Stress, pas fan du leadership, famille... A l'opposé de Fourcade, le chant du cygne de Marie Dorin-Habert

BIATHLON Tête de file du biathlon français, Marie Dorin-Habert prendra sa retraite à la fin de la saison...

William Pereira

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Marie Dorin et Martin Fourcade, en 2016

Marie Dorin et Martin Fourcade, en 2016 — Mike Ridewood/AP/SIPA

  • Marie Dorin-Habert a annoncé qu'elle arrêterait le biathlon à la fin de la saison.
  • Elle joue à Anterselva cette semaine sa place aux JO-2018.
  • Longtemps chef de file du biathlon français et pendant féminin de Martin Fourcade, Dorin-Habert est en réalité à l'opposée de son homologue masculin sur l'aspect mental.

« La décision d’arrêter le biathlon, je l’avais prise avant cette saison. » Sur le grand relais de la vie, Marie Dorin-Habert (31 ans) avait décidé de garder une pioche sur elle pour n’avoir aucun regret. « Je ne me fermais pas la porte au cas où je fasse une belle année et du coup que je veuille refaire une saison », avouait-elle, début janvier. Une précaution qui s’est avérée inutile. Une fracture de fatigue au pied et un début de saison raté plus tard - elle lutte cette semaine à Anterselva pour une place aux JO-2018 où elle espère briller avec le relais -,  la biathlète française estime qu’elle a déjà atteint le point de non-retour. « Après ce que je vis actuellement, je n’arriverai pas à rebondir. » C’est triste, mais c’est comme ça.

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Le départ programmé de Marie Dorin-Habert, c’est celui d’une médaillée olympique, d’une championne du monde et plus largement de la tête d’affiche du biathlon français chez les dames. Un statut qui lui a valu d’être le pendant féminin de Martin Fourcade. Sauf qu’en plus d’être difficilement soutenable, ce rôle de miroir ne reflétait pas la réalité.

Comme s’il y avait un malentendu entre ce que l’on voulait voir de la skieuse et ce qu’elle voulait nous dire. De par sa personnalité et son approche du métier, la Lyonnaise a en fait toujours été l’exacte opposée de Fourcade. La preuve en déclarations.

  • Le rapport à la compétition

Marie Dorin-Habert : Elle nous expliquait à l’occasion de la présentation de la délégation française des JO-2018 au mois d’octobre que son rapport à la compétition était ambigu. Bien qu’elle considère être « une compétitrice », on sent que la notion de compétition n’est pas (plus ?) rattachée à un sentiment positif.

Je me fais presque plus plaisir à l’entraînement qu’en compétition. La compétition, c’est vraiment particulier. Tout le monde est mis au même niveau et il faut être meilleur. C’est se montrer à soi que l’on peut être meilleur. En ça, c’est stressant. Parce qu’il n’y a pas d’échappatoire. Soit tu es devant soit tu ne l’es pas. Soit tu gagnes soit tu perds. C’est ça qui est grisant parce que d’un coup on peut basculer, on peut être mauvais. »

Martin Fourcade : Lui vit de la compétition. C’est limite s’il s’amuse plus cette année, où il est poussé dans ses derniers retranchements par la machine Boe, que la saison dernière où il écrasait tout le circuit. Il en tire même de la fierté. « Notre rivalité entre Johannes et moi, c’est vraiment super, on se tire mutuellement vers le haut. Ça nous permet de repousser nos limites. Notre rivalité est supérieure à celle de Poirée et Bjoerndalen. Jamais deux coureurs n’avaient remporté 11 courses sur 12 », déclarait-il avec enthousiasme au sortir de la mass-start de Ruhpolding.

  • Le statut de leader/favori

Marie Dorin-Habert : C’est pas tout à fait son truc. On peut quasiment parler de fardeau.

Être leader, c’est très bien, c’est un honneur. Mais c’est quelque chose qui est hyper pesant. J’ai pas vocation à donner l’exemple ou montrer comment il faut faire. Elles [les autres Françaises] sont toutes assez grandes. Il y a des gens qui aiment être sur le devant de la scène… après j’aime bien gagner mais pas tout ce qui suit derrière. Donc voilà s’il y en a d’autres qui le font pour moi c’est parfait. »

 

Martin Fourcade : En tant que porte-drapeau de la France aux JO-2018, il est le leader de toute une délégation olympique. Un genre de Napoléon à la tête d’une troupe sur skis. Il connaît déjà son rôle, il a ça dans le sang. Fourcade, à L’Equipe :

« Le rôle de porte-drapeau, c’est celui de capitaine de cette équipe. Evidemment, je ne vais pas faire le tour des chambres des athlètes à la veille de leurs courses pour leur souhaiter bonne chance. Mais ils savent tous qu’ils peuvent compter sur moi s’ils ont une question. »

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C’est valable aussi pour son statut d’hyper-favori à PyeongChang. Là encore, assumer n’est pas une contrainte. « C’est un statut que je suis habitué à gérer, c’était déjà le cas aux derniers JO. Oui, avec Johannes, on est favoris », a-t-il lâché après Ruhpolding.

  • La gestion des à-côtés du métier

Marie Dorin-Habert : Attablée à nos côtés lors du point presse de présentation de forces tricolores pour les JO, elle confessait ne pas porter dans son cœur les à-côtés et contraintes liés au sport de haut niveau.

Vous savez mon amour pour les médias (elle rit), aujourd’hui [au mois d’octobre, donc] je ne voulais pas venir mais je me suis dit "c’est pas grave, ça fait partie de mon boulot, mets à profit cette journée, tu vas dormir dans le train, tu vas faire tes papiers…" Que ce soit la reconnaissance d’autrui, l’argent, la médiatisation, ce sont des choses annexes qui viennent ajouter de la pression et qui ne sont pas les raisons pour lesquelles moi je fais du sport. »

Martin Fourcade : Une biographie à 29 ans, une présence médiatique à toute épreuve - entre les interviews, les zones mixtes et les conférences téléphoniques, on en vient à se demander s’il n’a pas le don d’ubiquité -, un compte Twitter actif et des spots publicitaires à tourner, le boss du biathlon se livre sans mesure à ses devoirs hors pas de tir. Avec une certaine habileté, il faut l’avouer.

  • La vie extra-sportive

La biographie de Fourcade​, venons-y en citation. « Hélène [sa compagne] m’a rappelé récemment que je lui ai dit, quand j’avais 14 ans "si tu deviens ma femme, tu me verras plus souvent à la télé qu’en vrai. " […] J’avais au fond de moi une intuition, un désir. » Que n’a sans doute plus Marie Dorin-Habert, la tête ailleurs. La tête à la maison, avec son mari et sa fille de trois ans.

« J’ai beaucoup réfléchi la saison passée, j’en ai discuté avec mon mari qui m’épaule au quotidien et me seconde auprès de ma fille quand je ne suis pas là. Qui est aussi la personne qui râle aussi quand je suis jamais là. On fait du sport avant tout pour bien le vivre et l’an passé je ne l’ai pas bien vécu. […] J’avais l’impression de ne pas être à la bonne place parce que c’est-à-dire soit à la maison soit à l’entraînement. » Marie n’aura bientôt plus à choisir. Dans deux mois, elle rangera la carabine. Avec ou sans une dernière participation aux Jeux olympiques.