Fourcade en mode patron, Braisaz leader, QFM au top... On partirait pas sur une saison de fou de nos biathlètes?

BIATHLON Une victoire, plein de podiums et deux leaders de Coupe du monde. On appelle ça une bonne semaine pour le biathlon français...

William Pereira

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Martin Fourcade lors de l'individuelle d'Ostersund, le 30 novembre 2017.
Martin Fourcade lors de l'individuelle d'Ostersund, le 30 novembre 2017. — Pontus Lundahl/AP/SIPA

Le biathlon est un sport de Scandinaves et à la fin ce sont les Français qui gagnent. Du moins à l’issue de la première manche de Coupe du monde qui vient de s’achever à Ostersund, en Suède. Enfin bon, techniquement, Martin Fourcade aura été le seul à remporter une course (la poursuite, dimanche), mais l’important est ailleurs. Si l’on cumule les six places de podium de Coupe du monde hommes et femmes, la moitié est occupée par des biathlètes français. Vous n’avez rien pigé ? En gros :

  • Fourcade est leader de la Coupe du monde hommes
  • Quentin Fillon-Maillet est 2e du même classement
  • Justine Braisaz est leader de la Coupe du monde dames

>> A lire aussi : Ostersund: Fourcade met tout le monde d'accord, QFM 3e et les Boe loin derrière...

Bref, et alors que tout avait moyennement commencé par des relais moisis, on est en droit de se dire que le biathlon français pourrait, on dit bien POURRAIT, dégainer une année extraordinaire et un paquet de médailles aux JO. Parce que oui, c’est seulement le début de l’année, mais Ostersund a déjà offert plein de garanties.

Martin Fourcade a calmé les Boe bien comme il faut

« J’espère qu’ils ne vont pas me les casser toute l’année ». Vous savez à peu près ce que le sextuple-champion du monde pense des frères norvégiens Johannes et Tarjei Boe, qui ont tour à tour dominé le Français à Ostersund. Le premier sur l’individuelle, jeudi, et le second sur le sprint de samedi pour sept misérables dixièmes de seconde, alors que Martin pensait « être mieux » sur les skis que son rival. Le revers de trop, déjà, qui nous vaut une belle moue de Fourcade sur le podium. Et une revanche expresse.

Et du coup, alors qu’on se posait tout plein de questions sur l’état de forme de Martin, son coup de fatigue, la grande forme des Norvégiens, le maître a sorti les crocs, rayé la piste de neige et sorti une course de malade mental sur la poursuite dominicale. Une seule faute au tir malgré un vent démoniaque, plus d’une minute d’avance sur les Boe, la pose de winner après le dernier tir et une fin de course en mode touriste pour accentuer l’humiliation : à son top, Fourcade est toujours cinq, six, douze crans au-dessus.

« C’est une belle opération sur le plan psychologique », a lui-même avoué le Français. Et comptable. Après la première étape de la saison, le leader de la Coupe du monde compte :

  • 44 points d’avance sur Johannes Boe (3e)
  • 46 points sur Svendsen
  • 59 sur Tarjei Boe

Pour Raphael Poirée ancien champion du monde de biathlon, le constat est sans appel : « Martin c’est toujours le patron, je pense qu’il va le rester toute la saison », a-t-il déclaré sur La Chaîne L’Equipe. Nous, on pense tout pareil. Vivement PyeongChang.

Justine Braisaz, « Fourcadette » et as du pas de tir

Si la première place du maître Fourcade n’a rien de surprenant au sortir d’Ostersund, celle de Justine Braisaz, leader de la Coupe du monde chez les dames, l’est un peu plus. Annoncée comme « Fourcadette » en devenir, on n’imaginait pas que la skieuse originaire d’Albertville cartonnerait dès le début de la saison. Après une huitième place conforme à son niveau de la fin de saison passée, Braisaz a décidé de mettre les bouchées doubles pour franchir le cap : résultat, deux deuxièmes places le week-end. Une sur le sprint et l’autre sur la poursuite.

A chaque fois, grâce à un tir parfait. « Sur le pas de tir, c’était fluide, ça coulait de source », a déclaré sur La chaîne L’Equipe la Française, qui a commis seulement deux fautes en trois courses. Un niveau qu’elle va devoir garder si elle veut défendre le plus longtemps possible sa tunique jaune, car sur les skis, elle a été surclassée à deux reprises par l’Allemande Denise Herrmann (sachant que la big boss Laura Dahlmeier n’était même pas là). « Je n’ai pas vraiment de regrets. Je ne pouvais rien faire », a concédé dimanche Braisaz, dont le tir façon Lucky Luke devrait néanmoins suffire à obtenir deux ou trois succès cette saison.

Quentin Fillon-Maillet a (enfin) les épaules solides

Il avait globalement terminé 2016-17 par des Championnats du monde décevants, il nous avait irrités de par sa propension à se décomposer sur le pas de tir quand la pression montait. Huit mois plus tard, Quentin Fillon-Maillet a pris du plomb dans la cervelle et gagné un sang-froid qu’on ne lui connaissait pas. A l’image de Braisaz, QFM a compensé son déficit sur les skis par une semaine de fou au tir.

  • 20/20 sur l’individuelle
  • 19/20 sur le sprint
  • 18/20 sur la poursuite (avec des conditions météo très compliquées)

Résultat, deux podiums et une seconde place à la Coupe du monde, loin derrière Fourcade. De toute façon, et comme il l’a concédé sans honte et sourire aux lèvres à La chaîne L’Equipe, son compatriote est intouchable :

« Déjà j’essaye de monter sur la boîte, le général on verra plus tard, parce que Martin, je doute bien qu’il va pas lâcher la première place comme ça. »

 

La seule interrogation : Marin Dorin-Habert n’y est pas physiquement

Au milieu de cet enthousiasme ambiant, une tache noire. Ou plutôt, dira-t-on, gris foncé. Marie Dorin-Habert a traversé la première épreuve de Coupe du monde comme un fantôme, avec en point « culminant » une désastreuse 55e place sur l’individuelle. Il semblerait qu’à l’image de Fourcade il y a un mois, la leader de l’équipe de France féminine soit victime d’un coup de pompe. Julien Robert, coach des biathlètes bleues :

« Je suis partagé entre le coup de fatigue passager ou quelque chose de plus grave qui risque de l’ennuyer tout l’hiver. Son corps ne suit pas comme elle le voudrait et on ne sait pas trop pourquoi. On n’a pas de solutions aujourd’hui. »

Rageant. D’autant plus qu’à en croire Robert, Dorin-Habert est bien mieux qu’avant psychologiquement. « Mentalement, ça va plutôt bien. Elle est dans de meilleures dispositions que les 3-4 dernières années, où elle avait tendance à gamberger, à se compliquer la vie. Là, je la trouve beaucoup plus disponible, sereine, positive… », assure Julien Robert, en ne manquant pas de préciser que de toute façon, la Coupe du monde passe largement derrière son seul et unique objectif de la saison : les Jeux olympiques. On aimerait quand même bien la voir lever les bras une ou deux fois avant le mois de février.