«A peine 1%», le grand mythe de la clope chez les footballeurs

ENQUETE Visiblement, ça ne tousse plus beaucoup dans les vestiaires des pros...

Aymeric Le Gall

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Illustration de cigarette.
Illustration de cigarette. — Pixabay
  • La Ligue de football professionnel soutient l’initiative du Mois sans tabac.
  • Le monde du foot n’a jamais été épargné par la consommation de tabac.
  • Les jeunes générations semblent de moins en moins touchées par ce problème de santé publique.

Pris en flag’. Cet été, alors qu’il se la coule douce sur un yacht à Ibiza, Marco Verratti s’est fait choper par un paparazzi avec une clope à la main. Si l’image a provoqué quelques réactions outrées sur les réseaux sociaux, ce n’est pas non plus comme si c’était un scoop. Oui, Marco aime se griller une petite blonde de temps en temps et c’est d’ailleurs loin d’être la seule star du foot à avoir cédé aux sirènes du goudron - Balotelli, Nainggolan, Wilshere, Rooney, Vidal se sont déjà fait gauler clope au bec.

Mais, puisqu’on est en plein « Mois sans tabac », on s’est dit qu’on allait se plonger dans les brumes du football français pour faire un petit état des lieux des relations entre les footeux et la cigarette. On a bien essayé de trouver un footballeur/fumeur en activité pour qu’il nous raconte sa vie de vilain petit canard mais, manque de bol, ça a été aussi compliqué que de trouver un tabac ouvert un dimanche midi dans Paris.

L’un des seuls footballeur-clopeur en activité qui a osé aborder le sujet, c’est Jérémy Mathieu, qui évolue au Sporting Portugal. Nous avons essayé de le joindre, en vain, et on doit donc se contenter de l’interview qu’il a accordée au Mundo Deportivo, en juillet 2014, à l’époque où il jouait au Barça : « C’est une chose assez personnelle. Je ne suis pas un fumeur qui fume un paquet par jour. Par exemple, ça fait quinze jours que je n’ai pas fumé. Je me suis fait prendre une fois, c’est comme ça, mais je ne fume pas tous les jours. Je sais que cela a été publié mais peu importe. Ce qui compte c’est le terrain. »

Les temps ont changé

Puisque c’est motus et bouche cousue chez les footballeurs actuels, on a alors cherché à taper du côté des retraités. Et là, bingo, Steve Savidan a accepté notre demande. « J’ai commencé à fumer quand j’ai commencé ma carrière. C’était la fin des années 1990, je jouais avec des mecs de 35-36 ans, qui avaient connu les années 70-80, lorsque la cigarette était très répandue. Du coup j’ai commencé, un peu par mimétisme », avoue l’ancien Valenciennois.

Selon lui, l’époque a bien changé et la clope est presque de l’histoire ancienne dans le monde du foot professionnel : « Nous, à Valenciennes à l’époque, on devait être six ou sept fumeurs dans le groupe. C’était pas mal déjà ! Aujourd’hui, si t’en a un ou deux, peut-être… Et encore, je ne suis même pas sûr. »

« Quand j’ai commencé ma carrière d’entraîneur (en 1961), 70 % des joueurs de 25 ans et plus fumaient, et aujourd’hui ils sont à peine 1 % », calcule Guy Roux, au doigt mouillé. « Mais aujourd’hui c’est de la rigolade comparé à avant !, appuie Jean-Marc Furlan, le coach brestois. Quand j’ai commencé ma carrière, tout le monde fumait ou presque. Dans les vestiaires ça clopait en permanence. Je me souviens de voir Claude Leroy à la fin d’un match qui parlait au coach avec une Gitane sans filtre au bec (rires) ! Mais aujourd’hui c’est terminé tout ça. Si t’en as un sur cent qui fume, c’est pas mal déjà. »

A croire qu’ils se sont tous mis d’accord sur ce fameux « 1 % ». Mais si on n’a pas de chiffres exacts à fournir aujourd’hui (certaines études parlent de 4 % de footballeurs qui fument), on va retenir l’idée que les jeunes générations de footballeurs semblent de plus en plus s’en tenir à l’écart.

Le tabac, ennemi public n°1

Faut dire qu’en 20 ans (à la louche), la clope est passée du truc tendance à l’ennemi public numéro un. Il est loin le temps où, pour vanter les mérites d’une marque de cigarette, Raymond Kopa posait en tenue de footballeur avec une blonde à la bouche.

