Coupe du monde 2018: «On stresse un peu plus tôt que d’habitude », alors ça fait quoi de flipper pour la qualif’, les Allemands?

FOOTBALL Presque jamais mise en difficulté dans la phase de poule d’un Mondial dans son histoire, l’Allemagne doit composer avec la pression d’une élimination précoce en Russie…

Julien Laloye, avec A.I. et J.-L.D

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Low et Neuer échangent lors d'un entraînement de l'Allemagne.
Low et Neuer échangent lors d'un entraînement de l'Allemagne. — Adrian DENNIS / AFP

De notre envoyé spécial à Moscou,

La victoire en demi-finale du dernier Euro a fait beaucoup pour l’amitié franco-allemande, au moins de notre point de vue. Mais que l’on ne s’y trompe pas pour autant, c’est avec le plaisir perfide et fourbe de Don Salluste que l’on a accueilli la défaite de l’Allemagne contre le Mexique, et profité de loin de l’odeur de crise qui enrobe l’atmosphère teutone depuis le drame. Alors, comme ça, la glorieuse Mannschaft, venue éclairée triomphalement le monde de son génie, a déjà un pied dans la tombe avant le deuxième match de poule contre la Suède ? On n’a pu résister à l’idée de faire un tour du côté de Kehl (big up à notre collègue strasbourgeoise) pour aller prendre la tension des supporters des champions du monde, pas habitués à vivre dans le stress dès la première semaine d’un Mondial.

« L’Allemagne n’a pas l’habitude de paniquer »

Notre meilleure prise ? Jessica derrière le compteur de son bureau de tabac, parce qu’il n’y a pas de bon sens plus éclatant que celui qui sort d’un bureau tabac. « Sur toutes les chaînes de télé, on en parle, on voit des interviews. Et puis les gens critiquent beaucoup. C’est comme pour le Bayern Munich ou pour Schumacher : ils gagnaient tout le temps, alors quand ils perdaient une fois, tu te dis "euuuuuuuuuuh c’est quoi ça ?" (mine de dégoût). Quand j’ai vu le match contre le Mexique, je n’ai pas reconnu mon équipe. Mais pour moi ça commençait mal avant même le début du Mondial : il y a eu la photo de deux joueurs avec Erdogan [Ozil et Gundogan], le choix du coach de ne pas prendre Sané. »

Jess se « sent déjà mal » rien que de penser à la Suède mais pronostique tout de même un 3-1 pour l’Allemagne, signe que les Allemands sont décidément des enfants gâtés : ils n’arrivent pas à être pessimistes pour leur équipe nationale. « A chaque Coupe du monde, on stresse toujours un peu, il ne faut pas s’imaginer qu’on est serein jusqu’en demi-finale, nuance Laure, une jeune Franco-allemande vivant à Francfort. Bon, là il est vrai que c’est bien plus tôt que d’habitude, après je pense que l’on n’est pas inquiété plus que ça car ils ont pour habitude de toujours s’en sortir. L’Allemagne n’a pas l’habitude de paniquer, et elle ne commencera pas maintenant. »

La prison de Vatutinki

On t’arrête tout de suite Laura. On a clairement senti la panique dans les yeux de Joachim Low l’autre soir au stade Luznikhi. Même pas le temps de se manger une crotte de nez, le sélectionneur n’a rien compris à ce qui lui arrivait, et ses joueurs non plus. Ces derniers ne font que se plaindre depuis qu’ils sont arrivés chez tonton Vlad, obligés de tourner au Xanax pour supporter l’ennui de leur camp de base situé dans la banlieue de Moscou, à Vatutinki. Rien à becter part la forêt et barres d’immeuble d’avant la prestroïka.

Selon la presse allemande, c’est à peine s’il y a de l’eau chaude dans les douches, et Low n’a toujours pas digéré que sa fédération lui ait refusé Sotchi, où la Mannschaft avait pris ses quartiers l’an passé pour la Coupe des confédérations. Sotchi la belle, Sotchi la plage, Sotchi la boule de vice aux mamelles concupiscentes, comme dirait le père Albert. Les Allemands sont tellement en manque qu’ils sont partis sur les bords de la Mer noire dès mardi, soit quatre jours avant leur match prévu surplace contre les Suédois !

C’est là-bas qu’a commencé la thérapie du groupe pour évacuer le traumatisme mexicain. Après nous avoir refusé Philip Lahm, qui devait donner une conférence de presse pour défendre la candidature de son pays à l’organisation de l’Euro 2024, de peur que ça dévie sur l’état de délabrement de la sélection, la fédération a envoyé les leaders au feu

Jour 1 >> Neuer et la colère froide

« On se sent en colère contre nous-mêmes, déçus de ce que nous avons montré, et je vous garantis que le lendemain, à l’entraînement, ça faisait des étincelles. C’était explosif dans le bon sens, tous les joueurs auraient bien voulu rejouer le match du Mexique pour réparer les erreurs. »

Jour 2 >> Muller et l’autocritique bienvenue

« Nous avons pensé un peu légèrement que, lorsque le tournoi allait commencer, nous allions retrouver notre fraîcheur et nos forces habituelles. A posteriori, on peut dire que nous avions mal évalué la situation. »

Jour 3 >> Khedira et la prise de conscience tactique

« Nous devons jouer de manière plus compacte dans tous les secteurs du terrain. Si l’on joue avec la même attitude et la même construction, on aura des problèmes. Pour combler des trous de cinquante mètres dans l’équipe en sprintant, nous aurions besoin d’un Usain Bolt, mais nous ne l’avons pas. »

Le milieu de la Juve met le curseur où il faut. C’est dans le remplacement défensif que la Mannschaft a pêché l’autre jour. Le nombre de fois où Hummels et Boateng ont été abandonnés à leur sort derrière pour couler avec le Titanic a frappé les observateurs. C’est rarement un bon signe, puisque cela veut dire que certains ne font plus les efforts​, et ne plus faire les efforts pour le copain, c’est toujours le début de la fin d’une équipe. Dans le viseur, la condition physique précaire de certains champions du monde qui jouent plus par décret qu’autre chose (coucou Ozil, coucou Muller), et le coaching tellement prévisible de Low qu’il avait été deviné point par point par Osorio, le sélectionneur mexicain.

Notre avis, franchement : tout ça a des airs de décadence de l’empire romain, et il faut préparer les esprits de Germanie à devenir bons perdants. Ce n’est pas si difficile, il suffit d’écouter ce bon Jurgen de Kehl : « Le match n’est pas encore joué ! J’ai confiance. Et puis sinon, ce n’est pas grave, ils rentrent à la maison. J’ai lu que le champion du monde n’arrivait jamais à garder son titre… Ce sera peut-être la même chose pour les Allemands. » Une touche de fatalité comme on l’aime. C’est beau l’Allemagne qui perd, non ?