Coupe du monde 2018: «Etre champions du monde? Il n’y a rien d’impossible», les Russes sur un nuage

FOOTBALL La sélection emmenée par Cherchesov a réussi le plus grand exploit de son histoire en éliminant l’Espagne (1-1,  4-2 aux tab)...

Julien Laloye

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Les joueurs russes se tombent dans les bras après leur qualification contre l'Espagne.
Les joueurs russes se tombent dans les bras après leur qualification contre l'Espagne. — Juan Mabromata / AFP

De notre envoyé spécial à Moscou,

Des journalistes qui pleurent et qui se prennent dans les bras en zone mixte avant d’accueillir l’un des héros de la journée, le buteur Dzuyba. Cherchesov, le sélectionneur, qui fait monter sur l’estrade de la conférence de presse le seul confrère qui avait cru en la Russie avant la Coupe du monde pour lui remettre un maillot dédicacé par tous les joueurs. Un collègue qui s’enflamme un peu quand on lui demande quel effet ça lui fait de voir la Sbornaya en quarts de finale : « C’est le plus beau jour de ma vie, tout le monde va parler de foot dans la rue, le pays va être plus uni que jamais, on peut être perçu comme un peuple froid, mais je crois qu’après une victoire pareille, tous les Russes vont ouvrir leurs portes aux étrangers ».

Un pays conquis par la fièvre du Mondial

Ils ont déjà commencé, à vrai dire, et c’est aussi la preuve que la Coupe du monde emporte toutes les préventions. Tous les Russes qu’on a croisés ont manifesté une curiosité bienveillante et une volonté de rendre service qu’on pensait disparue de la nature humaine. La blague court qu’il n’y avait pas eu autant d’étrangers en Russie depuis la seconde guerre mondiale ? Dans les villes hôtes du Mondial au moins, cette ouverture au monde est une révélation. Alexeï Sorokin, le président du comité d’organisation du Mondial a bien voulu en dire quelques mots en français :

« C’est déjà un grand succès, parce que c’est le succès de notre équipe, mais l’organisation de manière générale se passe bien. On a reçu beaucoup de réactions positives, et des supporters des différentes délégations. C’est vraiment extraordinaire de battre l’Espagne. Il y a déjà beaucoup d’intérêt pour la Coupe du monde, avec notre équipe qualifiée, c’est encore plus énorme. C’est une grande motivation pour tous les supporters, c’est une émotion supplémentaire »

Il s’interrompt pour faire un gros câlin à Cherchesov, l’artisan du miracle. Vilipendé avant la compétition par les spécialistes et largement moqué par la population, le sélectionneur russe s’est adapté à ce qu’il avait sous la main. Contre l’Espagne, il a renoncé au ballon à partir du but égalisateur, et même renoncé à l’idée d’en faire quoi que ce soit quand il l’avait. L’ancien gardien qu’il est avait sans doute eu vent du Mondial cataclysmique de De Gea​. Il a misé sur les tirs au but et il a bien fait, devant un public conquis.

Un sélectionneur persuadé d’aller au bout

Dimanche, les fans de la Sbornaya n’y croyaient pas un instant avant l’Espagne, et ils avaient toujours du mal à y croire après. Mais le bruit du Lujniki a été une explosion incandescente lors du dernier tir au but arrêté par Afinkeev. « 80 000 personnes en train de nous encourager, ils nous ont donné cette force supplémentaire pour tenir à la fin quand les jambes ne suivaient plus trop », expliquait Cheryshev, encore sur son nuage. « Le pays le mérite, ils ont beaucoup souffert avec nous ces dernières années, on était sur une mauvaise série et cette victoire est pour eux. Je crois qu’on n’imaginait pas arriver jusque-là. On espère aller le plus loin possible. Gagner la Coupe du monde ? Il n’y a rien impossible dans ce monde ».

Le jeune homme voit trop loin ? Personne ne pensait la Russie capable de franchir les poules, et sortir l’Espagne sur 120 minutes, n’en parlons pas. Le tableau est ouvert, et l’armée rouge semble infatigable. Près de 150 bornes courus ensemble face à la Roja. Et déjà le visage de ce gros ours de Cherchesov qui se durcit : « C’est simple, les émotions, tu les montres pendant le match mais après le match, c’est fini et tu passes à autre chose. Et je pense que tout ça ne fait que commencer donc il faut garder ses émotions pour le futur ». On a presque envie de voir où l’histoire nous mène, non ?