sélectionneur, dont on peut dire tout ce qu’on veut sauf « il est vraiment gangsta lui ! ». Remarquez, ça vaut aussi pour Baptiste Serin, petit blondinet landais, pas forcément la gueule du mec à s’enjailler sur du bon rap de la street et pourtant le néo-Toulonnais n’est pas le dernier à crier haut et fort « l’équipe est toka ! » To-quoi ? Toka, titre d’un son du rappeur Fianso devenu hymne autoproclamé du XV de France depuis le stage de préparation à Nice.

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Sofiane Guitoune explique : « C’est Demba Bamba ou Setiano qui a lancé ça, je sais plus… Toka, l’équipe est toka ça veut dire que l’équipe est prête, armée, si tu préfères. » Un clin d’œil qui n’a pas laissé le rappeur du Blanc-Mesnil insensible, toujours selon Guitoune. « Il nous a envoyé une vidéo et on l’en a remercié. Baptiste a encore posté une photo ‘l’équipe est Toka’et il nous a re-répondu. C’est cool. » Chacun son rôle dans ce XV du rap. Serin en community manager, Setiano, Fickou et Guitoune aux platines. C’est d’ailleurs armés d’enceintes bluetooth que le Parisien et le Toulousain ont moqué les journalistes accusés de faire fuiter les compos d’équipe sur le son Pookie (« poucave ») d’Aya Nakamura, comme on le racontait en fin de semaine dernière.

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Le rap dans le foot, les Benzema featuring Rohff, les Benjamin Mendy featuring Jul, on connaît. Le rap dans le basket, on aurait aimé ne pas connaître (déso TP). Dans le rugby, on découvre. Comme Titou Lamaison, l’homme de France-All Blacks en 1999, on est tentés de faire le lien – très fort dans le foot, beaucoup moins dans le rugby – entre sport et banlieue. « Je pense que c’est là un peu l’origine du rap dans le sport, ce sont ces personnes qui emmènent ce qu’elles connaissent parfaitement de leur quotidien. Dans le rugby, les gars de banlieue il n’y en a pas encore beaucoup, en tout cas à mon époque non. » C’est un peu moins vrai maintenant, où l’on voit fleurir des Rabah Slimani, Demba Bamba et dans une moindre mesure Jefferson Poirot. « Les choses évoluent dans le bon sens », remarque Lamaison.

Goldman, walkman et discman

Mais que serait ce lien culturel nouveau sans outils de diffusion efficaces ? Aujourd’hui on parle smartphones, enceintes bluetooth, abonnements numériques, mais hier, il fallait un poste de radio, un walkman, un discman, et une montagne de cassettes et CD… L’histoire de l’implantation du rap dans le vestiaire du XV de France, c’est aussi celle d’une avancée technologique. « Avant c’était un peu compliqué, on faisait plus confiance en nos voix », se marre Lamaison. Et comme des exemples valent plus que la théorie, on vous propose une petite histoire de la musique dans le vestiaire des Bleus en période de Coupe du monde. Du Titou Lamaison et Imanol Harinordoquy dans le texte.

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Mondial 1999, la préhistoire (Titou Lamaison) : « C’était plutôt des chansons qu’on peut chanter dans tous les clubs de rugby, des chansons un peu paillardes, qui faisaient office de musique. Chacun avait quand même son walkman pour écouter son style de musique qui lui était propre. Certains appréciaient Goldman, d’autres de la musique classique, d’autres du Metallica. C’était assez éclectique dans les choix musicaux. Moi j’écoutais quelques chansons basques, des groupes comme Sorotan Bele, Huntza, Talco. On faisait partie encore de ces générations où, parce qu’il n’y avait pas encore les outils technologiques d’aujourd’hui, on chantait. Le rap ça démarrait il y a 20 ans, ce n’était pas forcément les chansons qui trustaient les hits. »

Mondial 2003, toujours la préhistoire (Imanol Harinordoquy) : « Il n’y avait pas beaucoup de musique à l’époque. C’était beaucoup d’animations, on devait faire des sketchs. C’était vraiment très, très animé à ce niveau-là. Il y avait moins de musique mais ça charriait un peu plus, on vivait plus ensemble. »

Mondial 2007, première percée du rap (IH) : « Il y avait pas mal de musique, déjà. Surtout Soprano, donc le rap était déjà un peu présent. Notre chanson c’était « à la bien », celle-là je m’en souviens, on l’a faite un paquet de fois. On avait un peu repris le slogan des Spartiates dans 300, aussi. On se mettait tous ensemble et on criait une connerie comme "Spartiates êtes-vous prêts ? Ahou, ahou !" »

Mondial 2011, éclectisme, rap en retrait (IH) : « En 2011 c’était plutôt varié, je me souviens que le soir de la finale, sur le trajet on avait composé une playlist et on avait varié, il y avait un peu de tout et on avait mis la musique dans le bus sur le chemin du stade. C’était vraiment de tout, de la variété française, du Rihanna, des musiques de film comme Gladiator. C’était pas que rap. En 2011 on était pas trop rap par rapport à 2007. »

Iturria fait de la résistance

Faute d’avoir pu mettre la main sur un des 31 gars de l’aventure en 2015, on est quand même en mesure d’affirmer que le rap n’était pas absent du vestiaire cette année-là. Pendant le Mondial anglais, Sud Radio nous apprenait qu’Uini Atonio – qu’on a failli retrouver au Japon – ambianceur, mélomane et chanteur de surcroît, est un fan invétéré de Booba, Magic System et par-dessus tout Eminem. Surprenant, pour un Samoan de naissance ? Absolument pas. Harinordoquy :

« « La musique dans le vestiaire, ça vient beaucoup des gars des îles [pacifiques]. Leur culture musicale est super variée, je me souviens de Joe Tekori à Toulouse qui apprenait des chants basques, donc ils écoutent vraiment de tout. » »

Parlant de chants basques, Titou Lamaison peut souffler. Rap ou pas rap, il y aura toujours un Arthur Iturria pour perpétuer la tradition régionale. « Les gars passent beaucoup de rap et ça me pique un peu les oreilles, en riait le joueur de l’ASM au mois d’août. Moi j’écoute des chants traditionnels basques, du rock basque. Des trucs que je suis le seul à écouter. »