Lyon: Comment les filles de l’OL se forment en défiant «l’hyper-motivation» des équipes masculines

FOOTBALL FEMININ Les U15 lyonnaises courent depuis le début de la saison après leur premier succès en D3 départementale, où elles n’affrontent que des garçons…

Jérémy Laugier

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Les U15 lyonnaises sont passées tout près de leur premier succès de la saison samedi contre l'AS Buers Villeurbanne (1-1).
Les U15 lyonnaises sont passées tout près de leur premier succès de la saison samedi contre l'AS Buers Villeurbanne (1-1). — Jérémy Laugier/20 Minutes
  • L’académie lyonnaise n’est pas seulement formidable mais aussi très audacieuse. Dès le plus jeune âge et jusqu’aux U15, les filles de l’OL sont ainsi inscrites dans des championnats masculins.
  • « 20 Minutes » a pu constater samedi à Meyzieu que les garçons ne leur faisaient vraiment pas de cadeaux en D3 départementale.

Elles ont entre 14 et 16 ans et elles n’affrontent que des garçons durant toute la saison. Afin d’être préparées au mieux à terme pour le championnat national U19 féminin, les joueuses de l’OL sont habituées dès le plus jeune âge à se confronter à des équipes masculines. Inscrites en D3 départementale (l’avant-dernier niveau dans le Rhône), les U15 de Yohan Desbos découvrent ainsi le football à 11, et non à 8 contre 8 sur demi-terrain comme c’est le cas pour les compétitions de cette catégorie chez les féminines.

Avant-dernières de leur poule avec 2 nuls et 4 revers, elles constatent chaque semaine les difficultés de se mesurer aux garçons de 15 ans. « A cet âge-là, les différences physiques sont extrêmement importantes, indique le directeur du centre de formation féminin de l’OL Gilles Salou. Mais quand vous êtes trop au-dessus des autres, il n’y a pas de défi. Il nous faut de l’adversité pour pouvoir réellement progresser. »

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Jade Prault (à gauche) et ses coéquipières sont habituées à faire face à des duels musclés en n'affrontant que des garçons chaque week-end.
Jade Prault (à gauche) et ses coéquipières sont habituées à faire face à des duels musclés en n'affrontant que des garçons chaque week-end. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« Une énorme envie de battre l’OL… et de ne pas perdre contre des filles »

A ce niveau, les jeunes Lyonnaises sont gâtées pour deux raisons principales. « Pour les clubs du Rhône, il y a déjà toujours une énorme envie de battre l’OL, confie l’entraîneur de ces U15 Yohan Desbos. Là, en plus, les garçons ne veulent surtout pas perdre contre des filles. Cela donne dans le meilleur des cas une hyper-motivation de leur part, voire une certaine agressivité quand ça se passe mal pour eux. »

Longtemps menée samedi à la Groupama OL Academy de Meyzieu, l’AS Buers Villeurbanne n’a vraiment pas fait de cadeaux aux filles dans les duels et a même fini cette rencontre électrique avec un joueur expulsé. A voir la rage de toute l’équipe après une égalisation sur penalty (1-1 au final, vidéo ci-dessous) en début de deuxième mi-temps, on comprend vite que le levier de l’orgueil est systématiquement levé dans ces oppositions.

« Les garçons prennent souvent 15 cm lorsqu’on les retrouve en phase retour »

« Nos adversaires se disent que ce serait la honte de perdre contre des filles, explique la milieu de terrain Jade Prault. C’est pour ça qu’il y a parfois de la tension et même des insultes dans nos matchs. Mais on essaie de passer au-dessus de tout ça. » Dans cette optique, les Lyonnaises ne s’amusent pas à tenter de répondre au défi physique souvent imposé. « Notre volonté est de bien jouer techniquement et d’éviter au maximum les duels », précise la défenseure Anne Saverat.

Si l’OL se destine chaque année à une lutte pour le maintien en D3, la saison passée avait débuté avec cinq succès de rang avant une série noire. « On sait qu’on doit prendre le maximum de points sur les matchs aller car à cet âge-là, les garçons ont souvent pris 15 cm lorsqu’on les retrouve en phase retour », glisse sérieusement Yohan Desbos, à la tête de cette équipe depuis 2016.

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Il n'est pas rare de voir les adolescentes lyonnaises subir de sérieux chocs dans leur championnat de D3.
Il n'est pas rare de voir les adolescentes lyonnaises subir de sérieux chocs dans leur championnat de D3. - Jérémy Laugier/20 Minutes

Nesrine Bahlouli évolue dans l’équipe masculine U15 en Ligue Honneur

C’est notamment pour faire face à ce constat que l’OL a demandé (et obtenu) une dérogation de la FFF afin de pouvoir aligner cinq joueuses de 16 ans dans ce championnat U15, qui est le dernier autorisant la mixité. A l’instar des différentes générations masculines du centre de formation lyonnais, les filles sont toutes dans un système de sport-études (à partir de la 4e), avec quatre entraînements par semaine.

Si d’autres grands clubs dans le paysage du football féminin français comme le PSG et Montpellier sont inscrits dans des compétitions masculines, l’OL va encore un peu plus loin. Après avoir évolué avec l’équipe U15 de Yohan Desbos la saison passée, la prometteuse sœur du milieu du LOSC Fares Bahlouli, Nesrine (14 ans), est à présent la seule fille disputant le championnat U15 Ligue Honneur au sein d’un groupe masculin. Entre surclassement chez les garçons et mixité poussée à l’extrême pour les féminines, l’académie lyonnaise ne manque décidément pas d’idées pour faire éclore au mieux ses pépites.