Lille: Au tribunal, les supporters du Losc qui ont envahi le terrain plaident l’énervement

FOOTBALL Dix supporters du club nordiste ont comparu ce mardi devant le tribunal correctionnel de Lille...

Francois Launay

— 

Des supporters du Losc ont envahi la pelouse après Lille-Montpellier, le 10 mars 2018.
Des supporters du Losc ont envahi la pelouse après Lille-Montpellier, le 10 mars 2018. — FRANCOIS LO PRESTI / AFP
  • Dix supporters du Losc étaient sur le banc des accusés ce mardi pour s’expliquer après l’envahissement de terrain du stade Pierre Mauroy le 10 mars dernier.
  • Certains prévenus ont dû répondre des accusations de violences envers des stadiers mais aussi des joueurs du Losc.
  • Le procureur a requis 4.000 euros d'amende avec sursis et des interdictions de stade pour les dix prévenus. La décision a été mise en délibéré.

Le 10 mars dernier, les images avaient tourné en boucle sur toutes les chaînes. Mécontents de la prestation de leur équipe, 300 supporters du Losc avaient envahi la pelouse du stade Pierre Mauroy à l’issue du match nul concédé contre Montpellier (1-1).

Trois mois plus tard, il y avait beaucoup moins de monde ce mardi au tribunal de grande instance de Lille. Sur le banc des prévenus, dix-huit fans contre lesquels le LOSC s'estr porté partie civile. Mais, à la suite d’un vice de procédure, le procès de huit d’entre eux a été renvoyé à plus tard.

Dix supporters sur le banc des accusés

Ce sont donc dix fans qui sont revenus en détail sur les événements de ce fol après-match. Dix personnes (neuf hommes et une femme) avec quasiment tous le même profil : fidèles supporters du Losc depuis plusieurs années, bien intégrés dans la société et pour la grande majorité membres des Dogues Virage Est (DVE), le groupe de supporters le plus important du club.

Tous placés sous contrôle judiciaire après avoir passé plusieurs heures en garde à vue, les dix supporters sont poursuivis pour l’envahissement de terrain du 10 mars, mais aussi pour avoir couru vers les joueurs avec une attitude menaçante, pour avoir insulté les dirigeants et pour avoir tenté de pénétrer dans le couloir qui menait aux vestiaires du LOSC.

« C’était un acte irréfléchi et débile » regrette un autre supporter

Des poursuites comparées à du « délire procédural » selon leurs avocats. « Si des centaines de personnes ont envahi le terrain, pourquoi on n’en a mis que neuf en garde à vue ? On les a désignés parce qu’ils étaient à la Une de Equipe le lendemain » assure même Me Berton, l’un des avocats des prévenus.

Pour se défendre, les supporters ont utilisé peu ou prou les mêmes arguments. « Ce que j’ai fait, on le regrette tous. Si on l’a fait, c’est par frustration, la peur de la Ligue 2, de la relégation. C’est tout ça qui a été accumulé. On a fait une erreur », reconnaît l’un d’eux.

« C’était un acte irréfléchi et débile », regrette un autre supporter. Pour expliquer leur geste, l’un d’entre eux pointe aussi du doigt le comportement des joueurs. « Contrairement aux années précédentes, il y avait peu de communication avec les joueurs. On avait l’impression que les joueurs sur le terrain et les dirigeants se fichaient du club. »

Les propos ambigus de Gérard Lopez

Un manque de communication contredit par le procureur de la République. « A l’issue du match contre Guingamp (2-2, le 15 avril), le joueur Yassine Benzia a voulu parler avec les supporters. On lui a répondu "Va te faire enculer sale bâtard". Un autre joueur noir est arrivé à ses côtés et on lui a dit "Rentre chez toi" ».

Pendant les débats, l’attitude ambiguë de Gérard Lopez, le président lillois, a été évoquée par les prévenus. Le 5 mars, soit cinq jours avant l’envahissement de terrain, le dirigeant avait organisé une réunion à Luchin avec les groupes de supporters du club. A l’issue de cette rencontre, certains affirment que le patron du club leur a dit qu’ils avaient le droit de « bouger les joueurs ». Mais évidemment, jamais Gérard Lopez ne leur a parlé d’envahir le terrain.

Des prévenus poursuivis pour des violences envers des joueurs

Si la plupart des prévenus étaient poursuivis pour l’envahissement de terrain, certains ont dû répondre d’autres faits qui se sont produits ce soir-là. Au capo (celui qui lance les chants en tribune), il est reproché d’avoir lancé le chant « Si on descend, on vous descend ». Pour se justifier, le supporter répond « J’ai répété une phrase qui ne vient pas de moi. J’ai repris naïvement ce chant. Je m’en suis rendu compte le lendemain ».

De son côté, un prévenu est accusé d’avoir frappé un stadier, un geste qui a entraîné une ITT de cinq jours. « Je lui ai donné un coup de poing, je ne sais pas pourquoi. Ensuite j’ai foncé pour essayer de pénétrer dans les vestiaires. J’étais dans un état second, j’étais énervé », explique le supporter.

A ses côtés, un autre fan du Losc est accusé d’avoir frappé également un stadier (qui n’a pas été identifié) mais aussi Thiago Maia, milieu de terrain brésilien lillois. « Je reconnais avoir frappé un stadier mais à aucun moment je n’ai frappé un joueur », se défend l’accusé.

« Je ne suis pas une méchante, juste une passionnée de foot »

Seule femme parmi les prévenus, une supportrice est accusée d’avoir frappé trois joueurs ce soir-là. Ce qu’elle conteste. « Je leur ai mis la main sur la poitrine au niveau du logo. Je voulais leur faire comprendre que ce n’était pas juste un logo. Ça représente les valeurs du club », a-t-elle expliqué, émue aux larmes, en racontant sa passion pour le club nordiste. « Ça me fait mal d’être là. On est des supporters actifs depuis des années. Je ne me considère pas comme une méchante, je suis juste une passionnée de foot ».

Après sept heures d’audience et un long réquisitoire, le procureur de la République a requis 4.000 euros d’amende avec sursis pour les dix prévenus. Deux ans d’interdiction de stade pour huit d’entre eux. Trois ans pour les deux autres. Des amendes complémentaires de 150 euros et 450 euros ont aussi été requises à l’encontre de trois prévenus. De son côté, le Losc réclame un euro symbolique de dommages et intérêts au titre du préjucide moral, financier et sportif.

Dans une plaidoirie enflammée, Franck Berton, avocat de neuf des dix prévenus, a reproché « ce dossier pour l’exemple ». L’affaire a été mise en délibéré au 11 juillet.