JO 2018: Entre Dorin-Habert et Braisaz, la plus sereine pendant le sprint n'était pas celle que l'on pensait

JEUX OLYMPIQUES Marie Dorin-Habert a dégainé sa meilleure course de la saison...

William Pereira

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Marie Dorin-Habert a terminé au pied du podium
Marie Dorin-Habert a terminé au pied du podium — Andrew Medichini/AP/SIPA

De l’un de nos envoyés spéciaux, à Pyeongchang,

« Comment ne pas se sentir écrasée par l’événement ? Je n’ai pas la réponse. Ce n’est pas du tout le même sentiment que sur une Coupe du monde [de biathlon]. Je ne l’ai pas abordée de la même façon, quoi que j’ai pu dire, quoi que l’on ait pu me dire, dans la tête ça change pas mal de choses. Je sais pas c’est différent, je le sens comme ça mais je n’ai pas l’explication. » Ne vous en faites pas. Justine Braisaz n’a pas raté sa course (elle a fini neuvième), elle découvre simplement les Jeux olympiques. Ça fait un peu cliché de dire ça, mais les cinq anneaux forment un monde à part. Un monde où le classement général de la Coupe du monde compte moins que l’expérience.

Marie Dorin-Habert en sait quelque chose. Venue à Pyeoncghang sans autre ambition que celle de « profiter » de ses dernières olympiades, elle a fini par sortir la meilleure course de sa saison, échouant au pied du podium, avec une faute sur le pas de tir et un temps de ski tout à fait honorable. De quoi redonner le sourire à une âme blessée au point d’en annoncer son départ à la retraite à la mi-saison :

« La performance tombe au bon moment, j’ai fait beaucoup de repos, pas mal de préparation, j’essaye d’optimiser au mieux cet état de forme qui j’espère va m’accompagner jusqu’à la fin de la saison mais je ne sais pas, je suis fragile cette année, j’ai du mal à me faire confiance. Et je peux pas du tout assurer que ça ira bien sur la poursuite. Aujourd’hui j’ai essayé d’être détendue, d’avoir un ski fluide et j’ai réussi. […] Il n’y a rien de plus dangereux que quelqu’un qui n’a rien à perdre. »

Et qui ne se pose pas 36.000 questions sur le pas de tir. Pourtant, le vent tournoyant était un vrai casse-tête, bien plus encore que les -18 degrés ambiants. « Je me suis énormément crispé sur le pas de tir parce que ça naviguait d’un bout à l’autre sur la cible. J’ai mis une 50 balles à régler ma carabine, beaucoup de doutes à la fin, je sais même pas comment je suis réglée, comment je vais me comporter en arrivant sur le tapis et puis bon finalement je suis arrivée je savais pas quoi faire et j’ai tiré (elle rit). Je suis très contente de la quatrième place. Si tout le monde s’en souviendra pas, moi je m’en souviendrai. »

« Les écarts sont minimes »

On se souvient rarement des quatrièmes places, en effet. Sauf si elle permet d’en décrocher une ultérieurement. Et ça tombe bien, le biathlon offre cette possibilité. Dans deux jours, la meilleure biathlète tricolore en activité s’élancera 33 secondes après Laura Dahlmeier sur la poursuite de lundi.

Quant à Justine Braisaz, ne vous en faites pas, elle s’en remettra. Elle nous l’a promis, les yeux dans les yeux : « c’est pas mauvais, donc je n’ai pas envie de succomber à vos yeux tristes et malheureux ! » Elle non plus, ne pointe pas trop loin. Neuvième du sprint, elle aura 49 secondes de retard sur l’Allemande et 17 seulement sur le podium. « Les écarts sont minimes, c’est très serré et ça laisse de belles chances pour la suite. »