France-Pays de Galles: Et si les Bleus entraient au panthéon de la lose après ce petit bijou?

RUGBY Les hommes de Jacques Brunel ont réussi l’exploit de perdre un match qu’ils dominaient largement en donnant trois essais à l’adversaire (de 16-0 à 19-24)…

Julien Laloye

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Lopez et Lauret ont du mal à comprendre comment la France a laissé échapper la victoire face au Pays de Galles.
Lopez et Lauret ont du mal à comprendre comment la France a laissé échapper la victoire face au Pays de Galles. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Au stade de France,

Les Michelangelo de la coulante. Les Da Vinci du désespoir. Les Van Gogh de la cagade. Les Rembrandt du money-time. Quatre ans qu’ils paument presque à chaque fois, et à force, les Bleus en arrivent à nous faire aimer ça, les coquins. Le petit plaisir coupable du vendredi soir, encore plus douloureusement excitant que notre rendez-vous hebdomadaire avec Dominatrixe et sa cravache en fer clouté au bois de boulogne. Avec nous, 60 000 masochistes qui avaient sans doute chacun quelque chose à se reprocher pour choisir la souffrance d’une soirée au stade de France volontairement.

Un scénario impensable

Evacuons tout de suite cette histoire de défaite. Ça fait longtemps que c’est compris dans le tarif d’un match du VI nations des Bleus, entre un tour sur les Champs et une soirée au Moulin-Rouge. Non, ce qui ne lasse pas d’impressionner, c’est la créativité sans cesse renouvelée de nos gaillards pour saborder le navire juste avant de rentrer au port.

Ce coup-ci ? 16 points d’avance après une première mi-temps chatoyante, la meilleure depuis la fin des dinosaures. 16 points d’avance qui ne trompaient personne parmi les suiveurs, résignés à accepter la remontada galloise poitrail en avant et tête haute. Comme prévu, nos Bleus sont revenus sur la pelouse avec des jambes en coton et un estomac en flageolet. Ils se sont mis à avoir peur de tout, du ballon, de la pluie, des Gallois, de la vie en général. Mais comment prévoir cet enchaînement de génie, franchement ? Trois essais contre leur camp, oserait-on presque écrire.

  • >> Une mauvaise montée défensive qui permet à Adams de traverser la défense en warning et au ralenti histoire de ne pas écraser un piéton tricolore mal placé. 16-7 (50e).
  • >> Une boulette INCROYABLE d’Huget. Course en arrière pour récupérer un ballon dans ses 22m, et là, le coup de la savonette qui s’échappe pour atterrir dans les bras de North. 16-14 (60e)
  • >> La passe sautée kamikaze niveau Pearl Harbor de Vahaaminha alors que les Bleus avaient réussi par miracle à repasser devant sur leur seule mêlée gagnante de la soirée. Interception de ce brave North, galopade jusqu’à Saint-Ouen, et bonne nuit tout le monde. 19-24 (70e)

 

Le pauvre était complètement défait dans les sous-sols du SDF. Les larmes aux yeux, une voix chevrotante comme pour s’excuser d’exister.

« C’est très dur. On leur donne trop de points facilement. Le dernier essai, je le prends pour moi. Je ne le vois pas et je me précipite trop pour faire ma passe. Voilà, ça arrive. Est-ce que j’en ai parlé avec les autres ? Non c’est dur dans le vestiaire d’en parler, on se dit « est-ce que c’est moi qui fait perdre le match ? » A chaud, je le pense. Après il faut aussi qu’on apprenne à tenir le ballon plus longtemps, qu’on reparte mieux en 2e mi-temps… »

Qu’on reparte mieux, qu’on mette les barbelés, et qu’on attende ce que ça se passe en cabossant tous les gars en rouge qui s’approchent trop près de la réserve de bouffe. Mais à partir du moment où on leur donne la clé nous-mêmes, que faire ? Jacques Brunel n’avait pas les mots en conférence de presse. Le sélectionneur du XV de France gagne encore moins qu’avec l’Italie, c’est dire la dépression qui le guette un peu plus chaque fin de semaine en rentrant à Marcoussis.

« C’est difficile à expliquer… Pourquoi un garçon expérimenté comme Yoann Huget se replie, récupère le ballon et le laisse échapper… Il n’y a pas d’explications à donner, ça ne lui est jamais arrivé et cela ne lui arrivera sûrement jamais. Mais c’est arrivé… Quelle explication donner à ça… »

Un jour sans fin (et sans Bill Murray en plus)

Ne boudons pas une certaine fierté, tout de même : quelle équipe peut s’enorgueillir de livrer des masterclasses de lose d’une telle densité ? Souvenez-vous l’Irlande l’an passé, les Bleus dans les 22 mètres adverses, une pénalité manquée, le XV du Trèfle qui reprend mètre par mètre, et Sexton qui nous crucifie d’un drop.​ Souvenez-vous l’Afrique du Sud cet automne, 17 points d’avance en 2e mi-temps, puis le drame. Et on pourrait continuer des heures. Camille Lopez : « On finit par en rigoler. On se dit qu’on est mafrés, ce n’est pas possible autrement. L’interception à la fin, tu peux être sûr que si elle est pour nous, il y a quelqu’un qui fait en avant ; Ça va jamais nous tomber dans les bras ».

« J’ai l’impression de revivre toujours le même scénario, abonde Serin. Ça me fait chier de vous répéter toujours les mêmes choses, mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne lâchera pas. On va finir par l’avoir, cette victoire référence ». Dimanche prochain en Angleterre ? On mise plutôt sur la pénalité couillonne à la 78e pour ruiner un match parfait. Hâte d’y être.