Route du Rhum: Comment un skipper lillois amateur et sans aucun réseau a réussi à prendre le départ

VOILE Romain Rossi sera au départ de la Route du Rhum dans trois semaines à Saint-Malo. L’aboutissement d’un rêve…

Francois Launay

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Romain Rossi va découvrir la Route du Rhum
Romain Rossi va découvrir la Route du Rhum — Christophe Favreau / Fondation Digestscience
  • Ingénieur de métier, Romain Rossi va participer à sa première Route du Rhum.
  • Le skipper lillois raconte son parcours du combattant qui l’a mené jusqu’au départ de Saint-Malo, le 4 novembre prochain.

A 37 ans, Romain Rossi s’apprête à vivre la plus grande aventure de sa vie. Le 4 novembre prochain, le Lillois sera au départ de la Route du Rhum qui relie Saint-Malo à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe). L’aboutissement d’une quête personnelle longue de quatre années mouvementées pour un skipper totalement amateur.

S’il pratique la voile depuis tout petit, cet ingénieur nordiste, père de deux enfants, n’a jamais participé à une transatlantique en solitaire. Sans réseau et sans grande expérience, il raconte à 20 Minutes comment il a réussi à se retrouver au départ de la course.

La révélation

« J’ai beaucoup suivi la route du Rhum en novembre 2014 via les réseaux sociaux ou encore les jeux en ligne. Je me suis rendu compte qu’au-delà des favoris, les autres participants avaient tous des histoires extraordinaires. Il y avait des vétérinaires, des entrepreneurs, des salariés du public, des jeunes, des vieux… Je me suis dit que si eux y arrivaient, pourquoi pas moi. C’est comme ça que le virus m’a piqué. J’ai eu l’envie d’y aller sans savoir ce que ça représentait. »

Le saut dans le grand bain

« La marche pour moi était haute. Je viens du monde amateur, je ne connais personne dans le sérail. Je sais juste diriger un bateau sans en posséder un. J’ai donc dû tout apprendre. Avec mon boulot d’ingénieur et responsable d’une équipe projet, j’avais quelques bases en terme de gestion ce qui m’a permis d’y aller.

J’ai aussi un tempérament tenace qui m’a permis de mettre en place un business model à savoir un budget de 300.000 euros dans ma catégorie [Class 40] à aller chercher. A partir de l’été 2015 et pendant 18 mois, j’ai cherché des sponsors. J’ai mis 20.000 euros de ma poche pour amorcer la pompe. Mais je n’ai trouvé aucun partenaire pendant ce laps de temps. Je me suis rendu compte que mon business model était très commun. Je n’avais rien pour me différencier des autres skippers. Je me suis épuisé, j’ai perdu de l’argent et je me suis demandé pourquoi je faisais ça. »

La trouvaille du bon partenaire

« Pour donner un sens à ce que je faisais, je me suis mis à chercher une bonne cause histoire de faire ça pour les autres. J’ai travaillé dans la société Roquette qui avait participé à la création de la fondation DigestScience. C’est une fondation locale qui a un programme de recherche pour trouver les causes de la maladie de Crohn, maladie incurable du tube digestif, qui touche 250.000 personnes en France.

En novembre 2016, on a trouvé un accord pour travailler ensemble. Ça m’a aidé parce que ça a donné un sens à ce que je faisais. Et c’est comme ça que les partenaires sont arrivés. En étant un marin nordiste qui œuvrait pour une bonne cause, j’ai reçu le soutien du Souffle du Nord, une communauté d’acteurs économiques qui soutiennent des projets utiles. 70 % du budget a été rapidement bouclé. »

L’inscription officielle

« Il faut savoir que tout le monde peut s’inscrire à la Route du Rhum. Il suffit juste de faire un chèque de 10.000 euros. Mais comme il n’y a que 50 places dans ma catégorie, il faut s’inscrire vite [Romain Rossi a déposé la sienne en décembre 2017]. Dans la foulée, j’ai trouvé un bateau à vendre sur un site spécialisé. Et il a fallu que j’aille trouver une banque pour un crédit. »

La prise de tête familiale

« Quand j’ai annoncé à ma femme que j’y allais, j’ai vu que c’était le début des emmerdes. J’ai lu dans ses yeux : “Le con, il l’a fait”. D’emblée, elle m’a dit que c’était le bateau ou moi. Mais en discutant, elle a compris que c’était important pour moi. Il fallait juste s’organiser. On a fait un pacte pour qu’on n’explose pas en vol. On a pris une fille au pair pour s’occuper des enfants. J’ai mis en place un calendrier prédéfini pour être le plus souvent possible à la maison. Et on s’est obligé à passer des week-ends ensemble et un mois complet de vacances en août avec l’obligation de ne pas parler bateau. »

La rupture professionnelle

« Pour s’entraîner, il faut aller dix jours par mois en Bretagne alors que je vis à Lille. J’ai vu très vite que je ne pourrais pas suivre le rythme entre mon boulot, la vie de famille et la préparation de la course. C’est pourquoi, j’ai pris la décision de quitter mon travail après avoir éclusé tous mes congés entre avril et août. »

La qualification officielle

« Pour participer, il y a certes un chèque de 10.000 euros à faire au départ mais il faut aussi préparer son bateau et savoir faire ses preuves, sinon on vous rembourse la moitié du chèque. Je me suis inscrit à des courses préparatoires en équipage, en double et en solo pour tester le bateau. Et je me suis qualifié en juillet. »

Romain Rossi à l'entraînement
Romain Rossi à l'entraînement - Christophe Favreau / Fondation Digestscience

La longue attente

« Aujourd’hui, à trois semaines de la course, je suis stressé. C’est le plus gros défi de ma vie. Je n’ai jamais traversé l’Atlantique. Je vais être dans le grand bain au milieu des plus grands. J’ai à la fois très envie d’y être et un peu peur. J’ai peut-être mis la barre trop haut mais l’objectif pour moi sera de voir Pointe-à-Pitre sans objectif de classement ou de temps. Mais d’abord, je dois encore trouver 40.000 euros pour boucler mon financement. C’est beaucoup mais je suis confiant. »

L’après course

« Après la Route du Rhum, je refermerai la parenthèse de la voile pendant au moins un an ou deux. C’est un pacte fait avec ma femme. Il faut que je redevienne le bon père de famille présent à la maison. Et puis j’ai d’autres projets dans ma vie comme des voyages ou des investissements immobiliers. Une chose est sûre : je ne reviendrai pas dans le monde du salariat car j’ai trouvé une certaine liberté dans la gestion de mon projet. »