CAN: La Coupe d'Afrique en été, est-ce que c'est la vraie solution ?

FOOTBALL Pour la première fois, la Coupe d'Afrique des Nations va se jouer en été. Avec ses avantages et ses inconvénients

G.B.

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Mohamed Salah lors de la Coupe du monde 2018.
Mohamed Salah lors de la Coupe du monde 2018. — Kieran McManus/BPI/Shut/SIPA

Ils y sont tous (ou presque). Pour la première fois, la CAN va se jouer en été et ne sera pas privée de certaines de quelques-unes de ses stars, des joueurs qui privilégient leur saison en club à leur sélection nationale. En 2015, Mario Lemina Brice Dja Djédjé, Bouna Sarr ou encore Ismaël Bangoura avaient refusé d’en être. Deux ans plus tard, sept Camerounais dont Joël Matip en avaient fait de même.

Pas cette année donc : Mohamed Salah avec l’Egypte, Sadio Mané et Kalidou Koulibaly avec le Sénégal, Nicolas Pepe avec la Côte d’Ivoire, Riyad Mahrez avec l’Algérie, Hakim Ziyech avec le Maroc, Naby Keita avec la Guinée… Tous (ou presque) sont là.

Les seules stars qui manquent à l’appel sont celles qui se sont blessées avant le début de l’été (comme Eric Bailly), celles dont la sélection ne s’est pas qualifiée (comme Pierrre-Emerick Aubameyang et Emmanuel Adebayor), et celles dont le sélectionneur a préféré se passer (comme Vincent Aboubakar et Gervinho).

Au plaisir des clubs européens

Cette réforme avait été menée tambour battant par le nouveau président de la CAF, Ahmad Ahmad. Alors qu’Issa Hayatou refusait de tels changements parce qu’en été, « il fait trop chaud en Afrique du Nord, trop humide en Afrique centrale et trop froid dans le Sud », la CAN avait été déplacée de l’hiver à l’été, quelques mois à peine après la prise de fonction d’Ahmad Ahmad. De quoi satisfaire les clubs européens qui rechignaient parfois à laisser partir leurs joueurs.

Pour le sélectionneur de la Tunisie, Alain Giresse, la réforme est une excellente nouvelle : « En tant qu’entraîneurs, nous le réclamions depuis longtemps car, jusqu’ici, nous étions soumis à de gros problèmes pour la libération des joueurs par leur club », expliquait alors l’ancien international français à France 24.

Un avis pas vraiment partagé par tous, pourtant. Selon le sélectionneur du Togo, Claude Le Roy, les instances africaines se sont « couchées devant les desiderata des grands clubs professionnels ».

Un plus grand risque de blessures ?

Quand on lui parle des « sécheurs », Le Roy assure qu’aucun de ses joueurs (Essien, Eto’o, Milla…) n’a refusé une CAN par le passé. Et, de toute façon, l’homme aux 9 CAN n’aurait sans doute pas voulu d’un tel joueur, incapable de résister à la pression de son club. « Il ne faut pas les prendre dans ce cas-là », affirme-t-il. « Ça prouve qu’ils n’ont pas de personnalité et qu’ils n’ont pas leur place en équipe nationale. On a besoin de s’appuyer sur des joueurs avec une grosse personnalité. »

Sur cette CAN, Claude Le Roy, comme l’ancien joueur de Fribourg Zoubaier Baya, a un peu peur pour les joueurs. Ceux-ci jouent d’habitude cette compétition en même temps que leurs coéquipiers en club jouent en championnat. Cette fois-ci, elle va s’ajouter au reste des matchs.

Or, pour beaucoup, ils sortent d’une saison complète (parfois entre 40 et 50 matchs), et parfois leur dernier été a déjà été amputé en partie par la Coupe du monde en Russie. Le Roy souligne notamment qu’alors que l’on déplace la Coupe du monde, accordée au Qatar, en hiver pour des conditions climatiques, on déplace la CAN en été, alors qu’elle va se jouer peu ou prou dans les mêmes conditions : « Il va y avoir des chaleurs torrides, alors que les joueurs sont déjà fatigués. J’espère me tromper, mais l’accumulation de matchs va multiplier les blessures, même si les équipes sont de mieux en mieux suivies médicalement. Rien ne justifie la CAN à ce moment-là de la saison. »

Des pauses dans les matchs

Pour essayer de limiter les dégâts, la commission médicale de la CAN a annoncé ce jeudi que les matchs seraient coupés par deux interruptions de trois minutes à la 30e et la 75e minute, pour « permettre aux joueurs des deux équipes et aux arbitres de boire et de s’hydrater le corps avec des serviettes mouillées ».

Du côté de la CAF, la confédération africaine de football, on semble d’ailleurs déjà se demander si ce changement de date doit être permanent. « Pour certains pays qui sont victimes de problèmes climatiques, on peut être flexibles. Ce n’est pas figé, on peut revoir ensemble avec les parties prenantes », avait expliqué le président de la CAF, Ahmad Ahmad, un an après la réforme, en avril 2018.

Une hécatombe lors de cette édition pourrait bien pousser la CAF à revoir sa copie. D’autant qu’elle ne pourrait pas gagner beaucoup plus de téléspectateurs, redoute Claude le Roy. C’est ce qui semble ressortir de notre sondage (pas vraiment représentatif, certes) publié sur Twitter, mercredi, où la grande majorité des gens assurent que ce passage de l’hiver à l’été ne changera pas grand-chose à la façon dont ils suivront le tournoi.

Et c’est sans compter sur le fait que la CAN, d’habitude isolée dans le calendrier international, va désormais se jouer au milieu de la Coupe du monde féminine, de l’Euro espoirs, et de la Copa America. La placer en été ne changera pas grand-chose à son exposition. En tout cas, pas cette fois-ci. Reste désormais à savoir si l’expérience sera renouvelée.