JO 2018: Le ski de bosses est-il si douloureux que ça? On a posé la question au médecin des Français

INTERVIEW Ne croyez pas tout ce que vous voyez à la télé...

Propos recueillis par William Pereira

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Perrine Laffont a-t-elle mal quand elle dévale une pente jonchée de bosses?
Perrine Laffont a-t-elle mal quand elle dévale une pente jonchée de bosses? — Rick Bowmer/AP/SIPA

De l’un de nos envoyés spéciaux à Pyeongchang,

« Aïe, aïe, aïe… Bordel ça doit faire vachement mal de se prendre toutes ces bosses d’un coup quand même… » Ça, c’est peu ou prou notre réaction quand au début des JO de Pyeongchang, on a maté le run de qualification de Perrine Laffont les fesses vissées au canapé et les pieds posés sur la table basse de notre appart' au média village de Gangneung, à quelques encablures du site olympique. Tout de suite, dans nos cerveaux relativement modestes, ça a fait tilt. Il fallait demander à quelqu’un si ce sport plutôt cool à regarder malgré les -920 degrés ambiants était aussi douloureux qu’il en avait l’air. Et ce quelqu’un, c’est Olivier Matarese, le médecin de l'équipe de France de ski freestyle.

Le ski de bosses est-il aussi douloureux qu’il en a l’air ? Quand on regarde les images, on a vraiment mal pour les genoux des skieuses et skieurs…

C’est une très bonne question et je suis content qu’elle soit posée, parce qu’en réalité et contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’y a pas plus de blessures aux genoux sur le ski de bosses que sur les autres sports en freestyle, que ce soit le halfpipe, le skicross ou autre. Il peut y avoir des problèmes de dos chez les skieurs de bosses mais là encore avec une fréquence qui n’est pas forcément plus importante que dans les autres disciplines du freestyle. C’est vrai que c’est un sport qui a l’air assez traumatisant quand on le regarde, mais au final on n’a pas plus de gros problèmes. Il y a une réelle discordance entre ce qu’on voit et ce que ça entraîne sur le corps humain.

On a l’impression que ça tangue dans tous les sens, que c’est un peu comme de se prendre deux dos d’ânes par seconde à 100 km/h en voiture…

En fait, ce qui est trompeur, c’est la vue de face, où on a l’impression que les skieurs prennent tout dans les genoux, que les genoux viennent tout amortir. Alors que quand on a la possibilité de les voir vraiment de profil, on se rend compte qu’effectivement les genoux amortissent mais qu’il y a aussi tout l’ensemble du corps qui fait son travail d’amortissement. Les hanches, le dos, les abdos, etc. L’amorti se fait des pieds jusqu’aux épaules. Il y a un gainage au niveau de la ceinture abdominale et des muscles du rachis, c’est-à-dire du dos. Les deux jouent un rôle d’amortisseur.

Quelle charge de travail ça engendre en termes de préparation physique ?

La préparation physique leur prend de mai à août avec du renforcement musculaire, de la proprioception, du travail d’équilibre, de pliométrie, des assouplissements, aussi.

À partir de 30 ans il y a des problèmes de dos et des problèmes de genoux. C’est essentiellement des problèmes dégénératifs au niveau des ménisques. Mais dans les autres disciplines aussi on a des problèmes à partir de 30 ans. »

Quelles sont les blessures type, quand même ?

C’est donc essentiellement le dos et les genoux qui sont touchés. Pour le dos c’est souvent des lumbagos et les genoux, mais j’en traite pas beaucoup non plus, des problèmes aux ménisques. Actuellement dans l’équipe, aucun membre de l’équipe n’a ce genre de pépins contrairement aux années précédentes. Après, il y a les problèmes liés aux chutes. Là, malheureusement on peut avoir tous types de problèmes, ça va du traumatisme à l’épaule, aux pieds en passant par le bassin, les côtes et le dos. Quand on chute, on peut malheureusement tout abîmer.

Combien de temps peut durer une carrière en ski de bosses ?

Autant qu’une autre discipline. Je regarde à peu près, en moyenne ça commence à 18, 19, 20 ans et ça va jusqu’à 30, tranquillement. Mais ça va rarement au-delà de 30 ans. À partir de 30 ans, il y a des problèmes de dos et des problèmes de genoux. C’est essentiellement des problèmes dégénératifs au niveau des ménisques. Mais dans les autres disciplines aussi on a des problèmes à partir de 30 ans. En revanche, en termes de chutes on en a beaucoup moins en bosses qu’en halfpipe ou en snow où il y a beaucoup de chutes et ils vont vraiment se faire mal là-dessus. En bosses, il y a assez peu de chutes comme on a pu le voir depuis le début des JO. Et puis autant ils peuvent se faire mal à la réception, autant contrairement au pipe [prononcez « païpe »], c’est pas forcément là-dessus qu’ils se font très mal.

Et après, en vieillissant? Il a des problèmes dégénératifs? Comme par exemple au foot où on voit beaucoup de poses de prothèses aux genoux et aux hanches après les carrières? 

Là encore je ne vais pas être très original, par rapport aux autres disciplines alpines il n'y a pas plus ou moins de poses de prothèses. Par contre c'est forcément plus traumatisant que le ski nordique ou la course à pieds. Le foot et le rugby sont ce qu'on appel des sports de pivot-contact et les disciplines alpines peuvent-être rangées dans cette même catégorie. Il n'y a pas la notion de contact [en ski de bosses] mais il y a la même notion de changement d'appuis et les contraintes sont tellement grandes que l'on peut les ranger dans cette catégorie.