«C’est difficile de le voir galérer comme ça», comment les fans de Tony Parker vivent son déclin

NBA Le meneur de jeu de Spurs ne joue presque plus dans une équipe en passe d’être balayée par Golden State au premier tour des playoffs…

Propos recueillis par Julien Laloye

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Ginobili, TP, et Pau Gasol, plus prêts de la fin que du début.
Ginobili, TP, et Pau Gasol, plus prêts de la fin que du début. — ANDREW D. BERNSTEIN / NBAE / Getty Images / AFP

Une statistique qui nous a explosé à la figure pour saluer la perf majuscule de l’ancêtre Dwyane Wade contre les Sixers. Tony Parker est dans le top 10 des meilleurs marqueurs de tous les temps en playoff. Juste derrière Jerry West, et loin devant la star de Miami. Top 10. Il faut le répéter pour se rendre compte du décalage entre ce que représente Tony Parker (quatre titres NBA, premier européen MVP d’une finale, premier joueur français sélectionné pour le All-Star) et son poids actuel dans le jeu des Spurs.

Deux fessées au martinet administrées par Golden State et deux passages aussi anonymes que cataclysmiques de meneur de jeu tricolore. 2 points à 1/8 en 13 minutes sur le premier match, même feuille de stat au 2e match en à peine 7 minutes. Le déclassement est dur à vivre, même si TP va vers ses 36 piges et que la vie avance pour tout le monde. On a demandé à plusieurs supporters/observateurs du meilleur joueur de l’histoire du basket français comment ils supportaient le déclin de leur idole. Réponse ? Plutôt sereinement, à condition de respecter le processus de deuil.

Phase 1 > La prise de conscience

Mathieu, espoir de l’Elan Chalon - MVP d’un camp d’été organisé par TP en 2014.

« Ce n’est pas sa blessure qui m’a le plus inquiété [Contre Houston en mai dernier alors que Parker réussissait de super playoffs]. D’abord parce que je n’ai pas saisi tout de suite la gravité. Après, quand j’ai vu qu’il en avait 7 ou 8 mois, c’est sûr que c’est plus compliqué. On en sait jamais comment un athlète va se remettre d’une blessure pareille à 35 ans. Mais j’ai vu son éthique de travail, à quel point il réunissait tout pour être au top physiquement. Quand on voit le caractère que ça suppose de revenir comme Tony ou comme un Kobe Bryant… Le déclic, pour moi, c’est quand Popovich a annoncé fin janvier qu’il ne serait plus le meneur titulaire de l’équipe. Parker l’a pris avec classe, mais là clairement je me suis dit que c’était le début de la fin ».

Phase 2 > L’acceptation du déclin

Mathilde, qui a gagné un voyage au Texas pour passer cinq jours avec TP en 2009 avant d’être réinvitée par la star.

« J’ai toujours apprécié le joueur, j’ai découvert un grand bonhomme, modeste, sérieux, et la tête sur les épaules. C’est un businessman qui a déjà pensé à l’après-basket, la fin ne lui a jamais fait peur. Il se met en retrait intelligemment pour transmettre son expérience à la nouvelle génération, comme l’ont fait les Spurs avec lui l’époque. Il ne joue plus autant qu’avant, il prend du recul au fur et à mesure, c’est logique. Il ne faut pas être triste parce que c’est la fin, ça fait partie du processus. Tony a eu l’habitude d’être un leader sur le terrain pour mener son équipe, il peut rester un leader dans le vestiaire ».

Phase 3 > La nostalgie quand il rentre sur le terrain

Mathieu, le même qu’en haut.

« On a du mal à se dire que Tony joue peut-être les deux derniers matchs de sa carrière en playoffs [Parker est en fin de contrat à la fin de la saison, même si son intention est de resigner trois ans pour arriver à 20 ans de carrière avec les Spurs]. Mais je vais faire l’effort de regarder la fin de la série contre les Warriors parce qu’on sait jamais. Je regarde moins San Antonio, puisqu’il joue moins, forcément, mais j’ai encore envie de le voir réussir quelques actions signatures comme il fait depuis dix ans. Son petit "floater" dans la raquette, le "reverse" à 200 à l’heure pour finir dans la raquette… Un carton au "scoring" ? Ce ne collerait pas trop à la mentalité des Spurs ».

Phase 4 > L’espoir d’une renaissance

Mathias, bénévole à l’Asvel et participant à plusieurs camps d’été organisés par TP.

« Quand Popovich le fait rentrer cette saison, c’est correct sans plus. On sent qu’il est moins en confiance, qu’il va moins facilement vers le cercle, mais c’est un peu normal qu’il ait du mal à revenir à 100% après sa blessure. Il n’a pas pu faire de préparation physique à l’intersaison, mais je suis convaincu qu’il peut revenir fort l’an prochain après un été à travailler dur. Il a encore été capable de sortir des matchs à 20 points cette année [un seul contre Memphis] et de shooter à des bons pourcentages. Aujourd’hui, les tirs ouverts il les a, c’est juste qu’ils ne rentrent pas parce qu’il n’est pas au trop physiquement. Il a encore ça en lui ».

Phase 5 > L’avenir envisagé sans lui

Vincent, fondateur du compte twitter Spurs Nation, référence hexagonale sur San Antonio.

« C’est difficile de le voir galérer comme ça, parce qu’on a pris l’habitude aux Spurs de voir Duncan ou Ginobili être capables de briller jusqu’à 40 ans.​ Sauf qu’il manque à Parker les deux armes qui permettent de durer vraiment en NBA. La défense et le tir à 3 points. La qualité principale de Tony, c’est la vitesse, et j’ai envie de dire que c’est ce qui part en premier. S’il était capable de mettre quelques tirs de loin dans le coin, les gens ne verraient pas son déclin du même œil. Les Spurs vont le garder pour services rendus et pour son QI basket, mais trois ans, ça paraît long. C’est sûr que les Spurs sont devenus très populaires en France grâce à lui, mais les fans ont eu 15 ans pour s’identifier à la franchise en elle-même. Enfin j’espère! ».