« Aujourd’hui on connaît parfaitement les conséquences de la cigarette sur la santé et je pense que sur les dix, quinze dernières années, la proportion de fumeurs dans le sport de haut niveau a chuté considérablement, poursuit Savidan. Et puis il y a une certaine sensibilisation autour de ça dans les centres de formations. Moi, qui travaille aujourd’hui avec les centres de formations, avec les pôles espoirs, je ne détecte pas beaucoup de fumeurs, voire pas du tout. »

« Les mecs sont hyper pros, ça ne leur vient même pas à l’esprit. A une époque, quand je fumais encore, je taquinais un peu mes joueurs. Je m’approchais d’un petit jeune avec ma clope et je le lui disais « t’en veux une ? ». Il faut voir les yeux qu’il me faisait le gamin (rires) ! », se marre Furlan. Plus sérieusement, l’entraîneur de Brest est aussi de l’avis de Savidan. Le suivi et la rigueur des centres de formations ont beaucoup œuvré à faire chuter le nombre de fumeurs dans le foot.

On ne plaisante pas avec le tabac à l’école des footeux

« Il y a une sélection drastique qui est faite à l’entrée des centres de formation, témoigne Furlan. Les mecs se renseignent sur le môme, est-ce qu’il fait des conneries, est-ce que c’est un fêtard, un excité, est-ce qu’il a déjà fumé, etc. Les gamins, on les sélectionne dès l’âge de douze ou treize ans pour les faire rentrer dans des boîtes à performance, ils sont enfermés, surveillés, et aucun dérapage n’est toléré. Au moindre pet de travers, tu dégages. »

Joseph, 29 ans, est bien placé pour témoigner. Suivi pendant toute une saison par le Stade Rennais, ce Breton a vu les portes du centre de formation rouge et noir se fermer à cause d’une cigarette fatale.

C’était la fin de la saison, on venait de remporter la coupe de Bretagne contre le Stade Brestois et j’avais fait un super match. Après la rencontre, je sors de la douche et je m’allume une petite clope. Normal. Sauf que j’ai appris plus tard par quelqu’un qui bossait au club qu’un de leur recruteur était sur le point de me proposer d’intégrer le centre après ce match mais qu’il avait fait demi-tour en me voyant allumer ma clope. Ça a été rédhibitoire. »

« On laissait couler »

Finalement, plus nos recherches avancent et plus on se rend compte que le sujet de la cigarette dans le foot n’en est plus vraiment un. « Le fait même d’en parler avec vous ça me fait bizarre parce que c’est quelque chose dont on ne parle jamais en fait, nous glisse Gilles Bourges, l’ancien entraîneur des gardiens du PSG et de Metz. C’est comme si on devait discuter du mec qui boit une bière chez lui, ça reste du domaine de la vie privée. Les mecs savent ce qu’ils font avec leur carrière, avec leur santé, ce sont des grands garçons. Et puis ils ne sont tellement pas nombreux à fumer que bon… »

Au sein des clubs, en effet, la guerre aux fumeurs n’existe pas, tant le problème est marginal. A l’époque où il bossait au PSG, Gilles Bourges nous confie que les quelques fumeurs du groupe avaient pris l’habitude de se retrouver dans un coin discret pour s’en griller une petite. Une pratique tolérée par le staff. « Vu que ça n’impactait pas le travail ni les performances des joueurs, bon, on laissait couler. Après, on ne va pas aller jusqu’à dire que le PSG avait installé spécialement un coin fumeur, non. Ce sont les joueurs qui avaient trouvé cet endroit pour aller fumer leur clope discrètement. »

« Je n’ai jamais fait la chasse aux fumeurs. Et puis bon, tu ne peux pas faire grand-chose de toute façon. Moi je leur disais juste de faire ça discrètement », lâche Jean-Marc Furlan. Réputé pour filer ses joueurs à la trace et jouer les pères fouettards au moindre dérapage, Guy Roux était bizarrement plus coulant avec les fumeurs qu’avec les fêtards : « Je n’ai jamais cherché à interdire à mes joueurs de fumer, mais en revanche je leur interdisais de le faire quand nous étions tous ensemble avec le groupe. »

Par contre, le coach au bonnet n’hésitait pas à faire de la prévention. « Il y avait des campagnes anti-tabac, avec de très belles affiches avec des poumons noircis. Du coup, je demandais aux associations qui militaient là-dedans de me donner quelques affiches que je placardais ensuite dans les vestiaires ». Visiblement, les coachs n’ont plus besoin d’en arriver là aujourd’hui. Et c’est tant mieux, car fumer c’est mal, m’voyez ?