VIDEO. JO 2018: Fourcade, repos, retraite... Comment Marie Dorin-Habert est revenue de nulle part

JEUX OLYMPIQUES Quoiqu’il arrive sur le relais féminin, Marie Dorin-Habert aura terminé sa brillante carrière en beauté…

William Pereira, avec Jean Saint-Marc

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Marie Dorin-Habert était on fire sur le podium du relais mixte
Marie Dorin-Habert était on fire sur le podium du relais mixte — CHINE NOUVELLE/SIPA

De l’un de nos envoyés spéciaux, à Pyeongchang,

D’aucuns en sont persuadés : pour être un champion, il faut au moins avoir un peu le melon. Allez donc expliquer ça à Marie Dorin-Habert, quintuple championne du monde, trois fois médaillée olympique dont une fois en or - sur le relais mixte mardi, et accessoirement la plus modeste et altruiste de la bande. On parle d’une personne capable de se critiquer comme aucun journaliste n’oserait le faire quand les choses vont mal et de se fendre d’un « c’est génial » en parlant du bronze d’Anais Bescond sur la poursuite alors qu’elle sortait d’une course cataclysmique à sept fautes sur le pas de tir.

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Avant les JO, attablée dans un club France déguisé en salle de presse improvisée, elle prévenait, les yeux humides mais en souriant : « le corps n’y arrive plus et il n’y a plus de gaz. Je suis en slow motion. Je n’ai pas un niveau physique suffisant pour rivaliser avec les meilleures mondiales, je suis juste nulle. » L’envie de prendre Marie dans nos bras, de lui dire d’arrêter de se lamenter et de se faire confiance nous est passée par la tête. On n’aurait sans doute pas été les premiers à le faire.

Et on n’aurait pas eu tort de le faire : deux semaines plus tard, elle est, avec Anaïs Bescond, la meilleure biathlète sur ces JO 2018. On peut même dire qu’elle monte en puissance, si bien qu’elle démarrera le relais dames dans son vieux costume, celui de leader. From saison catastrophique to retour de la patronne very quickly, on vous trace l’itinéraire de sa résurrection.

  • L’annonce de son départ à la retraite

Début janvier 2018, Marie Dorin-Habert décide qu’il est temps d’arrêter après un sprint désastreux à Oberhof (53e). Il y a un avant et un après, puisqu’elle n’a plus jamais quitté le top 20 si l’on exclut la fameuse poursuite à sept fautes des JO (27e). La source de sa motivation retrouvée ? « L’envie de me faire plaisir jusqu’au bout, de ne pas avoir de regrets et de remonter dans mon estime personnelle ». Tout un projet.

  • L’idée de Stéphane Bouthiaux

Au début de la saison, la Française sentait qu’elle « n’avait plus l’envie ni la force de se faire mal sur les skis ». Mercredi, elle en parlait encore après le relais mixte : « ça a commencé fin octobre ou j’ai vraiment pioché, j’ai été fatigué tout le temps, j’avais aucune capacité d’accélération. Novembre est arrivé, pareil, décembre, pareil. Dur, dur. Il fallait donc faire quelque chose, et le salut est venu de Stéphane Bouthiaux, le chef du biathlon français.

Elle était plongée dans une fatigue chronique depuis le printemps dernier. Tout début janvier elle n’avait pas sa sélection olympique en poche. j’ai fait un deal avec elle. J’ai dit à Julien (Robert, coach de l’équipe féminine) : "si on continue comme ça, on va droit dans le mur, on peut en avoir besoin pour le relais féminin, donc on lui a dit tu arrêtes de courir, tu te prépares, tu te reposes, tu restes avec nous pour pas être obligée de rentrer et t’occuper de ta petite tout le mois de janvier." Elle s’est énormément reposée. Elle a fait un entraînement tranquille, loin de la pression. Elle a obtenu sa sélection à Antholz et depuis ça va de mieux en mieux. »

  • Le soutien de Martin Fourcade

« Si on t’avait dit que tu serais championne olympique après la semaine d’Oberhof je suis pas sûr que tu y aurais beaucoup cru ». Tels ont été les mots de Martin Fourcade pour son amie. De fait, le boss du biathlon est à peu près le seul à avoir cru en elle sans jamais faillir. Alors que le staff lui propose de changer de partenaire de relais suite au début de saison alarmant de Dorin-Habert, Fourcade pose son véto.

Pour moi c’était hors de question parce que c’est quelqu’un que j’adore et avec qui j’adore courir. On savait que sur ce relais mixte, on avait besoin d’elle pour être champion olympique. C’est une magnifique leçon de courage parce que quand on a gagné et qu’on a joué le haut de l’affiche pendant cinq ans comme elle l’a fait, il faut avoir une grande classe et une grosse humilité pour accepter les tôles et les déceptions qu’elle a eues en début d’année. Bravo, c’est une immense leçon. »

Et aussi une belle histoire, certes encore incomplète. Marie Dorin-Habert compte bien remettre ça avec ses potes du relais féminin, jeudi. « J’aimerais vraiment que tout le monde puisse rentrer médaillé. Il y a d’autres filles qui n’ont pas été à leur niveau sur ces Jeux, elles ont un autre potentiel. » Quand on vous disait qu’elle est altruiste…