JO 2018: Câlins, réseaux sociaux, tir debout… Les trois clés de la poursuite en or de Martin Fourcade

JEUX OLYMPIQUES Martin Fourcade n'aurait pas pu gagner lundi sans ces trois détails...

William Pereira

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L'omnipotence en une image Lancer le diaporama

L'omnipotence en une image — Gregorio Borgia/AP/SIPA

Y a-t-il une seule épreuve qui convienne mieux à Martin Fourcade que la poursuite ? On demande à voir. Lundi, sur la neige de Pyeongchang, le porte-drapeau français a une fois de plus prouvé qu’il disposait de ressources mentales inépuisables en comblant d’abord un retard de 22 secondes au départ, puis en mettant une tannée à la concurrence pour chercher sa deuxième médaille d’or olympique de la spécialité et égaler Jean-Claude Killy.

 

Le plus flippant dans cette histoire, c’est qu’on savait pertinemment que ça se passerait comme ça. Fourcade ne tombe jamais deux fois de suite – et Johannes Boe du haut de sa 21e place en est sans doute jaloux. Mais cette fois, les apparences sont trompeuses. La deuxième médaille d’or française de ces JO de Pyeongchang a tenu peu de chose. À trois détails, pour être précis.

  • Les câlins de Guigonnat et compagnie à Martin Fourcade

« Il était mignon hier soir. Il avait besoin de câlins, d’affection. » On peut remercier Antonin Guigonnat et les autres membres de l’équipe de France de biathlon d’avoir ouvert leurs bras à un Martin attristé par sa course ratée de la veille, ce sprint qu’il avait « coché plus que toutes les autres courses » et qui reste malgré tout une « page froissée » comme il l’a expliqué en zone mixte, la mâchoire raidie par un froid toujours aussi impitoyable. « Hier, j’étais plutôt abattu qu’avec l’envie de réagir. Donc j’avais besoin de tendresse. »

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D’où les fameux câlins de Guigonnat.​ « Je rassure ma compagne, je suis allé voir mes collègues de l’équipe de France en leur demandant des câlins. J’étais très triste et ça m’a fait du bien, les câlins d’Antonin Guigonnat, de Quentin Fillon-Maillet m’ont requinqué. Et voilà, j’avais envie de bien faire aujourd’hui. » L’amour plus fort que tout.

  • La photo sur les réseaux sociaux qui a tout changé

Pour corriger ses erreurs, il faut bien plus que de l’affection. Il s’agit avant tout de comprendre, de tirer les leçons des précédents échecs. Chose que n’a pas réussi à faire Fourcade avant lundi matin. « J’avais de l’incompréhension hier [dimanche] soir, je n’arrivais pas à mettre le doigt sur ce que j’avais fait de mal. » Panique à bord. Quand soudain…

« Et ce matin j’ai vu une photo de mon tir couché sur les réseaux sociaux, j’ai vu que les fanions étaient bien plus inclinés sur mon tir que ce que j’avais réellement perçu. À partir du moment où j’ai vu cette photo, j’ai compris que c’était en aucun cas de la malchance, c’était en aucun cas une incompréhension ou quelque chose de surnaturel qui m’avait fait louper mais que finalement c’était à cause de moi. Parce que j’avais pas fait les bons réglages. Et à partir de ce moment-là, ça a été beaucoup plus facile de transformer cette peine, cette colère en énergie positive. C’est peut-être très masochiste comme démarche, j’assume s’il le faut, mais hier j’étais déçu avant ça, je comprenais pas. »

  • Le troisième tir debout

« C’est la clé de la course. » Martin Fourcade savait, quand il est arrivé sur le pas de tir avec le peloton de tête, que tout se jouerait là. Alors il a pris son temps avant de dégainer sa première balle. Le temps que les autres se plantent, en fait. « Ce troisième tir était compliqué au niveau du vent et finalement, c’est la clé de la course parce que c’est à ce moment que je suis le seul à décider de qui va devenir champion olympique. »

Le vent a tourné. En une journée, le roi du biathlon est repassé du doute à la certitude, ou du moins à la maîtrise des événements. « Ma ligne d’arrivée elle était sur le tapis, pas ici (il pointe du doigt la ligne). Parce que si j’avais dû me battre, même avec le plus mauvais athlète de la Coupe du monde, j’aurais pas été sûr de le battre parce que, vraiment, c’était pas une débauche d’énergie physique mais mentale. J’ai tout mis dans le dernier tir et c’était fatigant. » On appelle ça jeter ses dernières forces dans la bataille.