«On était tous ses enfants»... De la liesse à la tristesse, un historique raconte la nuit si bizarre de Chambly

FOOTBALL Walter Luzi, le fondateur du club de Chambly, est décédé au moment même où son club fêtait sa qualification en demi-finale de la Coupe de France. Un historique du club raconte…

Propos recueillis par Julien Laloye

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Les joueurs de Chambly ont éliminé Strasbourg en quarts de finale de la Coupe de France.
Les joueurs de Chambly ont éliminé Strasbourg en quarts de finale de la Coupe de France. — FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Il n’a presque pas dormi à cause de l’adrénaline. Et aussi parce qu’il devait se lever aux aurores pour prendre son poste à l’aéroport de Roissy. Gahoro Doucouré joue pour Chambly depuis plus de dix ans. C’est le grand frère du héros du soir, Lassana, seul buteur du quart de finale victorieux face à Strasbourg. C’est aussi un proche de Walter Luzi, le fondateur d’un club qu’il a amené de la promotion d’honneur jusqu’au National, décédé pendant la rencontre. Il nous raconte cette soirée mêlée d’émotions contraires

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Qu’est-ce qui reste quelques heures après l’exploit ? La qualification ou l’immense tristesse d’avoir perdu le grand bonhomme du club ?

C’est compliqué. Il y a d’abord eu la joie de gagner ce quart de finale. Parce qu’on savait ce qu’il fallait faire et qu’on a réussi. Quand ça se débloque avec mon petit frère qui marque, c’est quelque chose. Le coup de sifflet final, la liesse avec les supporters, c’était extraordinaire. Jusqu’à ce qu’on se retrouve dans le vestiaire.

C’est là que vous avez appris la nouvelle ?

Oui, le match devait être terminé depuis dix minutes. Le président [Fulvio, l’un des deux fils de Walter, avec Bruno, l’entraîneur de l’équipe], est descendu nous annoncer que son père était décédé et il est parti à l’hôpital avec le coach. C’est sûr que ça a refroidi le vestiaire.

Que représentait Walter pour les joueurs de Chambly ?

Tout. Ce club c’est une histoire familiale. Il a fait les premiers terrains, monté les vestiaires. Il n’était plus président depuis longtemps mais il était tout le temps là,​ avec nous. C’est lui qui nous préparait les pâtes avant tous nos déplacements. On était tous ses enfants en quelque sorte. Et le club, c’était son bébé.

Vous saviez que la situation était aussi grave ?

Il avait été hospitalisé une première fois il y a quelque temps, j’avais pu le voir, ça n’allait pas si mal. On savait qu’il venait d’être hospitalisé une deuxième fois ces derniers jours, et que ça s’était aggravé. On en parlait beaucoup entre nous. Deux jours avant le match, le coach nous a fait comprendre que c’était la fin. Il nous a dit « faites-le pour lui, il sera content ».

On suppose que c’était une motivation extraordinaire en plus pour votre équipe ?

Bien sûr. Je ne connais pas les détails mais d’après ce qu’on m’a dit, Walter est mort à la fin du match, on se dit qu’il est parti en sachant qu’on allait gagner. Je sais qu’il aurait voulu aller plus haut. On en avait parlé, il rêvait d’aller au Parc des Princes pour rencontrer le PSG. Malheureusement, il est parti avant, mais on va y aller pour lui.

Le PSG au prochain tour, c’est le rêve ultime, du coup ?

Depuis le début, je dis qu’on va jouer Paris. Et je sens qu’en demi-finale ce sera PSG-Lyon et nous contre Les Herbiers, avec qui on est à la lutte pour le maintien en National. Si on peut lui rendre hommage au Stade de France, ce serait super.

Vous avez pu fêter la qualification, tout de même ?

Pas trop, chacun est parti un peu dans son coin. Moi je travaillais tôt, mais mon petit frère a prolongé la soirée avec des amis. Téléfoot l’a suivi jusque chez lui, enfin jusque chez notre mère puisqu’il vit encore chez elle, et c’était une ambiance festive. Mais c’est resté raisonnable malgré tout.